À Slaviansk, l’armée a bombardé les environs de la ville, endommageant notamment un immeuble, sans faire de blessés. Shamil Zhumatov/Reuters
Les dirigeants européens François Hollande et Angela Merkel ont de nouveau appelé hier le président russe Vladimir Poutine à agir pour aider son homologue ukrainien Petro Porochenko à apaiser la situation dans l'Est séparatiste.
Lors de cet entretien de deux heures, le président Hollande et la chancelière allemande « ont rappelé clairement les attentes exprimées par le Conseil européen vendredi ». Ils ont ainsi plaidé pour que Kiev et Moscou travaillent à la mise en place d'un mécanisme de vérification, sous l'observation de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe), du cessez-le-feu et du contrôle effectif de la frontière, au retour sous le contrôle des autorités ukrainiennes des trois postes-frontières pris par les séparatistes et à l'ouverture de négociations sur la mise en œuvre du plan de paix du président Porochenko. Après la libération de deux équipes d'observateurs de l'OSCE, dont quatre membres samedi, ils ont en outre appelé à la poursuite de la libération des otages. Un nouvel entretien téléphonique à quatre se tiendra aujourd'hui, selon Kiev.
Le président Porochenko, élu le 25 mai avec le soutien des Occidentaux, a en outre « exprimé (sa) préoccupation concernant la situation et relevé au cours des derniers jours plusieurs cas de violation du cessez-le-feu par des rebelles », a-t-il indiqué à l'issue de l'entretien téléphonique.
Appel à prolonger la trêve
« Un appel a été lancé à Petro Porochenko afin de prolonger le cessez-le-feu, qui expire aujourd'hui, sur une période plus longue », a pour sa part indiqué hier le Kremlin à l'issue de cet échange à quatre, le second en quatre jours. Le président russe a aussi souligné la nécessité d'octroyer une aide humanitaire à la population du sud-est de l'Ukraine en raison de « l'aggravation de la situation humanitaire » dans cette zone. Car, depuis le déclenchement d'une opération militaire ukrainienne le 13 avril pour mettre fin à l'insurrection séparatiste, près de 450 personnes ont été tuées et des dizaines de milliers d'autres ont fui la région industrielle russophone du Donbass.
Moscou, accusé maintes fois par les Occidentaux d'armer en sous-main la rébellion pour déstabiliser l'Ukraine, a dit soutenir le cessez-le-feu et le plan de paix de Kiev en demandant que les droits des russophones soient respectés et qu'un « large » dialogue avec les rebelles soit entamé. Beaucoup reste toutefois à faire pour mettre en œuvre un plan de paix entre les autorités proeuropéennes de Kiev et les rebelles, qui ont revendiqué leur indépendance dans deux régions.
Sur le terrain, cinq soldats ont été tués et 17 blessés au cours des dernières 24 heures, a souligné hier le porte-parole des opérations militaires ukrainiennes, Oleksii Dmitrachkivskiï, interrogé sur une chaîne locale. Des rebelles ont en outre pris le contrôle d'une base militaire près de l'aéroport de Donestk, une place-forte insurgée, et ont capturé six soldats après avoir saisi des armes et des véhicules, a ajouté ce porte-parole.
À Slaviansk, de nouveaux affrontements ont été signalés hier. D'après la garde nationale ukrainienne, des rebelles prorusses ont attaqué au mortier et avec des blindés un barrage tenu par les forces régulières près de la ville. « Il n'y a pas eu de perte parmi le personnel militaire », précise la garde nationale dans un communiqué, au lendemain de l'attaque d'un poste militaire qui a fait trois morts parmi des soldats ukrainiens. Cités par l'agence Interfax, des rebelles ont affirmé pour leur part que les forces ukrainiennes avaient bombardé les environs de la ville, touchant un marché et un immeuble d'appartements sans faire de blessés.
Le cessez-le-feu décrété par Kiev le 20 juin visait à proposer rapidement aux rebelles n'ayant commis « ni meurtre ni torture » un ambitieux plan de paix en quinze points et à sauvegarder l'intégrité territoriale de l'Ukraine, quelques mois après le rattachement de la Crimée à la Russie. Ce plan prévoit notamment la création d'une zone tampon à la frontière entre l'Ukraine et la Russie, la mise en place d'un couloir pour permettre aux mercenaires venus de Russie, selon Kiev, de rentrer chez eux après avoir déposé les armes, ainsi qu'une décentralisation du pouvoir en Ukraine.
(Sources : agences)

