La chanteuse syrienne Assala Nasri, connue pour ses positions franches et agressives à l'égard du régime de Bachar el-Assad, a été arrêtée hier pendant plus d'une heure à son arrivée à l'aéroport international de Beyrouth. Elle, qui possède également la nationalité bahreïnie et qui se déplace sans le moindre problème entre Dubaï, l'Égypte, le Qatar, le Koweït, le Maghreb et de nombreux pays d'Europe, a été arrêtée par la Sûreté générale, au prétexte qu'un mandat aurait été émis à son encontre par Interpol. Un mandat apparemment lancé à la demande du régime de Damas, qui accuse la chanteuse de « trahison », d'« atteinte à la sûreté de l'État » et de « collaboration avec l'ennemi ».
Venue participer au troisième « prime » de la dixième saison du télécrochet Star Academy qui se tiendra ce soir, Assala s'est vu confisquer son passeport et a été brièvement assignée à résidence avant d'être libérée. Son dossier a ensuite été déféré au parquet quitte à ce qu'elle comparaisse devant le juge lundi. Quelques heures plus tard, l'Agence nationale d'information rapportait toutefois que « le passeport de la chanteuse syrienne lui a été rendu et le mandat d'amener à son encontre annulé, car il s'est avéré que les poursuites contre Assala Nasri avaient été engagées par les autorités syriennes en 2013 et pour des raisons politiques ».
Des sources proches du ministre de la Justice Achraf Rifi ont cependant certifié l'intervention de ce dernier pour régler l'affaire. « Nous rendrons à Assala son passeport, a confirmé le ministre. Nous refusons d'être des outils aux mains du régime syrien et de procéder à des arrestations officiellement pour des raisons juridiques, mais qui masquent des arrière-pensées politiques. » Le ministre de l'Intérieur Nouhad Machnouk a également contacté la chanteuse par téléphone hier.
Dans les détails, le nom d'Assala ne figurerait même pas dans la liste des personnes recherchées par Interpol, mais l'arrestation aurait été effectuée à la demande du gouvernement syrien et en fonction du traité de fraternité et de coopération entre le Liban et la Syrie.
Autrefois proche du régime, l'ancien président Hafez el-Assad l'ayant médicalement soutenue dans son enfance pour surmonter un problème de paralysie aux jambes, Assala Nasri a réagi aux mesures prises à son encontre en postant sur son compte Twitter : « Je vais bien et ma dignité va bien. » La chanteuse récemment désignée ambassadrice de paix au Moyen-Orient par l'organisation Masterpeace a ajouté dans un autre tweet que « le Liban sera toujours mon pays bien-aimé », alors que des informations faisaient état de l'inquiétude de nombreux Syriens antirégime de venir au Liban et de se soumettre au contrôle de la SG à l'AIB. « C'est un scandale, une humiliation », estimait hier une source proche du ministre Rifi contactée par L'Orient-Le Jour.

