Les conséquences de la crise syrienne n'ont pas tardé à apparaître, surtout au Liban. Sauf qu'au Liban, tout se passe toujours de manière détournée.
Les Syriens venus chez nous pour trouver la paix ont fait un mauvais calcul: ils se réfugient dans un pays aussi instable que le leur. Bientôt notre terre, 10452 kilomètres carrés, va contenir, en plus de ses quatre millions de Libanais, deux millions de Syriens. Mais ce qui est illogique dans ce calcul, c'est comment fuir un pays qui est dix-huit fois plus grand que le Liban? Est-ce que la guerre en Syrie se déroule vraiment sur chaque mètre carré du territoire? Est-ce que les combats touchent chaque village et province? Certainement pas! Mais certains Syriens, ayant librement accès au territoire libanais, préfèrent venir y résider, riches ou pauvres, pro ou anti-Assad. De plus, nous avons remarqué, durant l'élection présidentielle syrienne, que de nombreux réfugiés syriens au Liban soutiennent Assad et n'ont aucun problème à bloquer la circulation pour s'exprimer de manière «démocratique». Mais pourquoi alors ne pas retourner en Syrie puisque les régions tenues par le pouvoir sont sûres ?
En tout cas, ahlan wa sahlan... Le Liban est connu pour son hospitalité. Il faut réagir de manière humaine face à la crise, certes, mais je me demande pourquoi les réfugiés syriens n'agissent pas ainsi en Turquie ou en Jordanie. Pourquoi de nombreux Syriens agissent à leur guise au Liban? Pourquoi, seulement au Liban, les frontières sont ignorées? En biologie, les orifices d'un corps peuvent absorber des virus causant des infections. En géopolitique et démographie, c'est pareil. Si les frontières libanaises permettaient juste aux réfugiés mais vraiment aux réfugiés syriens d'y entrer, ça serait génial. Mais c'est l'anarchie totale.
Il est plus que jamais nécessaire de délimiter nos frontières et d'ériger des barrières. Non pas des barrières de haine (à la manière du mur de Berlin); il s'agit plutôt d'obtenir un meilleur respect des frontières. Car, une fois respectées géographiquement et politiquement, les frontières, au sens psychique et moral du terme, seront aussi respectées, et l'anarchie et le viol du territoire libanais cesseront.
Depuis que la crise syrienne a éclaté, je ne cesse d'entendre des propos racistes sur le peuple libanais provenant de certains Libanais, comme si ces derniers ne faisaient pas partie de ce peuple. Il est facile de critiquer mais jamais de s'autocritiquer. Voilà pourquoi l'on utilise l'énallage. Le racisme ne doit certainement pas être exercé ni contre les Syriens ni contre quiconque. Mais en défendant jusqu'à l'excès les Syriens et en critiquant outrageusement les Libanais, certains compatriotes font du racisme à l'égard de leurs compatriotes, donc envers eux-mêmes. Chers Libanais, ne soyez pas «autoracistes». Beaucoup de pays, notamment les ennemis voisins et les voisins ennemis, s'en chargent volontiers. On ne cesse de critiquer le peuple libanais sur les réseaux sociaux concernant une crise, un match de basket, etc. C'est bien de critiquer, mais c'est mauvais qu'un Libanais traite d'autres Libanais de racistes.
Chers concitoyens, arrêtez ce racisme ridicule envers le peuple libanais! Que personne ne pense que les Libanais sont racistes. Que personne ne juge inhumains les Libanais! Au fil des années, nous avons accueilli des gens qui souffrent, Arméniens, Palestiniens, Syriens. Ce petit pays a le cœur tellement grand que vous n'en arrivez plus à voir que la moitié. Que personne ne dise que les Libanais sont des orgueilleux phéniciens antiarabes. Parmi tous les pays arabes, nous étions toujours les seuls à défendre et à accueillir des Arabes, et c'est nous qui payons le prix. Et c'est nous qui sommes en fin de compte le bouc émissaire...
Respectez le Liban et son peuple, et inclinez-vous devant ce très grand pays qui souffre toujours et qui, pourtant, continue à aider les autres alors qu'il a lui-même besoin d'aide. Il tend la main alors qu'il risque de tomber dans le gouffre. Notre Liban est toujours à genoux. «Mais on sait un pays grand lorsqu'il est à genoux»!


Que nenni! Je dirais plutot: Libanais continuez à vous critiquer mais de manière ordonnée et sans dépasser les limites et si possible de manière constructive. Arreter de se critiquer c'est devenir monotone, monchrome, mercurochrome et chartitone (oui je sais.. ma ça rime!), bref tout ce qui est contraire à notre belle diversité. Soyons plutot unis autour des questions fondamentales de notre Patrie commune, tant qu'elle est indivisée et plutot indivisible; sa sécurité, sa défense contre les ennemis sionistes de toutes souches ( juive, christiano-occidentale et hélas arabe aussi), contre les faux amis, pour son intégrité et sa construction sur les plans social, économique et culturelle. Les autres pays devraient faire autant pour s'en sortir et pour faire rentrer chez eux nos voisins réfugiés du NNE et du Sud.
01 h 22, le 18 juin 2014