Le Liban dispose de nombreuses stations d'épuration mais en l'absence de raccord au réseau d'égout, plus de 90 % des eaux usées sont rejetées dans la nature sans traitement. AFP PHOTO/JOSEPH EID
Dalal Saadé n'invite plus personne dans sa maison de Antoura, au nord de Beyrouth, à cause des miasmes s'échappant des égouts qui s'écoulent sous ses fenêtres. « J'ai honte de l'odeur et des insectes. Je ferme toutes mes fenêtres et je circule avec un mouchoir parfumé sur mon nez », témoigne cette sexagénaire, dont la maison surplombe la Méditerranée où se rejoignent à ciel ouvert, trois kilomètres en contrebas, tous les rejets domestiques de la montagne.
Le Liban dispose de nombreuses stations d'épuration mais en l'absence de raccord au réseau d'égout, plus de 90 % des eaux usées sont rejetées dans la nature sans traitement. Face à cette catastrophe écologique et sanitaire, les bailleurs de fonds et la société civile réclament des lois plus sévères. « C'est de la folie furieuse. Nous avons terminé des stations il y a cinq ou six ans et elles ne sont toujours pas en service. Peut-on continuer à financer des éléphants blancs ? » peste Samuel Lefèvre, chargé de projet à l'Agence française de développement (AFD), qui a déjà investi 135 millions d'euros dans le secteur.
(Lire aussi : L'eau douce en mer : providentielle pour les uns, incertaine pour les autres)
Pourtant, le Liban dispose d'un schéma directeur pour le traitement des eaux usées depuis 1982. Il préconise la construction de 54 stations d'épuration, dont une douzaine sur la côte.
En 2012, le ministère de l'Énergie et de l'Eau s'est donné comme objectif de traiter 95 % des eaux usées d'ici à 2020. « On sera proche de l'objectif », assure Youssef Karam, chef du département des eaux et infrastructures au Conseil du développement et de la reconstruction. « Avec une douzaine de stations sur la côte, où vit la majorité de la population, les deux tiers des rejets pourraient être traités », explique-t-il. Mais, actuellement, seules quatre des huit stations construites fonctionnent.
Le principal obstacle à la mise en service des stations est d'abord l'achat ou l'expropriation des terrains pour y installer les infrastructures. Le plus grand projet, qui doit traiter les eaux usées des 1,2 million d'habitants du Grand Beyrouth, est toujours au point mort faute d'accord foncier. Les fonds sont pourtant disponibles depuis 2006. À la demande du Liban, la France a rédigé un code de l'eau qui instaure le système du pollueur-payeur, une redevance obligatoire pour l'ensemble des foyers, un conseil national et une police de l'eau. Mais ce texte, prêt depuis 2005, n'a jamais été adopté au Parlement. « Nous ne financerons plus de projets tant que le code de l'eau ne sera pas adopté », prévient Samuel Lefèvre.
Ziad el-Sayegh, patron du Civil Influence Hub (CIH), affirme qu'« il s'agit d'un problème politique » car « il n'y a pas une institution qui décide ». Le CIH est un groupe de pression qui a lancé l'initiative Blue Gold, un plan quinquennal chiffré à cinq milliards de dollars pour réformer le secteur de l'eau. « Nous voulons instaurer un conseil national de l'eau qui regroupera le secteur public, le secteur privé et la société civile », explique M. Sayegh.
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A force d'avoir des amateurs en politique, de nombreux projets ne sont pas votés, ne sont pas discutés et ne sont même pas préparés au Liban! On dira, afin de paraître indulgent à leur égard, qu'ils sont peut-être juste fainéants
11 h 32, le 12 septembre 2014