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Culture

Clin d’œil à des talents émergents

Liban

Vingt-huit tableaux, quatre sculptures et une installation pour une vingtaine d'artistes à la galerie Janine Rubeiz*. Clin d'œil à des œuvres inédites et des talents émergents.

15/07/2014

Par-delà une verrière dévoilant le ciel de Beyrouth et une porte ouverte donnant sur le bleu de la mer, lumière et chaleur de juillet s'engouffrent dans le vaste espace blanc où pavoisent une trentaine d'œuvres d'artistes de tous crins. Inspiration diverse et embranchement de style pour une exposition qui groupe aussi bien la peinture, le dessin, la photographie que la sculpture. Dans toute sa modernité et ses expressions à horizon ouvert.


Une petite mosaïque de créateurs qui signent des œuvres inédites, dans le sillage de leur création habituelle, ou empruntent à un parcours qu'ils découvrent peut-être eux-mêmes... Avec une petite kyrielle de femmes artistes, nouvelles recrues des cimaises (Dalia Baassiri, Sahar el-Hassani, Emma Haraké, Christine Kettaneh, Adlita Stephan) dont on retiendra les noms et qui feront sans doute l'événement aux saisons prochaines.
Déambulation et flânerie dans cet univers coloré et reconstitué avec un imaginaire souvent débridé pour un témoignage aigre-doux, poétique ou d'un réalisme outrancier de notre réalité. Mais aussi une certaine analyse, non sans (im)pertinence, et surtout un regard autre de notre quotidien. De notre vécu. Pour une approche de nos angoisses, de nos craintes, de nos espoirs, de nos aspirations à la paix.


On retrouve la touche de certains artistes dans des images déjà connues, mais en une formulation un peu différente. Comme une prise de vues qui changerait d'angle... Les villes bleu Méditerranée ciselées de Jamil Molaeb, la netteté de la photographie de Rania Mattar pour les femmes de 40 ans, le bestiaire fluo mais toujours sous influence vaguement cubiste de Charles Khoury, les pourtours impeccablement tracés d'une boule de lettres cunéiformes de Bassam Geitani, la dentelle fine de lettres et de dessins à patience de Laure Ghorayeb, les assemblages et juxtapositions de matière, volume et perspective d'Élie Bourjeily... Dans la ronde aussi les collages et les mixed medias de Mansour el-Habre, les masses compactes comme des scories de volcan de Joseph Harb, les plantes à caractères crayeux de François Sargologo, les amas de ruines fumantes d'Ahmad Kleige, les tonalité automnales d'injection sur papiers photographiques de Jean-Pierre Watchi, les blancs et rouges de silhouettes japonisantes de Afaf Zurayk...
Comme un monde soudé, les rejoignent, en blanc et noir formel et en relief, les mixed medias de Ghassan Ghazal, la piscine aux eaux indigo de Rim el-Jundi où deux médaillons liés à l'histoire ancienne (Bahr el-Roum!) transforment le rêve d'une baigneuse...


Côté sculpture, Alain Vassoyan ouvre le cortège avec humour et fantaisie. Son Teenage en résine patinée a toute la chaleur et la malice de l'enfance. Suivent, avec autant d'humour et de fantaisie, mais aussi un grain de mystère, les personnages flottants (en bronze et résine) de Leila Jureidini. Un monde plus rigoureux, curieux mais attachant avec Christine Kettaneh : des rondelles de savon lisse. On y lit les lignes de la main et les monnaies aux valeurs volatiles, élastiques et d'une déroutante fluidité: tout cela en un cérémonial pince-sans-rire, avec rigueur et presque ascétisme !


Petit glissement pour reprendre le fil du peloton-pilote des nouvelles recrues, dont Emma Haraké. Acrylique sur canevas pour un visage de jeune fille avec casque écouteur. Attente des jeunes et monde techno d'aujourd'hui dans une insolite pétrification d'image de BD. Sahar el-Hassani, empruntant l'expressionnisme avec huile sur canevas, trace en traits durs et sans concession décorative toute la détresse et toute la souffrance humaines avec un visage de femme émaciée et anorexique mangé par de grands yeux ardents et fiévreux. Plus secrets et appartenant à l'aquarelle et l'encre sont les travaux de Dalia Baassiri où graffiti, barbouillage minutieux et filasse architecturée explorent et fouillent la mémoire. Un travail précis et délicieusement cafouilleux à la fois, non sans rappeler l'aventure de Maya Eid à ses premières expérimentations artistiques.


Mouvement mécanique et calligraphie précise, nerveuse et d'une patience à toute épreuve d'Adlita Stephan qui, avec de minuscules collages, des lettres, des chiffres et du papier, avec son stylo à bille, crée un monde particulier. En zone d'ombre couverte comme une nuée de mouches ou en plages gris-blanches avec une rade aérée envahie de signes lilliputiens, d'une finesse de broderie, à décrypter un peu à la loupe.
Seniors et benjamins des artistes, en une palette qui accuse toutes les tendances et les expressions de l'art plastique actuel à Beyrouth, offrent une riche palette du sens de la créativité, de l'imaginaire, de l'analyse et du témoignage. Une palette amplificatrice de la réalité et miroir de notre société.

*Jusqu'au mois d'août.

 

Les exposants

Dalia Baassiri, Élie Bourjeily, Mansour el-Habre, Sahar el-Hassani, Rim el-Jundi, Bassam Geitani, Ghassan Ghazal, Laure Ghorayeb, Emma Haraké, Joseph Harb, Leila Jureidini, Christine Kettaneh, Charles Khoury, Ahmad Kleige, Rania Matar, Jamil Molaeb, François Sargologo, Adlita Stephan, Alain Vassoyan, Jean-Pierre Watchi, Afaf Zurayk.

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