Sur une colline de Pennsylvanie, dans l’est des États-Unis, des elfes poursuivent un Templier, des hobbits attaquent des chevaliers, un archer vise un samouraï : la bataille de Ragnarok bat son plein. Photos Mladen Antonov/AFP
Sur une colline de Pennsylvanie, dans l'est des États-Unis, des elfes poursuivent un Templier, des hobbits attaquent des chevaliers, un archer vise un samouraï : la bataille de Ragnarok bat son plein, livrée par des passionnés de Tolkien et d'épopées héroïques. « Vous êtes là pour vous battre (...) et vous amuser ! » lance le général Graymael alors que s'élancent des centaines de guerriers réunis à Slippery Rock, au nord de Pittsburgh, pour la 29e édition d'une semaine de « batailles sanglantes et d'amitié ».
Ragnarok – la fin du monde dans la mythologie nordique – regroupe, une fois par an et venus de tous les États-Unis, des passionnés de littérature fantastique, de jeux de rôles ou simplement d'histoire, explique le coordonnateur de l'événement, Will Scarlit. Cette année, 1 400 « guerriers » ont établi leur campement, avec tentes et feux de bois, dans ce qui est d'ordinaire un vaste terrain de camping aux collines boisées. Pendant sept jours, ils jouent au « dagorhir », qui est à la fois un jeu et un sport avec batailles aux règles codifiées, costumes d'inspiration médiévale et armes en mousse polystyrène.
Le jeu a été créé en 1977 par une bande de copains du Maryland, fans de la saga de J. R. R. Tolkien, The Lord of the Rings. Gobelet d'étain à la main et couronne de cuivre sur la tête, l'empereur Vilhjalmr, en longue tunique de lin bleu, tient sa cour avec épouse et conseillers dans son « empire du loup ».
Une vraie passion
« Nous sommes en 898, j'habite à Uppsala » (aujourd'hui en Suède), dit avec sérieux le chef viking, par ailleurs commercial sur Internet du nom de William Ritchie, âgé de 28 ans. Cet amateur d'histoire nordique consacre ses loisirs à recréer des histoires et fabriquer ses costumes avec la centaine de membres de son groupe du Michigan. « C'est une vraie passion, explique-t-il, la plupart des gens se retrouvent coincés par leur vie quotidienne. C'est une façon d'oublier les pressions du monde ordinaire. »
Comme lui, des milliers d'autres joueurs sont regroupés en « chapitres » locaux, avec leurs propres festivités, jusqu'au Ragnarok, leur grand événement national. « C'est super de se retrouver une fois par an », affirme Jarn, de son vrai nom Kyle Nell, un employé de banque de Floride âgé de 27 ans qui a pris ses vacances pour l'occasion. Le campement est divisé en tribus, « Mirkwood » (une forêt du Seigneur des anneaux), le fort irlando-écossais des « Fionna » ou le « territoire du Soleil inconquis » entre autres. Il y a des hommes, des femmes, des jeunes et des moins jeunes qui, dans la vraie vie, vont du « gars qui fait le plein de votre voiture à des médecins et des avocats », assure Will Scarlit, qui s'appelle dans le civil Matthew Tkach, policier dans l'Ohio.
Un jeu très physique
En armure de cuir ou tunique de chevalier, chacun s'active, entre un cours de tir à l'arc, un tournoi impromptu ou un concours de bardes. Avant la grande bataille quotidienne, les « hérauts » vérifient les épées, lances, boucliers et autres casse-tête de mousse. Les armes ne doivent pas blesser, mais le jeu est physique. « C'est exigeant, un peu comme du rugby », souligne Graymael, dans le civil haut fonctionnaire des impôts âgé de 51 ans qui préfère rester discret sur sa passion. « Si votre adversaire vous touche une fois sur un membre, vous ne pouvez plus l'utiliser. S'il le frappe deux fois ou vous touche au torse, vous êtes mort », explique Jarn. Pas question de tricher. « Tout le jeu repose sur l'honneur, sinon ça gâche tout », explique Lyle Mahy, dit Sirius Trothari.
Il y a quelques jours, il s'agissait de se battre dans les bois. « Il n'y a pas de vainqueurs et de vaincus », lance le général Graymael en haranguant les troupes. « Votre objectif est de vous battre plus et de vous amuser plus que ceux qui sont à vos côtés. S'il en est ainsi, vous avez gagné ! »
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