Moyen Orient et Monde

Le revers sans la médaille

Le point
26/08/2014

Aux dernières nouvelles en provenance des fronts, l'aéroport syrien de Tabqa, à l'est d'Alep, est tombé aux mains de la rébellion, ce qui permet à celle-ci de contrôler pour la première fois l'ensemble d'une province, celle de Raqqa. En Irak, les sunnites ont riposté à l'attentat, vendredi dernier, contre une mosquée de la capitale qui avait fait 70 tués : l'explosion d'un colis piégé dans une mosquée chiite de Bagdad a fait onze tués et 32 blessés. En Libye, il ne reste de l'aéroport de Tripoli que des décombres ; quant aux avions qu'il était censé abriter, il est possible, à condition d'ouvrir grand les yeux, d'en reconnaître les carcasses encore fumantes. Arrêtons là l'énumération.
Depuis que le rêve d'un printemps arabe a viré au cauchemar, les nouvelles (mauvaises, forcément) se bousculent sur les écrans des téléphones portables et des postes de télévision. Et le pire est à venir, ne craint-on plus de prédire dans les chancelleries où, toute prudence diplomatique remisée au placard d'un jargon jugé désuet, le catastrophisme est désormais de rigueur. Sur les champs de bataille, les cadavres de soldats s'entassent, décapités, éviscérés, pauvres combattants d'une cause à laquelle personne ne croit plus, perdue avant même que d'avoir été brandie par des chefs dont, osons le pari, aucun manuel d'histoire ne retiendra le nom.
Au nord de Bagdad, les 18 000 membres d'une communauté chiite établie dans la localité d'Amerli sont en train de mourir de faim, assiégés par les militants de Daech qui leur ont donné le choix entre se convertir à l'islam salafiste ou périr par l'épée, ou plutôt le sabre, en attendant le probable yatagan. Trop peu nombreux, ces Turcomans dont le monde ignorait jusque-là l'existence, contrairement aux yazidis et aux chrétiens qui sont parvenus à mobiliser les médias et les gouvernements occidentaux. À Genève, la haut-commissaire des Nations unies aux Droits de l'homme, Mme Navi Pillay, a accusé les jihadistes en Irak de procéder à « un nettoyage ethnique et religieux », une pratique qui pourrait être assimilée à « un crime contre l'humanité », a-t-elle menacé. Également ciblés, selon elle, les Shabaks, les Kaka'e et les Sabéens, autrefois cible privilégiée de Saddam Hussein, aujourd'hui condamnés à l'errance, sinon à une mort certaine.
En Libye, le cocktail milices-tribus-cités s'est révélé hautement explosif et la réaction en chaîne qu'il a entraînée menace d'atteindre les autres pays d'Afrique du Nord. Là aussi, tout comme en terre mésopotamienne, tout comme sur les rives du Barada, la lutte contre le tyran se déroule sur fond de guerre d'influence entre certains États de la région, comme le prouve la répartition des chaînes hertziennes : qataries pour les islamistes d'Ansar el-charia et leurs alliés, émiraties pour les hommes de l'ancien général Khalifa Hifter et leurs sympathisants. Mais, présentée ainsi, la situation est susceptible de paraître trop simpliste. Voilà pourquoi il conviendrait de l'agrémenter d'un zeste de tribalisme. Disons en gros qu'il y a d'un côté les Zintanis, des Arabes d'origine, de l'autre les Berbères, les descendants de Turcs et même les Circassiens venus de Misrata. Ici, on n'en est pas encore aux décapitations, crucifixions et tortures de toutes sortes, mais il y a fort à parier que cela ne devrait pas tarder tant est grande la haine que se portent les combattants et féroce le combat pour s'emparer du pouvoir, certes, mais surtout de ce pétrole que Mouammar Kadhafi avait si bien su mettre à son service.
Les Américains, imités en cela par les Anglais et dans une moindre mesure par les « grands » du groupe des Vingt-Huit, exception faite de la France qui s'entête à vouloir dénouer le nœud gordien, ont renoncé à comprendre. À ce jour, les appareils du porte-avions George H. W. Bush (le père du triste héros de l'épopée Shock and Awe) ont effectué un peu moins d'une centaine de raids contre des positions supposément tenues par l'État islamique. Avec un résultat notable : la reprise par les peshmergas de la zone incluant le barrage de Mossoul (11 milliards de mètres cubes, de quoi engloutir une zone atteignant Bagdad). Mais Barack Obama hésite encore à s'aventurer plus avant, malgré les appels répétés de ceux qui ne comprennent pas que l'on puisse bombarder Daech en Irak et éviter de le faire en Syrie.
Que l'on ne s'y méprenne pas, la fin des hashashine d'Abou-Bakr al-Baghdadi – cela finira par se produire – ne signifiera nullement que l'on aura tranché toutes les têtes de l'hydre. Car, tout comme il y eut hier el-Qaëda et comme il y a aujourd'hui l'État islamique, nous aurons droit demain... Á quoi, au fait ? Bien malin qui pourra trouver une réponse à cette question. Mais qu'on se le dise, ce qui nous attend représente l'autre face, inévitable, de ce qu'il faut bien se résoudre à appeler civilisation.

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Bahijeh Akoury

Il est temps que le monde arabe musulman sunniste modèré dissèque la doctrine des takfiristes et prend une position claire à leur propos. Ces excuses à propos des violences qu'ils ont subit auparavant, de la pauvreté etc..ne sont plus tout aussi convaincantes.

Halim Abou Chacra

"Nous aurons droit à quoi demain" ? A plus de barbarie islamiste, bien sûr. Et à plus de sottises, évidemment, des meneurs de cette communauté internationale, dont on ne peut plus prononcer le nom sans le qualificatif "de merde".

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