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Des plages et des égouts... (suite)

II - Dans la station d’épuration de Nabatiyeh, des problèmes bien de chez nous

Infrastructures

Dans l'incroyable enchevêtrement de stations d'épuration des eaux usées semi-opérationnelles, terminées mais fermées, ou encore en cours de construction (voir dossier paru dans notre édition du 25 août)... une seule apparaît comme parfaitement accomplie et fonctionnelle, selon les informations mêmes du CDR. Il s'agit d'une des stations de l'intérieur, celle de Nabatiyeh, au Liban-Sud.

26/08/2014

Cap sur Nabatiyeh pour une visite guidée de cette station. Nous traversons une route ponctuée d'usines jusqu'à une vallée aride où se trouve un bâtiment à toit en briques rouges, en tous points similaires à n'importe quel bâtiment résidentiel ou autre. À l'extérieur de la station, peu ou pas d'odeurs qui indiqueraient le type d'opération qui a lieu à l'intérieur. Des relents plus prononcés sont perceptibles à l'intérieur, surtout quand on s'approche des salles où a lieu la première séparation des déchets solides de l'eau, à l'arrivée des eaux usées.


Dans la station, nous sommes accueillis par les représentants d'OTV, la branche locale de Veolia France, Ramzi Tarazi, responsable des réalisations, et Imad el-Hajjar, directeur des opérations, ainsi que par Tamara Paskhalidis et Ghassan Moawad du Cabinet Merlin, branche du Liban. La station est en effet gérée pour trois ans, pour le compte du Conseil du développement et de la reconstruction (CDR), par des entreprises du secteur privé français: OTV pour le fonctionnement et Cabinet Merlin pour la supervision.
Comme beaucoup d'autres stations, celle de Nabatiyeh n'est devenue opérationnelle que plusieurs années après sa construction : terminée en 2006, elle a été mise en route en 2012 et fonctionne pratiquement depuis 2013. Elle est conçue pour desservir une population de près de 70000 habitants, soit le traitement de 10000 mètres cubes d'eaux usées par jour. Elle peut facilement être agrandie pour desservir 100000 habitants et traiter 15000 mètres cubes. Actuellement, du fait que l'ensemble des réseaux n'a pas encore été réalisé, elle reçoit quotidiennement quelque 6000 mètres cubes d'eaux usées.

 

(Lire aussi : Pollution et débris plastiques : quand des bénévoles nettoient la plage de Tyr)


À l'intérieur du bâtiment se déroule tout le prétraitement : dans les eaux usées qui affluent vers la station, les déchets solides sont séparés par étapes de l'eau, par le biais de grillages de plus en plus fins qui retiennent les solides. Les opérateurs de la station sont habitués à voir des déchets dont la présence est pour le moins insolite, comme des restes de plastique ou des plumes de poulets, en raison de la présence d'industries, de fermes et d'abattoirs dans les environs. Ces industries n'appliquent pas les consignes du ministère de l'Environnement sur le traitement des déchets in situ, cela va sans dire, ce qui complique la tâche des opérateurs à la station. Les déchets sont récoltés puis collectés par des camions bennes qui les envoient à une décharge gérée par un des habitants de la région.


Les odeurs dégagées par toutes ces opérations sont traitées dans ce qu'on appelle des « tours de lavage », d'énormes cylindres situés à l'intérieur du bâtiment et dans lesquels sont utilisés des produits chimiques.
Le reste du traitement biologique de l'eau se déroule dans des bassins à l'extérieur. Dans un premier bassin, l'eau apparaît brunâtre: cette couleur lui est conférée par la multitude de micro-organismes (bactéries et autres) qui y grouillent. Ce sont ces micro-organismes qui épurent l'eau. Voilà pourquoi le système mis en place vise à favoriser leur maintien en vie et leur développement, par l'injection régulière d'oxygène dans le bassin. Ces micro-organismes composent la boue dont le surplus est déshydraté et mélangé à la chaux avant d'être envoyé à la décharge.


Dans un autre bassin, l'eau apparaît beaucoup plus claire. Il s'agit d'une dernière étape de clarification où l'eau est séparée des micro-organismes récoltés dans le fond du bassin (pour être réutilisés ou asséchés). L'eau qui ressort de ce bassin est claire (sans être potable bien sûr). Elle passe encore par une dernière étape de désinfection, par exposition à des rayons ultraviolets, qui réduit encore plus le taux de bactéries, avant d'être rejetée dans la nature – une partie en est utilisée pour irriguer les plantes et les arbres sur le site.
La station comporte par ailleurs un laboratoire qui examine l'eau deux ou trois fois par an pour y détecter d'éventuels taux anormaux de métaux lourds. Jusque-là, nous assurent les opérateurs, rien de tel n'a été remarqué.

 

(Lire aussi : « La mission de Tara est d'encourager les gens à agir, pas de transmettre des messages alarmistes »)

 

Coût de fonctionnement: 5% du prix initial
Un an de fonctionnement de la station a tout de même fait ressortir des problèmes dont certains spécifiques au contexte libanais. «Lors de la mise en marche de la station, nous avons eu des difficultés à trouver du personnel spécialisé, souligne Ramzi Tarazi. Notre problème le plus important reste toutefois l'approvisionnement en électricité. Cela fait plusieurs mois que nous comptons exclusivement sur le générateur, ce qui représente un coût considérable puisque notre facture d'énergie s'élève à 800000 ou 900000 dollars par an.» La collecte et le traitement des déchets ont représenté une difficulté au début: la solution est venue sous la forme d'une société privée gérant une décharge dans la région, qui collecte les déchets et les boues régulièrement sur le site. Ramzi Tarazi reconnaît que ces problèmes pourraient se poser dans d'autres stations aussi, avec des solutions à envisager selon les cas.

 

(Pour mémoire : Protéger la source de Jeïta, c'est protéger plus de 70 % de l'eau de Beyrouth)


Un dernier problème pourrait survenir à la fin du contrat de gestion de ces stations. Qui s'en chargerait après les entrepreneurs actuels? En principe, les offices des eaux devraient prendre la main, à moins que le contrat ne soit renouvelé ou qu'un nouvel appel d'offres ne soit lancé. Normalement, l'actuel entrepreneur doit former les nouveaux venus peu avant la fin du contrat. Les successeurs auront-ils les compétences nécessaires pour garder le fonctionnement de la station au même niveau? Selon des sources bien informées, d'autres stations d'épuration dans le pays ne fonctionnent pas aussi parfaitement.


De plus, un autre paramètre est à prendre en compte: le coût du fonctionnement d'une telle station. Selon Ramzi Tarazi, cette station qui a coûté treize millions d'euros a un coût de fonctionnement de 750000 euros par an (environ 5% du prix initial de l'installation) dont un tiers pour le traitement des odeurs, un tiers pour les dépenses courantes tels les salaires, et un tiers pour l'entretien et le remplacement des équipements. Ces dépenses sont couvertes par le CDR pour trois ans. À ce propos, Youssef Karam, du CDR, indique qu'une taxe municipale pour le traitement des eaux usées est imposée depuis quelques années, et qu'elle pourrait être réajustée pour couvrir les frais des stations qui desservent des milliers de foyers. Une mesure facilement applicable, selon lui, quand les citoyens prendront conscience de l'avantage d'une telle installation.

 

Lire aussi
I- Épuration des eaux usées au Liban : beaucoup de bruit pour si peu de résultats...

 

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

EST-CE DE STATIONS D'ÉPURATION QU'IL EN EST QUESTION... OU : D'ÉPURATION DES STATIONS ???

Sabbagha Antoine

Courage et volonté manquent pour réaliser d’autres projets aussi réussis que celui de la station d’épuration de Nabatiyeh. Chapeau pour les responsables actuels .

Irene Said

Donc, "QUAND ON VEUT, ON PEUT" !
La preuve avec Nabatiyeh...
Irène Saïd

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