En 17 ans, la construction du navire – 65 mètres de long et 47 mètres de haut – a mobilisé des artisans de plusieurs pays ainsi que des dizaines de bénévoles. Xavier Leoty/AFP
Après 17 ans d'un chantier titanesque, la réplique de L'Hermione, frégate sur laquelle le Français La Fayette rallia les insurgés américains en 1780, a réussi son baptême dans les eaux de l'Atlantique, saluée par des dizaines de milliers de spectateurs.
Le trois-mâts a effectué son premier voyage, du port de commerce de Rochefort qu'il avait rallié durant la nuit depuis sa cale de construction, en tirant de nombreux coups de canon qui ont ravi les dizaines de milliers de personnes venues assister à l'aboutissement de ce chantier gigantesque. Arrivée au large de l'île d'Aix, où elle a passé sa première nuit, la frégate va désormais intensifier sa préparation au grand voyage à travers l'Atlantique par des semaines d'entraînement. Avant son retour à la mi-novembre à son port d'attache pour les derniers réglages et le départ historique, en avril 2015, sur les traces de La Fayette.
« En plus de l'aspect historique déterminant, c'est très impressionnant. On va continuer à suivre ses aventures », a dit un couple venu de Poitiers et se disant « émerveillé ». Des dizaines de milliers de spectateurs s'étaient ainsi massés sur les rives pour admirer la frégate, accompagnée de 120 bateaux, dont une cinquantaine de vieux gréements. À son passage devant l'arsenal de Rochefort où elle a été construite, un coup de canon a été tiré, salué par des « hourras » des matelots.
Ce n'est pas encore le grand départ pour les États-Unis sur les traces de Gilbert du Motier (1757-1834), marquis de La Fayette, prévu en avril 2015. Mais cette première sortie du trois-mâts au large de la Vendée est un premier aboutissement pour ce défi lancé en 1997 par quelques passionnés : reconstruire L'Hermione à l'identique, en faisant revivre l'arsenal et les métiers de l'époque. « On nous a souvent dit que ça ne marcherait pas. Mais on a toujours dit qu'on allait traverser l'Atlantique et on va le faire », s'est enthousiasmé Benedict Donnelly, président de l'association Hermione-Lafayette, qui compte aujourd'hui 8 000 adhérents. Il a rappelé « l'importance du public », dont les quatre millions de visiteurs venus découvrir le chantier et qui ont en partie financé, aux côtés des collectivités locales, le projet doté d'un budget global de 25 millions d'euros.
« Frégate de la liberté »...
En 17 ans, la construction du navire – 65 mètres de long et 47 mètres de haut – a mobilisé des artisans de plusieurs pays, ainsi que des dizaines de bénévoles. Les plans du navire ayant disparu, il a fallu rechercher ceux du navire jumeau de L'Hermione et travailler sur la base des rares peintures de la frégate, coulée en 1793. Représentant le gouvernement français, la ministre de l'Écologie Ségolène Royal, ancienne présidente de la région, a déclaré qu'en ce jour « le rêve devient réalité », et saluant « la frégate de la liberté », elle a cité le marquis de La Fayette : « Pour que vive la liberté, il faudra toujours que des hommes se lèvent et secouent l'indifférence et l'indignation. »
L'écrivain Erik Orsenna, président du centre international de la mer, s'est dit « fier d'avoir contribué à ce projet dont la France avait besoin ». Pour Yann Cariou, ex-officier de marine de 57 ans qui prendra le commandement de la frégate pour la traversée jusqu'à Boston aux États-Unis, cette première sortie était surtout « l'occasion de voir comment réagit le navire et d'apprécier ses qualités manœuvrières ».
En 1780, il avait fallu 38 jours au jeune marquis de 23 ans pour traverser l'Atlantique et annoncer aux insurgés américains le soutien de la France contre les troupes de la Couronne britannique.
(Source : AFP)

