C'est une histoire de fous, dans un pays de fous et un peuple de fous. D'ailleurs, vous ne discutez avec personne sans que la conclusion ne soit : « C'est totalement fou ce qui se passe. »
Vous avez un problème avec votre voisin, son épouse a garé sa voiture à l'emplacement qui vous est réservé, ses enfants sont mal éduqués et bruyants, ils ne vous laissent pas faire tranquillement la sieste, qu'à cela ne tienne, vous soudez les battants du portail de l'immeuble, et sans états d'âme, vous leur signifiez d'aller se faire voir ailleurs.
L'eau courante n'arrive pas à votre robinet, vous pensez que le rationnement de l'électricité est destiné à vous faire des misères, vous êtes mécontent de tout et de rien, ni une ni deux, vous allumez quelques bons vieux pneus, quitte à asphyxier le quartier, vous en premier, mais vous avez quand même exprimé d'une manière devenue à la mode votre ras-le-bol.
Bien entendu il y a des causes beaucoup plus nobles, assurer la vie de nos militaires lâchement enlevés à Ersal, deux d'entre eux sauvagement décapités, de quoi donner la chair de poule à plus d'un, sentir comme une vague de froid parcourir notre échine tout en essayant de contenir la révolte qui gronde en nous devant tant d'atrocités.
Certains diront que l'armée n'est pas une sinécure, on y entre comme en sacerdoce, mais allez expliquer à un père, une mère, une épouse, aux bambins que leur papa, s'il est tombé au champ d'honneur, n'a pas été tué au combat, mais égorgé comme un mouton par une horde de buveurs de sang stipendiés, qui réclament, chantage à l'appui, la libération de quatre cents détenus à la prison de Roumieh pour crimes contre l'État.
Lequel État, depuis dix ans que cela dure, n'a pas eu le courage de les mettre en jugement, élargir les innocents, dans ce lot il y en a sûrement quelques-uns, et condamner les criminels, au lieu de transformer la prison de Roumieh en repaire intégriste qui, d'après ce que l'on nous raconte, jouit d'une parfaite extraterritorialité.
Le mal est fait, qu'y pouvons-nous, sinon faire semblant de vivre dans un État de droit, à l'ombre de lois que nul n'applique. Ou alors, la solution serait que, pour chaque soldat blessé, on envoie ad patres cinq de ces détenus et pour chaque militaire tué on en pende dix, quitte tout compte fait à dynamiter cet édifice de la honte sur la tête de ses pensionnaires. On ne négocie pas avec les terroristes.
Mais terroristes, Daeche et al-Nosra le sont-ils vraiment ?
Sinon comment expliquer qu'un pays membre de la Ligue arabe et de l'Onu se permette de leur envoyer en plein jour des émissaires pour discuter de la libération de nos vaillants soldats, d'accepter de recevoir leurs conditions, de les transmettre sous forme de diktat au gouvernement libanais, dont les membres, il est malheureux de le constater, ne sont pas tous de taille à relever cette gageure.
Par respect pour l'âme de nos héros, et tout militaire de mon pays l'est, j'éviterais d'aborder le désolant chapitre des royalties – le terme commission pouvant porter atteinte à la dignité de certains, me valant à la clef un procès en diffamation – concernant les trois milliards de dollars devenus quatre, supposés donner à notre armée un meilleur contrôle du sol national.
Et la vie continue. Vous brandissez des calicots, insultez ministres, responsables et députés, leur imputant vos malheurs, les accusant de forfanterie, d'inertie, de négligence, allant jusqu'à les traiter de tous les noms d'oiseaux, passant par la pie voleuse, au rapace insatiable, sachant pertinemment que si des législatives ont lieu demain, ils retrouveront tous sans exception, grâce à vos voix, leurs fauteuils dans l'hémicycle.
Vous continuerez de vous écraser devant eux, non de peur qu'avec leurs convois de voitures blindées aux vitres teintées ils ne vous écrasent, mais parce que vous avec pris le pli de leur faire courbette. Vous les avez instaurés comme dernier recours quand, même pour des broutilles, vous avez enfreint les lois, les avez suppliés de vous tirer d'affaire, ou encore de vous faire si piteusement l'aumône après vous avoir sciemment appauvris.
Ne nous leurrons point, chers compatriotes, les dindons de la farce, c'est nous. Ils ont tant et si bien manœuvré, profitant de notre crédulité, qu'ils ont scindé verticalement le pays. Croyant à leurs sornettes, nous avons pris fait et cause pour l'un contre l'autre, sans mesurer le danger de l'aventure dans laquelle ils nous entraînaient.
Cent fois par jour ils nous vendent, rachètent, revendent au plus offrant. Nous sommes leur capital, leur bien, leur cheptel, ils nous comptent par tête. Péjoratif, mais ô combien vrai. C'est ainsi qu'ils nous qualifient lors de leurs négociations avec les éventuels utilisateurs de leurs services, nous obligeant des fois à écouter des incongruités dans des langues qui nous sont parfaitement étrangères.
Personnellement, je ne comprends pas le perse ; peut-être est-ce une belle langue, mais ce n'est pas maintenant que je vais m'y mettre. De plus je trouve que l'arabe guttural des pays pétroliers fourche mon langage, ou encore que celui d'outre-Békaa a des consonances qui ne conviennent pas à mon ouïe.
Je me cantonne donc à la langue qui est la mienne, celle de mon pays, pratiquant bien sûr, par plaisir non par devoir, d'autres vocables, le Liban ayant toujours été un pays de culture, de beauté, carrefour des civilisations où, n'en déplaise à certains, toutes les religions célestes sont librement pratiquées, où la croix et le croissant s'étreignent.
Il y a une blague éculée qui circule régulièrement : quand Dieu a créé le Liban, les anges sont intervenus, lui reprochant d'avoir donné à ce tout petit bout de terre bien plus que les autres. Pince-sans-rire, Dieu aurait répondu : attendez voir les voisins que je vais lui donner. Peut être aurait-Il ajouté : et ceux qui vont le diriger...
Le Liban est un des rares pays au monde où Dieu est omniprésent dans notre quotidien. Des prières Lui sont élevées chaque jour dans une cacophonie bon enfant, des tonnes de cierges sont allumés pour attirer Sa clémence, de quoi contribuer au réchauffement climatique.
Pourtant Dieu, dans Sa magnificence, demeure sourd à nos prières. Même si hypothétiquement, au départ, il y eut péché véniel, il est temps qu'Il se rende aux suppliques de ce bon peuple qu'en Son nom on prétend tuer.
Aide-toi et le Ciel t'aidera. Encore faut-il que le Libanais sorte du coma, de sa léthargie où il se complaît chaque jour un peu plus. Vous savez, les miracles arrivent ! Reprendre l'initiative, arracher son présent des mains des marchands du temple pour construire l'avenir n'est pas aisé, mais c'est le premier pas qui compte.
Qui le fera ? Qui aura la folle audace, le courage insolent, libérateur, d'abattre les veaux d'or que de toute part on nous fait vénérer ? Qui aura le courage de crier à la face de tous ces mégalomanes arrogants qu'ils nous mènent au trépas, qu'en dehors d'un peuple uni autour de ses valeurs, de son armée, à l'ombre de ses lois, point de salut ?
Jeunesse de mon pays, réveille toi !
Georges TYAN


CORRECTION ! MERCI : "Les porte-parole 8 Malsains locaux du bääSSdiotisme aSSadiot disent qu’on ne doit point confondre bääSSyriens et Sains Libanais. Ce qu’ils veulent, ces aSSadiques, ce n'est pas la gloire, mais la sécurité, yîîîh !".
18 h 10, le 15 septembre 2014