Mon cher Farid,
On a, dans ces colonnes, rappelé tes qualités de cœur, ton sens de l'éthique et ta grande compétence professionnelle. Le banquier authentique que tu demeureras a été décrit par plus d'une autorité, qui savent de quoi et de qui elles parlent.
Il est toutefois une dimension de ta carrière que connaissent ceux qui ont vécu les années du mandat du président Sarkis ; il s'agit du ministre que tu as été. Tu as été en charge de trois ministères, les Finances, les PTT et la Justice. Ce cumul requiert un sens élevé de l'organisation et une perception aiguë des exigences d'une période où les interférences de l'étranger nourrissaient les tumeurs locales.
Demeurer un ministre fidèle à la grandeur et à l'indépendance de la mission énoncée dans la Constitution n'est pas monnaie courante. Tu as été un ministre digne et indépendant dans l'exercice de ta charge. Celui qui l'écrit aujourd'hui a été le témoin de cet exercice, en tant que directeur général de la Justice, choisi par toi, après la consultation d'un grand magistrat, M. Antoine Baroud, alors président du Conseil d'État.
Tu as tout de suite séparé les décisions stratégiques qui requièrent ton approbation et celles liées à l'administration courante. Autoritaire mais avec la délicatesse de l'homme du monde, tu savais faire comprendre qu'il était inutile de discuter lorsqu'une décision était prise.
Un exemple illustre ce mélange harmonieux d'autorité et de savoir-vivre. L'un des premiers problèmes à s'imposer, c'était l'obstacle que représentait l'équilibre confessionnel dans la nomination de 14 magistrats stagiaires ayant remarquablement réussi à leurs examens avec au moins 14/20. Il était insupportable d'admettre que ces excellents éléments puissent continuer à attendre, depuis plus de deux ans, leur titularisation jusqu'à ce que l'avenir assure l'hypothétique équilibre confessionnel du 50-50.
Il ne fut pas aisé de faire passer le décret de titularisation et d'en affronter les retombées confessionnelles. Par la suite, on a essayé, il est vrai, d'en revendiquer le mérite ; tu n'as pourtant jamais voulu polémiquer et montrer que c'est ton contreseing de ministre de la Justice qui a fondé ce remarquable coup porté à l'hydre confessionnelle ; il te suffisait de regarder ces faux héros, avec ton sourire (on se demandait toujours quelle part de sarcasme il recelait) ; il te suffisait de savoir que justice a été rendue à de brillants magistrats stagiaires qui ont occupé par la suite les plus hautes charges.
Les autres apports que te doit le droit au Liban ne sont pas moins importants, concernant notamment le droit des sociétés, les rapports entre propriétaires et locataires, les emprunts d'État, ainsi qu'une disposition pleine de possibilités que tu as introduite dans le budget et qui stipulait l'adoption des règles du commerce international dans les contrats d'État... Concernant enfin la reconstruction du centre-ville de Beyrouth, tu as contribué, dès cette époque, à des solutions que la reprise des combats et les turbulences politiques ont alors fait oublier.
Pourquoi parler de tout cela aujourd'hui ?
C'est pour être fidèle à la mémoire d'un ami qui, une fois ministre, a consacré son énergie et son intelligence à ses fonctions officielles. Par respect pour soi, évidemment. Mais aussi et surtout par attachement à son pays.
Hassãn RIFAAT
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Hommage à Farid Raphaël, le ministre
OLJ / le 04 octobre 2014 à 22h51


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