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Culture - Exposition

Claudia Scarsella, brodeuse de chimères...

Elle serait, d'après le « Corriere della Sera », l'une des 150 artistes italiennes à suivre. C'est d'ailleurs sous le parrainage de l'Institut culturel italien qu'elle présente à Beyrouth son délicat travail de précision et de fantaisie, à la galerie Art Factum*.

À partir d’éléments guerriers symboliques du passé récent de Beyrouth, Claudia Scarsella tisse une fleur d’espoir.

Claudia Scarsella est une drôle d'artiste! Diplômée en fashion design de la Central Saint Martins College de Londres, puis en architecture de la Politecnico de Milan, elle s'adonne à l'art avec la liberté et l'irrévérence de ceux qui aiment transcender les frontières, bousculer l'ordre des disciplines bien établies.
Férue d'étoffes, de textiles, de broderies, d'ornementations autant que d'architecture, de patrimoine, d'art digital ou de dessin. Portée, semble-t-il, par une vision poétique de l'existence autant que par une méticuleuse recherche esthétique. Elle exprime dans son travail artistique une fantaisie joyeusement nostalgique et un habile usage des médiums actuels, de l'art digital en particulier. Claudia Scarsella est, en somme, un flux mouvant d'émotions, un être de strates par excellence. Une personnalité ayant absorbé, peut-être plus que d'autres, des expériences, des ressentis, des sentiments, des cultures, des souvenirs, des espaces réels ou imaginaires. Et qui retranscrit ce melting-pot qui la constitue en œuvres hybrides, mêlant l'ancien au contemporain, le digital à la broderie, l'impression textile et le collage à la tridimensionnalité.
Cette artiste italienne un peu inclassable, aux œuvres déjà prisées par les collectionneurs internationaux (aussi bien à Singapour et Hong Kong qu'en Allemagne, en Grande-Bretagne, au Japon ou au Liban), a donc un univers singulier. Lequel lui a valu le fameux prix italien «Premio Arte Mondadori» Plaque d'or de la section graphique, mais aussi une exposition de son projet «Curvaceous» (Plantureuse) au Victoria and Albert Museum de Londres.


À Beyrouth, où elle tient sa première exposition personnelle – étrangement intitulée «Je suis les deux lunes» – à la galerie Art Factum, Claudia Scarsella présente une majorité de mixed-médias (illustrations, photos, dessins, trames graphiques, etc.) inspirés de la capitale libanaise, de ce quel en a «observé, absorbé, filtré et retenu», explique-t-elle dans la note d'intention.
Elle y indique aussi avoir conçu cette exposition «comme un rendez-vous galant entre (elle) et le Moyen-Orient», et y évoque «des racines d'Orient (...) lorsque (son) être profond, avant les souvenirs, parcourait la route de la soie...».


Tout cela est très poétique. Et s'accorde parfaitement avec une première série de tableaux réalisés en assemblages-collages-superpositions d'images, d'emblèmes et de motifs divers: éléments architecturaux, symboles religieux, motifs artistiques occidentaux ou islamiques que l'artiste mélange aussi à quelques points de broderie (aux fils dorés, argentés et cuivrés notamment) pour tisser (justement!) une œuvre métaphorique basée sur la symbiose et le dialogue des cultures orientales et occidentales.


C'est délicat, fin, avec une pointe de légèreté, d'humour. En particulier dans ses «caravanes» mixant, dans des rondes inversées, des personnages en haut-de-forme sur tricycle avec des éléphants et tortues transportant des statues... «La caravane comme symbole de transhumance, procession, vision, safari qui marie l'Orient et l'Occident et, par la même occasion, deux lunes en un seul ciel», indique l'artiste.
C'est aussi parfois explosif et (d)étonnant, comme cette composition fleurie, intitulée «Les deux lunes de Beyrouth», dans laquelle on retrouve en motif quadruplé la sculpture en compression de chars, réalisée par le célèbre Arman, au ministère de la Défense à Fayadieh. Création reprise également en version papier peint!
Et toujours d'un esthétisme surprenant, comme ce tableau évoquant le papillon de Rorsach réalisé par dédoublements et fusions de la cathédrale Saint-Georges des maronites et de la mosquée al-Amine rehaussés de quelques astres et fusées pétaradantes, ou encore ces autres croisant et superposant sur multiples couches de gaze, papier et toiles, des architectures et effigies anciennes, comme le célébrissime «Sarcophage des époux étrusques», avec des arabesques, moucharabiehs et autres damasquineries...


Au sous-sol de la galerie, l'artiste présente deux autres séries d'œuvres plus conceptuelles si l'ont peut dire. La première, intitulée «Produce Life –The City», reconfigure, en quatre tableaux tridimensionnels (90 x 90 x 20 cm), quatre quartiers de Beyrouth à partir d'un tissu ayant, comme la capitale libanaise, survécu à un tremblement de terre dévastateur en Italie. L'allégorie est évidente!


La seconde, un triptyque textile intitulé «Veins of Jasmine Run Through my Fabrics», retraite, par impression incluant broderies au fil d'or, des motifs ornementaux bédouins, revivifiant cet héritage moyen-oriental en y apportant une fraîcheur contemporaine et occidentale.
Bref, chez Claudia Scarsella tout est motif à (re)création, imagination et réappropriation: strates d'histoires, flux de la mémoire, vestiges de civilisations, perception propre ou outils technologiques... Autant d'éléments qui, chez elle, participent à l'élaboration d'un univers fantastiquement chimérique. À découvrir jusqu'au 26 juillet.

 

*Horaires d'ouverture : du lundi au vendredi de 12h à 17h.

Claudia Scarsella est une drôle d'artiste! Diplômée en fashion design de la Central Saint Martins College de Londres, puis en architecture de la Politecnico de Milan, elle s'adonne à l'art avec la liberté et l'irrévérence de ceux qui aiment transcender les frontières, bousculer l'ordre des disciplines bien établies.Férue d'étoffes, de textiles, de broderies, d'ornementations autant que d'architecture, de patrimoine, d'art digital ou de dessin. Portée, semble-t-il, par une vision poétique de l'existence autant que par une méticuleuse recherche esthétique. Elle exprime dans son travail artistique une fantaisie joyeusement nostalgique et un habile usage des médiums actuels, de l'art digital en particulier. Claudia Scarsella est, en somme, un flux mouvant d'émotions, un être de strates par excellence. Une personnalité...
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