Pour le jubilé de l'ordination sacerdotale de Mgr Samir Mazloum (1964-2014), vicaire patriarcal maronite, une messe a été célébrée au siège patriarcal, au terme de laquelle les présents ont reçu en cadeau un livre retraçant son itinéraire pastoral. C'est d'abord par curiosité qu'on ouvre cet ouvrage agréablement broché que l'on peut confondre avec l'un de ces albums de commande qu'on feuillette distraitement mais qui ne nous apprennent rien d'essentiel.
Surprise, Mon parcours (Mechwari) est loin d'être un ouvrage indifférent. C'est un petit livre (142 pages), facile à lire et allant à l'essentiel. Il prend à bras-le-corps certaines des questions les plus difficiles qu'un Libanais maronite se poserait, en ce moment de déprime et de fuite, sur l'avenir de son pays. « Je n'ai pas de réponses à tout », avoue modestement Mgr Mazloum en privé. Mais il a au moins le mérite de poser publiquement certaines très bonnes questions.
Ces questions, c'est surtout dans le dernier chapitre qu'on les trouve. Le livre retrace d'abord le parcours de Mgr Mazloum, qui est celui d'un pionnier ; cette vocation de défrichage lui colle à la peau. Il a notamment été l'un des membres fondateur de Caritas-Liban, ainsi que du diocèse maronite de France. Il a milité au sein de l'association Une Église pour notre temps, qui a joué un rôle pionnier dans l'ouverture de l'Église maronite au vent de changement de Vatican II, mais dont l'action s'est épuisée en raison de la guerre civile de 1975. Il est aujourd'hui membre du Rassemblement des chrétiens du Machrek, qui réfléchit sur l'avenir des chrétiens du Liban. Et il est surtout vicaire patriarcal et, par le fait même, témoin direct de certains des épisodes les plus actuels du blocage politique, notamment au niveau de la présidentielle. Ainsi, c'est en toute franchise qu'il révèle l'adhésion enthousiaste de Samir Geagea au projet de loi électorale dite « orthodoxe », avant sa rétractation en raison de l'opposition du courant du Futur, ou qu'il affiche sa préférence pour le style du patriarche Sfeir par rapport à celui de son successeur.
Mais c'est sur la question fondamentale du pacte national que l'ouvrage pourrait forcer aujourd'hui à la réflexion. Pour Mgr Mazloum, le pacte de 1943 entre maronites et sunnites est caduc, celui de Taëf (1989) l'est également, et c'est à un troisième pacte que les Libanais chrétiens devraient tendre, pour préserver, s'ils le peuvent, l'identité de leur pays.
Il semble évident que Mgr Mazloum donne au mot pacte une signification avant tout politique. Pour lui, ce n'est pas, d'abord, une volonté de vivre en commun, ou une adhésion de volontés à un projet national, mais un rapport de forces et un équilibre numérique. Le prélat n'évoque à aucun moment le projet de redistribution du pouvoir exécutif au Liban en trois tiers – chrétien, sunnite et chiite – prêté au Hezbollah, mais son ombre est bien présente. Par ailleurs, sa réflexion n'est jamais dogmatique. En privé, Mgr Mazloum est réaliste : il tient compte des armes dont le Hezbollah use à l'appui de ses arguments, et laisse aux points d'interrogation toute leur place.
Sans aller jusqu'à l'affirmer crûment – mais il n'hésite pas à le dire en privé – pour Mgr Mazloum, la nation libanaise n'existe pas encore. Certes, il parle de la « nation maronite », mais il estime qu'il n'existe pas encore au Liban « une synthèse des communautés », en d'autres termes une « nation libanaise » et que c'est se faire illusion de penser qu'elle existe.
C'est pourquoi il estime que le Liban doit encore passer par « une phase d'acceptation où chaque partie peut s'affirmer et choisir librement la formule de son adhésion » à la nation.
Pour Mgr Mazloum, « il faut espérer que les maronites seront assez sages pour s'asseoir autour d'une table » et y réfléchir avec leurs partenaires.
« Mais s'il n'y a pas le réveil nécessaire, cela se fera contre eux, et peut-être totalement à leurs dépens », ajoute-t-il gravement à notre intention.
Organisés au début autour des couvents, les maronites, devenus « la nation maronite », gardent pourtant des atouts car leur histoire les a préparés à s'adapter aux adversités, souligne Mgr Mazloum dans son livre (page 128). Ces atouts sont d'abord qu'ils ne sont plus une petite nation, puisque la diaspora compte prés de 5 millions de maronites, et surtout parce que, sur le plan interne, « ils ont joué à de nombreuses reprises le rôle de médiateurs entre les sunnites, les chiites et les druzes, une médiation qui a joué un rôle fondateur dans la convivialité avant comme après la période ottomane (...) et dans l'existence du Liban indépendant » (pp. 128-129). Un dernier atout est, bien sûr, le rôle qu'ils ont joué dans la cristallisation de l'arabisme (page140).
L'un des points faibles du raisonnement de Mgr Mazloum, c'est sa trop grande confiance dans la capacité des maronites à faire face aux adversités. Ainsi, il fait l'éloge de leur résistance aux Mamelouks et aux Ottomans. Certes, leur fibre communautaire (leur « assabiya »), n'a pas disparu, mais elle semble bien fripée. La phase ascendante de la formation de la conscience nationale libanaise a cédé la place à une phase de stagnation, voire de dissolution.
Pour Mgr Mazloum, « il est normal que nous passions par une phase de déprime », mais les signes d'espérance ne manquent pas. Au niveau de Bkerké, il existe une commission stratégique qui réfléchit à toutes ces données. Par ailleurs, les mouvements d'apostolat de laïcs sont en train de préparer l'avènement d'une génération plus lucide et plus droite. Un printemps de l'Église se prépare qui débordera, selon lui, sur le domaine politique.
Sa bombe, Mgr Mazloum (son dernier chapitre s'intitule « Liban 2064 ») la réserve pour sa réflexion finale. Il y prévoit que les conflits et les guerres auxquels nous assistons vont reconfigurer la région en entités religieuses et ethniques, conformément à un ancien plan américano-sioniste. « Je vois difficilement le Liban échapper à ce plan, avoue-t-il. Mais ces vagues fondamentalistes sunnite, chiite et juive reflueront au cours des décades suivantes, cédant la place à un dialogue civilisé et pacifique qui servira de base à l'apparition de nouvelles fédérations au niveau régional. Ce sont ces fédérations qui, par étapes, évolueront de la notion d'État religieux ou raciste vers celle de l'État civil pluraliste. Et c'est à ce point exactement que le Liban reviendra à son authenticité, et que les maronites renoueront avec leur rôle historique. »
Le petit livre de Mgr Samir Mazloum, disponible auprès de l'auteur, devrait soulever, par sa franchise, par la liberté de réflexion, encore beaucoup d'échos dans la petite société que nous formons.
Surprise, Mon parcours (Mechwari) est loin d'être un ouvrage indifférent. C'est un petit livre (142 pages), facile à lire et allant à l'essentiel. Il prend à bras-le-corps certaines des questions les plus difficiles qu'un Libanais maronite se poserait, en ce moment de déprime et de fuite, sur l'avenir de son pays. « Je n'ai pas de réponses à tout », avoue...


il n'y a aucun complot ... ni americano sionsite, ni iranosyrien si les libanais eux meme ne donne pas suite a ces soi-disant complotiste. ceux-ci etant dit je ne crois pas en un complot americano-sioniste ...mais plus a un complot iranosyrien cette fois ci
00 h 03, le 13 août 2014