Des enfants qui ne connaîtront jamais la ville de Beroë.
«Au commencement était Beroë...».
De Raouché à Dalieh et Ramlet el-Bayda, l'œil de Houda Kassatly se balade et capte des images... pour l'éternité. Les photos récentes de l'artiste, teintées de nostalgie et de douceur, dénoncent la tragédie humaine et écologique de cette région, pétrie d'amour et préservée dans sa beauté de siècle en siècle. Elles évoquent une ville qui a fait l'amour avec la mer et qui sera bientôt définitivement rayée «de la genèse des civilisations, de la carte mythologique, de la mémoire d'un peuple».
Dans le texte de Nassif emprunté des Dionysiaques de Nonnos de Panopolis, il est dit que «la ville de Beroë a été créée en même temps que le ciel et la terre, bien avant les dieux. Vénus, la déesse de l'amour, elle, est née dans la mer de Beroë, au large de Raouché/Dalieh/Ramlet el-Baïda et non à Chypre».
Qu'est-elle devenue cette ville aujourd'hui? Son histoire actuelle s'inspire en fait de son passé. C'est là que le regard de Kassatly croise les textes de Nassif et fait revivre les siècles d'antan. Convoitée des dieux, la ville est devenue l'objet d'une lutte acharnée entre Bacchus et Neptune. Elle déchaîne les passions et, pour la conquérir, l'un menace de sécheresse et l'autre d'inondation. Aujourd'hui, Beroë est encore victime. Mais cette fois des hommes et non des dieux. S'ils se la partagent et se la déchirent, d'une part, ils ne manquent pas, d'autre part, de la fracasser au nom de... Au nom de quoi au fait? De l'urbanisme? De la surpopulation?
Membre de la campagne civile pour la préservation de Raouché/Dalieh/Ramlet el-Baïda, Najat Neaïmeh Nassif propose une lecture inédite, esthétique et mythologique de la ville de Beroë/Beyrouth. Une histoire qui devient réalité à travers les photographies de Houda Kassatly qui aime aborder les problématiques ethnologiques et sociologiques. Sans effets visuels spectaculaires, la photographe entraîne le regard vers des récifs escarpés, des vagues dévoreuses, mais aussi vers ces portraits de pêcheurs, de passants ou de jeunes enfants qui ne connaîtront peut-être jamais le vrai visage de Beroë.
*Galerie Alice Mogabgab. Jusqu'au 10 octobre, du lundi au vendredi de 10 heures à 19 heures.
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16 h 27, le 25 septembre 2014