Moyen Orient et Monde

Sur les pas de « akh » Mouammar

Le point
17/07/2014

Il n'est pas venu, encore moins vaincu. Mais il a vu. De loin, de Vienne où il venait de rencontrer son homologue iranien, programme nucléaire oblige, John Kerry a jugé « dangereuse » la violence et estimé qu'elle « doit cesser », lui-même pour ce faire travaillant « très dur ». Puis, la sentence prononcée, le secrétaire d'État s'en est allé vaquer à d'autres occupations, autrement plus urgentes : Gaza, dialogue avec Téhéran, grandes oreilles à Berlin, Afghanistan...


À Tripoli pendant ce temps, tout le monde s'accorde à noter qu'il ne faudrait pas longtemps au pays pour achever sa descente aux enfers. Il existe actuellement non moins de dix milices, sans compter l'armée régulière et celle du général Khalifa Hiftar, chacune veillant jalousement sur le lopin de territoire qu'elle s'est approprié sans pour autant renoncer à lorgner du côté du voisin où, nous a appris le bon Monsieur de La Fontaine, l'herbe est plus tendre.


À défaut d'obtenir le désarmement de ce beau monde – un tantinet difficile de priver ces braves gens de ce qui constitue le prolongement presque naturel de leur bras, comme illustré par le cas libanais... –, l'État a entrepris de superviser la répartition géographique des tâches. Aux Zentanis (de Zenten, la région dont ils sont originaires) l'aéroport de la capitale, aux Brigades de Misrata tombées en disgrâce pour cause d'insubordination (!), en passant par la Chambre d'opération des révolutionnaires de Libye, la Qaaqa, les Sawaëq, les Ansar el-Charia, etc.


L'expérience a été un échec patent. Dimanche dernier, des bandes rivales, mais unies pour une bien peu noble cause, ont lancé une OPA militaire sur l'aéroport de Tripoli. Trois jours durant, à coups de missiles Grad, de mortiers, de mitrailleuses lourdes et de RPG, on s'est allégrement étripé, toute fraternité oubliée. Bilan : une vingtaine de tués et quelques dizaines de blessés. Les dégâts sont autrement plus lourds : une tour de contrôle hors d'usage, des réservoirs de fuel sérieusement endommagés, la salle des douanes détruite, 90 pour cent des avions bons pour la casse, des pistes inutilisables pour des mois à venir. Il faudra, prévoit Ahmad Lamine, porte-parole du gouvernement, des mois avant que cet unique lien de la Libye avec l'extérieur soit de nouveau fonctionnel.


Mais en attendant ? Eh bien, nous allons faire appel à la communauté internationale pour assurer la sécurité, a fait savoir un cabinet qui, depuis longtemps, ne représente plus rien. Plus facile à dire qu'à faire, car les chancelleries étrangères sont en train de plier bagage et de rapatrier diplomates et ressortissants. « Une mesure provisoire, a fait savoir le bureau des Nations unies dans un communiqué. Nous reviendrons aussitôt que l'état de la sécurité le permettra. Nous allons continuer à aider à l'édification d'un État démocratique. »
Washington pour sa part ne renonce pas à prêcher la bonne parole. Quelques perles signées Jen Psaki, porte-parole du département d'État : « L'avenir ne saurait être assuré par les armes » ; « Un nouveau Parlement doit voir le jour, et le plus rapidement possible » ; « Les querelles entre bandes rivales pourraient dégénérer en conflit généralisé. » Parce que les combats qui ensanglantent régulièrement le pays ne représentent que de vulgaires escarmouches sans lendemain ?


Plus hypocrites encore, réunis à Tunis, les ministres des Affaires étrangères égyptien, algérien, tunisien, soudanais, tchadien et nigérian, aidés par un représentant de la Ligue arabe et un délégué de l'Union africaine, viennent de se pencher sur le cas de ce voisin par trop turbulent. En l'absence bien entendu de leur collègue libyen, empêché de prendre l'avion pour des raisons « techniques ». Deux commissions ont été mises sur pied pour l'occasion, l'une sécuritaire, l'autre politique, avec pour mission la formulation de projets de règlement de la crise. Le président tunisien Moncef Marzouki croit avoir trouvé la panacée : face au danger de l'escalade, il urge, dit-il, d'imperméabiliser les frontières. Ce qui, croit-on avoir compris, revient à se protéger contre la propagation du mal.


Sur un conflit à la fois régional et tribal sont venues se greffer des divergences d'ordre idéologique. Les législatives du 25 juin ont débouché sur une victoire des libéraux, opposés aux islamistes, lesquels ont tenté de reprendre l'avantage en s'attaquant au principal aéroport. À Benghazi entre-temps, des éléments tout aussi radicaux accrochaient, avec moins de succès encore, les troupes de Hiftar.
Kadhafi, qui en rêvait, avait réussi à diviser le pays pour régner, quarante-deux ans durant. Les rivaux d'aujourd'hui n'avaient qu'à emprunter la voie ainsi tracée. Mais n'est pas le frère Mouammar qui veut. Heureusement.

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EN LYBIE L'ANARCHIE CRIMINELLE AU CARRÉ A SUBSTITUÉ LA TYRANNIE ! EN IRAQ SCYLLA HÉRITA CHARYBDE ! AU YÉMEN LE PRINTEMPS DE VERT EST DEVENU ROUGE ! EN SYRIE LE SANG ARROSE LES CHAMPS ! PRINTEMPS SANGUINAIRE DES UNS ET DES AUTRES ! PARTOUT LE CHAOS ET L'ANARCHIE SE SONT ÉTABLIS EN MAÎTRES ABSOLUS ! DES PRINTEMPS ARABES ? OU DES "FIGUES" ARABES ? ON NE VOIT ET ENTEND QUE DES TUERIES... DES CLAMEURS... DES CRIS... DES SANGLOTS... DES MALÉDICTIONS... DE LA MORT... ET LA BARBARIE S'EST ÉRIGÉE EN DROIT ET JUSTICE ! UN LUNATIQUE RIT QUELQUE PART...

Halim Abou Chacra

Vous avez dit "le printemps arabe" ? Cent fois plutôt c'est la merde arabe. Hélas !

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