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Culture - Danse

Pierre Geagea brise les chaînes du silence

Avec ses gestes qui deviennent mots et son corps tout entier vocabulaire, Pierre Geagea réinvente son propre langage. « Mother Tongue » (langue maternelle) est une performance solo qu'il interprète au Monnot*, ce soir et demain.

Pierre Geagea parle avec son corps. Photo Samy Ayad

Un signe, puis deux et trois suivis d'une foule de mimes qui épousent les lignes du corps. Un bavardage à la fois bruyant mais muet qui va déborder comme une crue. Un flot d'émotions nouvelles. Au son de la musique déstructurée et décortiquée jusqu'à l'épure de Sharif Sehnaoui (Irtijal) et Tony Elieh (cofondateur de Scrambled Eggs), Pierre Geagea apparaît en quasi-ombre chinoise. C'est cet écran même, devant lequel il se tient afin de projeter ses gestes, qui le sépare du reste du monde. Durant plus de quarante-cinq minutes, le danseur invitera le public à le rejoindre dans sa bulle.
Après avoir présenté une ébauche de cette performance à l'Institut français, voilà que le chorégraphe reprend Mother Tongue en restructurant ce solo dans le cadre d'une mise en scène plus élaborée de Nadim Deaïbes et en s'entourant de deux musiciens chevronnés de l'improvisation ainsi que d'un assistant à la chorégraphie, Daniel Balabane. Geagea réalise une création personnelle, intimiste et émouvante, voire bouleversante. Car Mother Tongue est un parcours de vie que le jeune danseur partage en toute pudeur, espérant...se faire entendre.

« Le Cri » de Munch
Les mouvements se font rapides, diserts, comme une longue conversation qu'il entreprend avec l'autre, les autres. Sa vie défile au son de la musique. Elle caracole. Elle est d'abord énigme comme ce Rubik's Cube qu'il essaye de déchiffrer pour se clarifier par la suite au rythme des mouvements purificateurs effectués par le danseur. Le corps de Geagea exulte. Il y a de la joie dans ses mouvements, de l'étonnement devant ce monde qu'il découvre petit à petit. Mais aussi de la mélancolie, à l'instar du cri silencieux, mais tellement dilaté de terreur de Munch.
Sourd-muet de naissance, Pierre Geagea a vécu jusqu'à quinze ans dans un monde de silence. Très jeune, il s'est initié à la danse classique puis à la chorégraphie contemporaine et n'a eu de cesse d'élargir ses horizons. Il reconnaît qu'il a eu la chance – qui ne s'est pas offerte à des centaines de personnes dans son cas – de redécouvrir partiellement le son vers l'âge de quinze ans. Un hasard heureux qu'il a su développer par la suite en suivant une discipline d'exercices rigoureux. Après avoir créé Mother Tongue avec le seul soutien de ses amis, il espère poursuivre ses projets artistiques. Catharsis? Libération? Qu'importe le qualificatif! Pierre Geagea brise toutes les chaînes qui l'ont gardé cloîtré jusqu'à présent et se fait sans chahut le porte-parole de nombreux malentendants qui n'ont pas les moyens de montrer leur potentiel. « Être libre, disait Nelson Mandela (dont on célébrait l'anniversaire hier), ce n'est pas seulement se débarrasser de ses chaînes; c'est vivre d'une façon qui respecte et renforce la liberté des autres.» Pierre Geagea en est le témoin vivant. Avis donc au ministère de la Culture...
S'il entend.

*Au théâtre Monnot, ce soir samedi à 20 heures et demain dimanche à 20h30.

Fiche technique

Conception et chorégraphie : Pierre Geagea
Musique live :
Sharif Sehnaoui et Tony Elieh
Assistant de la chorégraphie : Daniel Balabane
Éclairage :
Rayan Nihawi
Assistante à la mise en scène : Sara Maurice.

Un signe, puis deux et trois suivis d'une foule de mimes qui épousent les lignes du corps. Un bavardage à la fois bruyant mais muet qui va déborder comme une crue. Un flot d'émotions nouvelles. Au son de la musique déstructurée et décortiquée jusqu'à l'épure de Sharif Sehnaoui (Irtijal) et Tony Elieh (cofondateur de Scrambled Eggs), Pierre Geagea apparaît en quasi-ombre chinoise. C'est cet écran même, devant lequel il se tient afin de projeter ses gestes, qui le sépare du reste du monde. Durant plus de quarante-cinq minutes, le danseur invitera le public à le rejoindre dans sa bulle.Après avoir présenté une ébauche de cette performance à l'Institut français, voilà que le chorégraphe reprend Mother Tongue en restructurant ce solo dans le cadre d'une mise en scène plus élaborée de Nadim Deaïbes et en s'entourant...
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