« Kobroslibook », né de l’imagination farfelue de Hicham Jaber.
Quand il s'agit de Roberto Kobrosli, on fait bon public. Il le faut. On le doit. Ce clown irrévérencieux se permet des délires que peu ont le courage (ou l'inspiration) de faire. Et cela est d'autant plus applaudissable que le tout est enrobé d'un humour salvateur et à la portée de tout le monde.
Né de l'imagination farfelue de Hicham Jaber, brillant metteur en scène, acteur patenté et « sociologue » aguerri (directeur du Metro Madina), ce Roberto dit, pour paraboler l'expression consacrée, tout haut ce que beaucoup publient sur les réseaux sociaux. Dans Kobroslibook, il navigue sur les autoroutes de l'information et tire à boulets rouges sur Facebook, en taguant la société et les politiciens de commentaires virulents, mais ô combien salutaires. Il débite ses observations dans un libanais courant, voire relâché, sur un débit 4G. Si un spectateur lui lance une réplique du tac au tac, la répartie est plus rapide que son ombre.
C'est que le théâtre de Hicham Jaber n'est jamais triste. Parfois un peu dérangeant. Parfois trop caricatural. Souvent très drôle. Il zoome sur les travers de la société. Il prend cette fois-ci un sujet de société truculent. Un sujet qui a près d'un milliard et demi d'utilisateurs dans le monde et plus d'un million et demi de « facebookers » libanais.
De là est né ce spectacle qui a sans doute nécessité une longue préparation. Une minutieuse mise au point et construction avec fourmillement d'idées. Pour aller à l'origine de ce « virus » informatique. Roberto en explique la période d'incubation, la naissance, la propagation...
Avec des centaines d'anecdotes et de portraits croqués sur le vif tirés des ruelles les plus populaires de Beyrouth. Et qui font surgir l'absurde dans le quotidien de personnages incarnant un certain bon sens populaire, mais virant parfois à la folie. Pour l'excuser, on se dit qu'il doit sans doute accentuer les traits, forcer la dose pour faire passer le message, imprimer les mémoires.
Roberto n'a pas une, mais deux pages Facebook. Dédoublement de personnalité oblige. Sur son « wall », des personnages fictifs ont surgi. Les poètes et les pseudo-poètes. Les militants de la société civile et leurs pseudos, les opposants et les contre-opposants. Ils sont tous devenus des hypothétiques héros. Ces personnages mesurent leur « importance », leur succès dans la vie au nombre des « Like ».
On sent chez le duo Hicham Jaber/Roberto Kobrosli une rage, un dégoût de ce « phénomène » qui l'amuse par ailleurs assez substantiellement. Fort d'un bagage culturel important, armé d'une ironie mordante assassine, avec son œil de lynx et sa langue fourchue, il tourne en dérision les profils qui défilent sur son « timeline ».
Kobrosli/Jaber indique à ce sujet : « La distance entre le réel et le fictif s'amenuise de plus en plus. La présence d'un individu sur Facebook est devenue similaire à sa présence dans la vie. Et pas l'inverse. »
Après Kobroslibook, l'on peut aisément dire que Hicham Jaber a réinventé le music-hall. Il a contribué à redorer le blason du stand-up comedy libanais. Ses plus proches concurrents ? Dans un registre, moins politique et plus égocentrique : l'anglophone Nemr Abou Nassar et le presque frangi coucou Joe Kodeih.
Ne ratez donc pas ce soir ce brûlot du grand défouloir, dépotoir, vidoir, miroir qu'est Facebook.
Reflet virtuel d'une société devenue elle-même irréelle. Une mise en abyme salutaire et... drôle. Tout simplement.
*Metro Madina, Hamra.
Tél. : 76/309363.

