L’investissement jouera un rôle « essentiel » pour ramener l’inflation à des niveaux acceptables et « donner un coup de pouce à l’économie », a martelé le président de la BCE, Mario Draghi. Daniel Roland/AFP
L'investissement est la nouvelle thématique européenne en vogue et force Berlin à un numéro d'équilibriste : Angela Merkel, attaquée aussi dans son pays sur le sujet, doit montrer qu'il lui tient à cœur. Mais sans débourser un sou, discipline budgétaire oblige.
Il a beaucoup été question d'investissement cette semaine, sur fond de désignation à Bruxelles de la nouvelle Commission européenne, dont la croissance et l'emploi doivent constituer une priorité – un programme d'investissement de 300 milliards d'euros est à l'étude. Le ministre polonais des Finances va même proposer ce week-end à ses homologues européens réunis à Milan un plan de relance de 700 milliards d'euros.
L'investissement jouera un rôle « essentiel » pour ramener l'inflation à des niveaux acceptables et « donner un coup de pouce à l'économie », a martelé jeudi soir Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne (BCE).
Unanimes sur le fait qu'il est le remède aux maux dont ils souffrent (pas de croissance, chômage élevé, inflation trop faible), les Européens ne parlent pourtant pas tous des mêmes investissements. Là où certains – en France, en Italie et même dans une certaine mesure à la BCE – pensent investissements publics, pour Berlin mettre de l'argent public sur la table est un repoussoir.
Contestation en Allemagne
« Nous avons besoin en première ligne d'investissement privé », a asséné mardi le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, venu présenter aux députés son projet de budget 2015. Celui-ci sera à l'équilibre, pour la première fois depuis 46 ans. Et les suivants doivent l'être aussi, « c'est la seule manière de maintenir la confiance », a affirmé le ministre.
Comme d'autres, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, appelle pourtant régulièrement l'Allemagne à investir plus. Elle a même chiffré en début de semaine le volume que Berlin devrait consacrer à ses infrastructures de transports.
En Allemagne même, un certain nombre de voix contestent l'attachement envers et contre tout à l'équilibre des finances publiques.
Celui-ci « marque des points auprès des électeurs, mais ne fait aucun sens économiquement », s'insurgeait ainsi en début de semaine Peter Bofinger, économiste de l'Université de Würzburg et le plus keynésien des « Sages », panel d'économistes réputés qui conseillent le gouvernement allemand. Berlin pourrait sans problème investir 10 milliards d'euros de plus par an dans les infrastructures, selon lui.
Il s'exprimait lors d'une table ronde organisée par le quotidien Die Welt et une coalition d'entreprises industrielles et du BTP. Sous le slogan « Pour que l'Allemagne reste en pointe », l'initiative milite pour plus d'investissements dans les infrastructures. La cause a le soutien d'élus locaux de tout bord, intarissables sur les nids-de-poule, coût économique des embouteillages et ponts délabrés.
Propositions franco-allemandes
La chancelière fait la sourde oreille. « L'Allemagne a l'un des meilleurs réseaux de transport du monde », affirmait-elle cette semaine. Et de rappeler que son gouvernement allait débloquer 5 milliards d'euros de plus que prévu sur quatre ans pour investir dans ce secteur.
Mais « les 5 milliards ne peuvent couvrir qu'une partie des besoins, reconnaît le ministre des Transports Alexander Dobrindt, conservateur comme elle, il faut recourir beaucoup plus à l'investissement privé. »
Pour l'Allemagne, le salut réside donc, dans le domaine des infrastructures, sur les modèles partenariats public-privé – qui existent déjà depuis des années – et plus généralement sur les moyens « de créer de meilleures conditions d'investissement au niveau national et en Europe », selon M. Schäuble.
Sur cet aspect, il veut présenter à Milan des propositions communes avec son homologue français Michel Sapin.
Il devrait être question de « résurrection du marché des ABS », produits financiers censés fluidifier le marché du crédit, de « régulation favorable à l'investissement », d'« effet de levier » sur les investissements de la Banque européenne d'investissement (BEI), de réorienter les fonds structurels et d'en simplifier le management, selon les fuites dans la presse allemande.


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