Les participants entourant Michel Eddé.
C'est fidèle à sa tradition que l'amicale des anciens du Collège Notre-Dame de Jamhour a organisé vendredi dernier son iftar traditionnel pour les anciens élèves musulmans du collège. En présence du président de l'amicale, M. Michel Eddé, et de M. Salim Eddé, ce dîner spécial ramadan a, cette année, pris place au mythique musée MIM des minéraux de Beyrouth, rue de Damas, au campus de l'innovation et du sport de l'Université Saint-Joseph. Dans les sous-sols de l'USJ, entre les vitrines mystiques recelant de précieux cristaux et d'inouïs trésors façonnés au fil des siècles par la nature, plus de 130 anciens élèves se sont réunis le temps d'un soir du mois saint autour de mets traditionnels arabes. Après la prière du maghreb, le secrétaire général de l'amicale Nagy Khoury, qui fait de ce dîner une célébration annuelle du dialogue islamo-
chrétien semblable à la célébration de l'Annonciation qu'il organise depuis plus de 8 ans, a prononcé une allocution de circonstance dans laquelle il a déploré « les temps durs dans lesquels nous vivons ».
« Les chrétiens se font égorger à Mossoul, les Palestiniens se font massacrer à Gaza, les islamistes de Daech font la loi en Syrie et en Irak, chiites et sunnites ne se supportent plus, et même au sein d'une communauté, rien ne va plus, a-t-il dit. (...) Depuis l'antique Babylone, les rives de la Mésopotamie n'ont jamais connu pareille haine. Hier encore, Palestiniens et juifs priaient ensemble sous la houlette du Vatican. Regardez-les aujourd'hui se massacrer sans pitié. Toute la région est en ébullition, mais il reste cependant un îlot qui résiste à cette vague de haine, tout comme le village gaulois d'Astérix, le Liban. »
« Nous sommes sûrement le seul pays de la région où le dialogue est encore possible », a ajouté Nagy Khoury qui a appelé les Libanais « à ne pas » baisser les bras, à prier et à mener des actions concrètes afin de bannir toute forme de discrimination, affirmant que « les musulmans sont appelés à montrer le vrai visage de l'islam et les chrétiens à jouer le rôle de conciliateurs ». « Chaque année à la même date, le mois sacré du ramadan, tout comme la période de Noël, vient nous rappeler notre fraternité dans l'amour de Dieu », a-t-il conclu, avant que les participants n'observent deux minutes de silence pour les victimes des guerres qui tombent dans le monde arabe.
Au terme du dîner, et après un mot de bienvenue de Salim Eddé, propriétaire du musée MIM, Bassam Tourba, ancien élève de Jamhour, a rappelé que l'initiative de ce dîner a d'abord été lancée par le père Bonnet-Eymard, et que le mufti Hassan Khaled, l'imam Moussa Sadr et le cheikh Akl Mohammad Abou Chacra étaient présents au tout premier iftar. M. Tourba a ensuite offert un témoignage, élaborant sur l'éducation jésuite qu'il a reçue au collège et qui a renforcé sa foi musulmane en Dieu. « L'éducation des pères a façonné ma vie spirituelle, a-t-il relevé. J'ai appris chez eux que Dieu est amour et cela a changé ma vie. Depuis, la mort ne me fait pas peur et j'ai la conviction intime que personne ne sera condamné le jour du Jugement. Certains diront que le Coran menace les infidèles de châtiments éternels ; je réponds que le Coran est religion et État et il fallait à cet État un pouvoir répressif, mais Dieu est clémence. Si un père dit à son fils "si tu mens je te coupe la langue", le fera-t-il vraiment ? » Et de conclure : « Jamhour est une école, mais aussi un couvent. Et les pères n'y ont jamais cherché à nous convertir à leur propre religion, mais nous ont toujours encouragés à respecter la nôtre. Le père Dalmais, recteur, faisait venir un cheikh pour nous enseigner la religion musulmane... »
Le dîner a enfin été clôturé par une tournée dans le musée MIM, guidée par Salim Eddé, et une brève allocution de Michel Eddé qui a assuré que « le Liban a surmonté les crises car chrétiens et musulmans ont su y vivre ensemble, contrairement aux pays aux communautés homogènes qui n'ont pas tenu le coup », affirmant que la parité restera garante du vivre-ensemble au pays du Cèdre.
B .M.


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