Un combattant prorusse guettant l’arrivée des troupes de Kiev à Donetsk. Maxim Zmeyev / Reuters
Les rebelles prorusses se préparaient hier à défendre leur principale place forte de Donetsk, alors que les forces de Kiev avançaient dans sa direction, après avoir pris samedi et dimanche plusieurs villes, dont Slaviansk, abandonnée sans combat par les insurgés.
Plusieurs leaders séparatistes ont affiché leur détermination à livrer bataille après ce « repli tactique », affirmant même, comme l'a dit l'un d'entre eux, Denis Pouchiline, que la défense de Donetsk, la capitale du bassin houiller du Donbass, allait marquer un tournant dans leur conflit avec Kiev. Mais le « vice-Premier ministre » de la république autoproclamée de Donetsk, Andreï Pourguine, a reconnu que les rebelles n'avaient « peut-être pas » assez de forces pour résister à l'armée de Kiev. Mais « s'ils (les loyalistes) commencent à raser cette ville comme ils ont rasé Slaviansk, j'espère que le monde ne restera pas sans réagir à l'extermination de milliers de civils pacifiques dans leurs maisons », a-t-il ajouté. Interrogé sur l'aide de la Russie, il a évité d'évoquer son aspect militaire.
La ville était calme hier matin et on ne notait pas de préparatifs militaires ou de présence accrue d'hommes armés dans les rues du centre où peu de gens circulaient. Des combats étaient cependant signalés par les rebelles à Saour-Moguila, une colline stratégique à une quarantaine de km de Donetsk, où les insurgés auraient repoussé une avancée du bataillon de volontaires « Azov ». L'incident n'a pas été confirmé par les autorités ukrainiennes.
Par ailleurs, le potentiel militaire des rebelles, qui compteraient au total quelques milliers de combattants dans les régions de Donetsk et Lougansk, est difficile à mesurer. Des colonnes de véhicules transportant plusieurs centaines d'hommes ont été vues entrant à Donetsk pendant le week-end, ainsi que des blindés et des camions montés de canons anti-aériens. Défendre une aussi grande ville n'est pas évident, même si des points de contrôle renforcés ont été érigés par les rebelles sur les grands axes.
Guérilla urbaine ?
Cependant, l'armée ukrainienne est confrontée à une tâche difficile. Donetsk compte un million d'habitants et le président ukrainien Petro Porochenko s'est engagé solennellement à ne pas les mettre en danger. Entrer dans la ville avec des chars et des blindés exposeraient ceux-ci aux tirs d'armes antichar, dont les rebelles sont amplement pourvus. Et une éventuelle guérilla urbaine, évoquée par les insurgés, ferait couler beaucoup de sang. Selon l'ancien ministre de la Défense par intérim, Mykhaïlo Koval, la stratégie, conçue par le président Petro Porochenko lui-même, consiste à établir un « blocus » tant de Donetsk que de l'autre grande ville rebelle, Lougansk. Ce « blocus complet » forcera les rebelles « à déposer les armes », a-t-il estimé à la télévision.
De fait, les forces loyalistes resserrent leur étau. Présentes depuis le début aux portes de Donetsk à l'Ouest, où elles ont toujours gardé le contrôle de l'aéroport autour duquel se déroulent régulièrement des combats sporadiques, elles se rapprochent par le Nord depuis trois jours. La grande inconnue reste l'appui que les habitants de Donetsk sont prêts à donner aux combattants insurgés. Une autre incertitude est le degré de soutien que le Kremlin pourrait offrir aux insurgés face à l'offensive sur Donetsk. Pour Volodymyr Fesenko, chef du centre d'études politiques Penta, certes, « il y aura des pressions sur Poutine pour faire entrer ses troupes dans le Donbass, mais il est plus probable que Moscou soutiendra les séparatistes par des livraisons d'armes et une concentration de ses troupes à la frontière », car une intervention directe « provoquerait une troisième vague de sanctions et Poutine voudrait l'éviter ». Dans ce jeu, Moscou jouit d'un appui indirect des Européens, et notamment de Berlin, qui cherche à pousser Kiev à accepter un cessez-le-feu inconditionnel, ce que l'Ukraine refuse, jugeant qu'il ne ferait que renforcer les rebelles, tant qu'ils contrôlent des parties de la frontière avec la Russie. En visite en Mongolie, le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier a appelé hier Kiev à dialoguer avec les séparatistes pour rechercher un cessez-le-feu, avertissant qu'il n'y aurait pas de solution purement militaire au conflit.
Sur un autre plan, quatre personnes ont été blessées dans des échanges de tirs à l'arme non létale sur le Maïdan, dans le centre de Kiev, occupé en permanence par plusieurs centaines de contestataires, a indiqué hier la police. Les blessés, qui se revendiquent membres des « groupes d'autodéfense » de la place centrale de Kiev, se trouvent actuellement à l'hôpital à la suite d'un conflit qui a éclaté dans la nuit de dimanche à lundi, a fait savoir la police dans un communiqué.
Enfin, la justice russe a décidé hier de prolonger jusqu'en octobre la détention provisoire d'Oleg Sentsov, cinéaste ukrainien et figure du mouvement de contestation sur le Maïdan, qui avait été arrêté en Russie, après avoir été accusé de projets terroristes en Crimée.
(Source : AFP)


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve