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Moyen Orient et Monde - Le point

Les muscles, pas la tête

La liste de ses méfaits remplirait une colonne entière de journal. Cela va d'une sévère correction infligée à un enfant de 12 ans à une impressionnante série de pots-de-vin à faire pâlir de jalousie le plus corrompu des prévaricateurs de la planète, en passant par des déclarations outrancières sur la manière de traiter ces « terroristes » de Palestiniens qui refusent de se contenter de recevoir les coups mais ont l'outrecuidance de les rendre. M. Avigdor Lieberman, on l'aura compris, est ce qu'en termes élégants on appelle un homme haut en couleur. La violence, c'est son affaire et ses adversaires sont requis d'en tenir compte, sous peine de recevoir le traitement qu'il infligeait jadis aux noctambules trop bruyants du temps où le « bouncer » (videur) qu'il était officiait dans les boîtes de nuit. Ah si seulement on avait suivi ses sages conseils prodigués en 2003 ! À l'époque, il proposait d'envoyer les détenus palestiniens libérés, après avoir purgé leur peine de prison, au bord de la mer Morte où on les aurait noyés...
C'est ce doux Moldave ayant fait son alyah en 1978 qui dirige la politique étrangère d'Israël et qui tient entre ses mains le destin du gouvernement grâce à un indispensable apport qui permet à Benjamin Netanyahu de totaliser 31 sièges à la Knesset et de disposer d'une majorité étriquée de 61 voix sur un total de 120. Dans un article au vitriol paru le 25 mars 2009 sous la plume de l'excellent Neve Gordon, le Guardian qualifie le disciple de Meir Kahane de national disgrace. L'intéressé n'en a cure et vient de prouver qu'il sait demeurer fidèle à lui-même. Et à la ligne de conduite qui reste la sienne, s'agissant du Hamas et de l'enclave de Gaza. Comment oublier qu'en 2009 toujours – décidément un cru Lieberman exceptionnel –, il affirmait, dans un discours prononcé à l'université Bar-Ilan de Tel-Aviv, qu'avec Ismaïl Haniyé, Khaled Machaal et consorts il convenait de se comporter « comme les Américains avec le Japon durant la Seconde Guerre mondiale », délicat et combien opportun rappel des deux bombes atomiques lâchées sur Hiroshima puis Nagasaki. Si « Bibi » est le méchant, lui c'est la brute, et mieux vaudrait ne pas chercher le nom du troisième homme, le bon.
Jugeant hier que, décidément, le Premier ministre est trop gentil avec les Palestiniens, le chef d'Israel Beiteinou a claqué la porte. Pardon, à s'en aller sans s'en aller, tout en s'en allant. Explication de cette prouesse à la Houdini sans précédent dans la vie politique israélienne : il rend au chef du gouvernement la bague de fiançailles, mais il reste dans l'équipe en place, une décision qui constitue un cadeau au polonium fait à son allié malgré lui. Le chef de la diplomatie (que ce titre lui va bien !) ne fait pas mystère de sa préférence pour la manière forte, cette opération Pilier de défense qui avait permis en novembre 2012 de détruire 95 pour cent de l'arsenal détenu par les héritiers de cheikh Ahmad Yassine. Dans le même temps, il reconnaît que dix-sept mois plus tard, le Hamas possède des centaines de missiles d'une portée de 80 kilomètres.
Condamné à une perpétuelle fuite en avant, à accroître sans cesse la dose pour en maintenir l'effet, le dirigeant d'Israël notre maison n'a certes pas agi sur un coup de tête. Dès le mois d'avril dernier, il prenait soin d'annoncer au Yediot Aharonot qu'aux prochaines élections législatives, il n'y aurait qu'un seul barreur dans la barque : lui. Il venait d'avoir, hier lundi, une longue et orageuse explication avec le président du Conseil, histoire de constater que « ça n'a pas fonctionné et ça ne fonctionnera jamais ». De fait, l'attelage n'a cessé de tirer à hue et à dia, Avi accusant Bibi de manquer de leadership, le second accusant le premier de ne pas savoir garder la tête froide. La goutte de trop reste l'affaire des trois jeunes Israéliens (Eyal Yifrach, Naftali Frenkel et Gilad Shaer) enlevés et exécutés par ce que l'on croit être un groupe palestinien. Depuis, le bilan de la riposte déclenchée par Tel-Aviv est allé en s'alourdissant, jusqu'à l'affaire de l'adolescent arabe Mohammad Abou-Khdeir brûlé vif à Jérusalem-Est, suivie de celle de son cousin, Tareq Abou-Khdeir, sévèrement battu par des policiers, le fait qu'il s'agit d'un ressortissant américain représentant un facteur aggravant pour l'équipe au pouvoir.
La soustraction que le double incident a entraînée dans les rangs de la coalition s'annonce lourde. En clair, le presque divorce laisse le Likoud avec 20 sièges, Israel Beiteinou avec onze, le Yesh Atid de Yaïr Lapid avec 19 et les travaillistes avec 15 voix. De quoi donner lieu, le jour venu, à un superbe carambolage digne de la défunte IVe République française. En attendant, le gouvernement est tenu d'entamer illico quelques mouvements d'échauffement en prévision d'un virage à droite auquel il devra se résoudre. Sinon, à trop jouer avec une grenade dégoupillée, elle finira par vous exploser au visage.


La liste de ses méfaits remplirait une colonne entière de journal. Cela va d'une sévère correction infligée à un enfant de 12 ans à une impressionnante série de pots-de-vin à faire pâlir de jalousie le plus corrompu des prévaricateurs de la planète, en passant par des déclarations outrancières sur la manière de traiter ces « terroristes » de Palestiniens qui refusent de se...

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Avigdor Lieberman se comporte en digne héritier des Hébreux de l'Ancien Testament...en particulier le roi David, qui dit, dans 1 Samuel, chapitre 25, verset 22: "Que Dieu fortifie tous mes ennemis et même qu'il les bénisse si d'ici demain matin au lever du jour, je laisse subsister un seul homme dans sa famille!" La version du King James version est encore plus crue, car plus fidèle à l'original:"So and more also do God unto the enemies of David, if I leave of all that pertain to him by the morning light any that pisseth against the wall." Alors il n'y a rien d'étonnant...

Georges MELKI

12 h 21, le 08 juillet 2014

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Commentaires (1)

  • Avigdor Lieberman se comporte en digne héritier des Hébreux de l'Ancien Testament...en particulier le roi David, qui dit, dans 1 Samuel, chapitre 25, verset 22: "Que Dieu fortifie tous mes ennemis et même qu'il les bénisse si d'ici demain matin au lever du jour, je laisse subsister un seul homme dans sa famille!" La version du King James version est encore plus crue, car plus fidèle à l'original:"So and more also do God unto the enemies of David, if I leave of all that pertain to him by the morning light any that pisseth against the wall." Alors il n'y a rien d'étonnant...

    Georges MELKI

    12 h 21, le 08 juillet 2014

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