Bien plus grande que sa « cousine » de Lascaux, la grotte Chauvet compte plusieurs salles et galeries sur 800 mètres de long et jusqu’à 18 mètres de hauteur. Jeff Pachoud/AFP
La grotte Chauvet, dans le sud de la France, ornée des plus anciennes peintures connues à ce jour, a été inscrite au patrimoine mondial. Le comité du patrimoine mondial de l'Unesco « inscrit la grotte ornée du pont d'Arc, dite grotte Chauvet-Pont d'Arc, Ardèche, France, sur (sa) liste (...) », selon le texte adopté par ses 21 États membres. Située à 25 mètres sous terre sur un plateau calcaire, cette grotte est « un témoignage unique et exceptionnellement bien préservé », souligne la décision du comité. « Les vestiges archéologiques, paléontologiques et artistiques de la grotte illustrent comme dans aucune autre grotte du début du paléolithique supérieur la fréquentation des grottes pour des pratiques culturelles et rituelles », fait valoir le comité de l'Unesco.
« Il n'y a aucune grotte comparable dans le monde », a dit le président de l'Association pour la mise en valeur de la grotte Chauvet, Marc de Lacharrière, se disant « très heureux ».
Restée fermée pendant 23 000 ans après un éboulement de rochers, redécouverte le 18 décembre 1994 par trois spéléologues – Jean-Marie Chauvet, Christian Hillaire et Eliette Brunel –, la grotte contient plus de mille dessins, « expression remarquable de la première création artistique de l'homme », au paléolithique supérieur, il y a 36 000 ans. Ces dessins sur la roche, œuvre d'hommes et de femmes de culture aurignacienne, comprennent un bestiaire riche de 435 représentations montrant 14 espèces : ours, rhinocéros laineux, lion, lionne, panthère, bisons... Les murs révèlent aussi une dizaine de mains en négatif et en positif, des représentations de sexes féminins et, tout au fond de la grotte, le dessin, exceptionnel, du bas du corps d'une femme à côté d'un bison. Au sol demeurent de vraies traces de pattes d'ours, de deux fois la taille d'une main humaine, et d'innombrables ossements de ces animaux féroces qui y hibernaient.
Reconstitution grandeur nature
La grotte est située à proximité d'un célèbre pont naturel, considéré comme la porte des Gorges de l'Ardèche : le pont d'Arc. Bien plus grande que la grotte française de Lascaux (dont les œuvres remonteraient à 17 000 ou 18 000 ans), la cavité compte plusieurs salles et galeries sur 800 mètres de long et jusqu'à 18 mètres de hauteur. Contrairement à sa « cousine » de Lascaux découverte en 1940 et détériorée après-guerre par le dioxyde de carbone issu de la respiration des visiteurs, Chauvet n'a jamais été ouverte au public et une copie, créée dans la région et baptisée « Caverne du pont d'Arc », permettra d'admirer les richesses de l'original.
Pour ce projet hors norme, peintres, sculpteurs, agences d'architectes, scénographes et géants du bâtiment ont uni leurs expertises pour reconstituer sur 3 500 mètres carrés un « best of » à l'échelle 1 (conforme à la réalité) de la vraie grotte. Cette reconstitution doit ouvrir au public au printemps 2015.
Pour atteindre cette « pépite planétaire », comme l'appelle Marie Bardisa, conservatrice des lieux, il faut d'abord monter un sentier que notre ancêtre Cro-Magnon empruntait jadis, au-dessus d'un méandre abandonné des gorges de l'Ardèche. On longe une terrasse naturelle creusée dans la falaise karstique. Il y a 36 000 ans, l'âge des dessins, la végétation alentour était composée de pins sylvestres, le climat était celui du sud de la Norvège. Aujourd'hui devant l'entrée, par 38 degrés à l'ombre, une pause est nécessaire avant de descendre dans l'antre paléolithique où la température chute à 13°C et où le taux d'humidité frôle 99 %.
Remontée dans le temps
Une fois entré, il faut enfiler une blouse blanche, des sabots, un casque de spéléologue et un baudrier. La remontée dans le temps commence. Après avoir rampé dans un boyau, on atteint un escalier. Au bas des marches humides, fraîcheur et silence. Tout est resté vierge. D'immenses draperies calcaires scintillantes. D'innombrables ossements nappés d'argile et de calcite, témoins que des ours ont vécu là, avant et après les hommes. Un crâne de bouquetin aux dents immaculées sourit. Ailleurs, un ours rouge à tête tachetée surplombe un animal inédit : la seule panthère représentée de tout l'art pariétal du paléolithique. Chauvet abrite à elle seule 75 % des félins et 60 % des rhinocéros représentés durant la période.
D'étonnants restes de feux, qui semblent éteints d'hier, indiquent qu'on brûlait là du pin sylvestre pour fabriquer des torches et du fusain. L'homme de Cro-Magnon ne vivait pas dans la grotte mais s'y exprimait pour des raisons probablement religieuses, d'après les spécialistes. Au fond d'une grande salle, telle une scène shakespearienne, un crâne d'ours trône sur une pierre. Non loin, une autre scène détonne : une lionne feule lors d'une parade amoureuse, mécontente qu'un immense lion lui renifle le derrière. Un hibou, esquissé avec les doigts dans l'argile molle de la paroi, veille.
Fascinant !
(Source : AFP)

