En fin de journée, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées devant les bureaux du Premier ministre japonais, Shinzo Abe, pour protester contre sa politique de défense, aux cris de « pas de guerre ! » ou encore « stoppez les fascistes ». Yuya Shino/Reuters
La tentative de suicide par le feu d'un Japonais dimanche et les manifestations qui ont eu lieu hier viennent rappeler l'opposition d'une bonne partie de l'opinion nippone aux projets gouvernementaux de « réinterpréter » la Constitution pacifiste du pays.
Hier matin, le porte-parole du gouvernement, Yoshihide Suga, s'est abstenu de tout commentaire sur l'immolation amplement relayée sur les réseaux sociaux, et a bien confirmé que le gouvernement entendait aller de l'avant aujourd'hui, et donner son feu vert à la nouvelle doctrine du pays : le droit à l'« autodéfense collective ». « Nous sommes au stade final » des discussions entre les partis de la coalition au pouvoir, a affirmé hier M. Suga, une allusion au fait que, si la mutation ne fait aucun doute pour la formation de M. Abe, le Parti libéral-démocrate (PLD), son allié du Nouveau Komeito est plus réticent à l'idée de changer le sens de la Constitution.
Cette évolution impulsée par le nationaliste Premier ministre Shinzo Abe et approuvée par Washington constitue un tournant majeur dans l'histoire du pays depuis la fin de la dernière guerre, car derrière ce concept plutôt barbare se cache le droit pour l'armée de participer à des opérations militaires extérieures afin d'aider des alliés, au premier rang desquels les États-Unis. Se fondant sur un épais rapport d'un panel d'experts qu'il a lui-même nommés, Shinzo Abe veut ainsi imprimer sa volonté de voir l'armée japonaise jouer un plus grand rôle extérieur et de ne plus être cantonnée à l'autodéfense. Après avoir capitulé le 15 août 1945, le Japon s'est vu imposer en 1947 par le vainqueur américain une Constitution, jamais amendée depuis et dont l'article 9 consacre la renonciation « à jamais » à la guerre.
Tous les derniers sondages montrent d'ailleurs que plus de la moitié des Japonais demeurent fermement attachés à cette Charte pacifiste et se disent opposés à la participation de soldats nippons à toute action militaire extérieure. En fin de journée, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées devant les bureaux du Premier ministre pour protester contre sa politique de défense, aux cris de « pas de guerre ! » ou encore « stoppez les fascistes ». « L'opinion publique peut changer », déclarait toutefois hier un haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères quelques heures avant la manifestation.
(Source : AFP)


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