Rechercher
Rechercher

Moyen Orient et Monde - Turquie

Turquie : « À force d’être vaincu, le CHP ne sait plus comment gagner »

Défaite à la présidentielle, l'opposition en mal de stratégie et de chef...

La victoire de Recep Tayyip Erdogan dans la course à la présidentielle a fait l’effet d’un électrochoc au sein du vénérable Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate). Burhan Ozbilici/Reuters

Le nouvel échec cuisant subi par l'opposition turque lors du scrutin présidentiel remporté par le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a sonné l'heure de la révolte dans son principal parti, qui bruisse d'appels à un changement de stratégie et de chef.


Neuf élections, neuf victoires. Depuis 2002, le Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) de M. Erdogan a imposé sa domination sans partage sur la vie politique turque en réalisant un « grand chelem » inédit. Sa dernière victoire le 10 août dans la course à la présidentielle, disputée pour la première fois au suffrage universel direct, a fait l'effet d'un électrochoc au sein du vénérable Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), créé par le fondateur de la Turquie moderne et laïque, Mustafa Kemal Atatürk. À peine les résultats connus, les critiques ont commencé à viser l'état-major du CHP, contraint en réaction de convoquer un congrès extraordinaire les 5 et 6 septembre. La députée Emine Ülker Tarhan a ouvert le feu en exigeant un virage à gauche du parti et la démission de son président, Kemal Kiliçdaroglu. « Le CHP a tenté d'être un parti comme les autres et a échoué, a-t-elle lancé, il doit désormais choisir une nouvelle voie ou continuer à se mentir à lui-même. » Dans la ligne de mire de l'élue, le candidat commun retenu par le CHP et le Parti de l'action nationaliste (MHP, extrême droite) pour la présidentielle. Intellectuel réputé et musulman pratiquant, Ekmeleddin Ihsanoglu, 70 ans, n'a pas fait le plein de voix dans la frange laïque et la plus à gauche du mouvement et n'a pu recueillir que 38 % des voix, loin des 52 % obtenus par le chef du gouvernement.


Mis en cause, M. Kiliçdaroglu a d'abord rejeté la responsabilité de la défaite sur les abstentionnistes. « Les vacanciers n'ont pas voté », a-t-il argué. Puis il a accusé ses rivaux de « manquer de loyauté ». Avant d'accepter, sous la pression, de réunir un congrès pour une explication de texte qui s'annonce orageuse. « Ceux qui m'ont critiqué ont demandé un congrès, nous l'aurons, a-t-il affirmé cette semaine, et tout le monde respectera la discipline du parti après ce congrès. » Ancien inspecteur des impôts, le chef du CHP n'est pas réputé pour son charisme. Mais son image de « Monsieur propre » avait suscité beaucoup d'espoir lorsqu'il a succédé en 2010 à l'indéboulonnable Deniz Baykal, empêtré dans une affaire de mœurs. Au plus fort du scandale de corruption qui a ébranlé le régime l'hiver dernier, il a fait feu de tout bois contre le Premier ministre Erdogan, qualifié de « voleur ». Mais ni ces attaques ni le recentrage du parti n'ont réussi à enrayer la spirale de la défaite.


Même contesté, Kemal Kiliçdaroglu devrait pourtant garder les rênes du parti, pronostiquent les analystes. « Il va continuer à diriger le CHP, et même profiter du congrès pour l'épurer de ses courants dissidents », estime Deniz Zeyrek, le chef de bureau du quotidien Hürriyet à Ankara. Une perspective qui fait enrager ses adversaires, convaincus que le ralentissement de l'économie et la dérive « autocratique » du régime doivent profiter à l'opposition. « La Turquie est en perte de confiance » à l'étranger, a souligné l'ancien ministre turc de l'Économie, Kemal Dervis, ex-administrateur du Programme de l'Onu pour le développement (Pnud) et partisan d'un départ de M. Kiliçdaroglu. Mais au sein même du parti, beaucoup doutent qu'un changement de casting suffise à permettre son retour au pouvoir, tant la popularité de M. Erdogan semble solide. « En l'état actuel des choses, sans véritable réforme, s'il y avait 100 élections, le CHP les perdrait toutes », se désespérait récemment un député CHP d'Adana, Turgay Develi, « à force d'être vaincu, le CHP ne sait plus comment gagner ».

Le nouvel échec cuisant subi par l'opposition turque lors du scrutin présidentiel remporté par le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a sonné l'heure de la révolte dans son principal parti, qui bruisse d'appels à un changement de stratégie et de chef.
Neuf élections, neuf victoires. Depuis 2002, le Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) de M. Erdogan a imposé sa domination sans partage sur la vie politique turque en réalisant un « grand chelem » inédit. Sa dernière victoire le 10 août dans la course à la présidentielle, disputée pour la première fois au suffrage universel direct, a fait l'effet d'un électrochoc au sein du vénérable Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), créé par le fondateur de la Turquie moderne et laïque, Mustafa Kemal Atatürk. À peine les...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut