Comment décrire la genèse et la trajectoire de cette chanson, soudain ressuscitée au point de devenir l'une des plus reprises du répertoire de Leonard Cohen? De John Cale à Bob Dylan, en passant par Jeff Buckley, K.D. Lang ou même le film animé Shrek et la nouvelle star anglaise Alexandra Burke, Hallelujah, longtemps méconnue et dont l'auteur avoue l'avoir accouchée dans la douleur, est devenue soudain une chanson interplanétaire.
À Bob Dylan qu'il croise en 1987 après un concert et qui lui demande combien de temps il a mis pour l'écrire, Cohen avoue deux années de labeur (mensonge blanc!): «J'ai menti parce que j'avais honte de lui dire combien de temps cela m'avait pris en réalité », avait-il dit un jour.
À l'époque où il écrit cette chanson, l'auteur-compositeur est en pleine errance. Pas moins de 80 couplets seront écrits pour n'en retenir au final que cinq. Sur fond biblique de plusieurs histoires qui s'entrecroisent, transparaît une réelle recherche de l'amour et de la musique.
Sacré et profane
On pourrait le deviner dès la première strophe lorsque Cohen, évoquant la légende du roi David – auquel on attribue l'écriture des Psaumes – et qui, selon l'Ancien Testament, jouait de la lyre pour plaire au Seigneur, s'adresse à une femme, lui parlant d'un « accord secret », mais Cohen ajoute: «Tu n'aimes pas la musique, n'est-ce pas?» Dans le second couplet, il fait allusion à la relation entre David et Bethsabée, avec laquelle celui-ci a eu une relation amoureuse après l'avoir vue prendre un bain et dont il a envoyé le mari se faire tuer à la guerre. Puis il enchaîne avec une allusion à cet autre épisode biblique où une femme cause la perte d'un homme, celui de Samson et Dalila («elle a brisé ton trône, elle t'a coupé les cheveux»). En écoutant cette chanson, sa mélodie apparaît presque liturgique mais que dire de ce couplet, véritable ode à l'amour, qui évoque cette colombe accompagnant l'acte d'amour : « And remember when I moved in you (le sacré s'effaçant bien devant le profane!). The holy dove was moving too. And every breath we drew was Hallelujah.»
Dans cette mélodie semblable à du gospel se mélangent donc souffles de l'acte sexuel et du Saint-Esprit, ainsi que les prières au Dieu Créateur et à l'amour salvateur. Alléluia !

