« Les cicatrices de la récession sont encore visibles » aux États-Unis, a déclaré hier la directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde. Brendan Smialowski/AFP
Le FMI a sabré hier sa prévision de croissance aux États-Unis pour 2014 en notant les faiblesses du marché du travail et en appelant la Banque centrale à différer la remontée de ses taux directeurs.
« Les cicatrices de la récession sont encore visibles », a déclaré la directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, lors d'une conférence de presse à Washington.
Dans son rapport annuel sur le pays, le Fonds prend acte de l'actuel « rebond significatif » de la première économie mondiale mais juge qu'il ne suffira pas à compenser la « perte d'élan » du premier trimestre où l'activité s'est contractée pour la première fois depuis trois ans, freinée par l'hiver rigoureux.
En conséquence, le produit intérieur brut américain ne devrait progresser que de 2 % cette année – contre 2,8 % prévus en avril –, marquant une quasi-stagnation par rapport aux 1,9 % enregistrés en 2013, estime le FMI qui maintient en revanche sa prévision pour 2015 (3 %).
Plus préoccupant, le Fonds a également abaissé ses prévisions de croissance sur le plus long terme à 2 %, en nette baisse par rapport aux 3 % observés en moyenne entre 1948 et 2007.
Face à ce potentiel de croissance déclinant, le Fonds appelle les États-Unis à investir massivement (infrastructures, éducation...), mais surtout à remédier aux faiblesses de son marché du travail, dont l'amélioration progressive ne serait qu'un trompe-l'œil.
« La création d'emplois a été dynamique, mais l'état du marché du travail est plus dégradé que ce que suggèrent les chiffres du chômage » qui déclinent lentement (6,3 % en mai) depuis leur pic de la récession, assure le rapport, qui pointe notamment le nombre élevé de chômeurs de longue durée.
Pour une hausse du salaire minimum
Selon le FMI, un retour à un marché de l'emploi « robuste » est pourtant requis pour permettre au pays de lutter contre la pauvreté qui touche, selon l'institution, près de 50 millions d'Américains.
« Une seule mesure ne permettra pas de s'attaquer à toutes ces questions », a admis Mme Lagarde.
Mais un premier pas pourrait être accompli en augmentant le salaire minimum fédéral, bloqué à son niveau actuel depuis cinq ans, plaide le FMI en relevant qu'il est « l'un des plus bas » au sein du monde industrialisé, relativement au salaire médian.
Ce faisant, l'institution prend parti dans un débat lancinant aux États-Unis : l'administration Obama veut porter le salaire minimum fédéral de 7,25 à 10,10 dollars de l'heure, mais se heurte à l'opposition farouche de l'opposition républicaine et des milieux d'affaires.
Le FMI prend toutefois soin de ne pas recommander un montant précis. « Est-ce que c'est 10,10 dollars ? C'est clairement aux législateurs de décider », a éludé Mme Lagarde, ajoutant que toute hausse serait « utile » d'un point de vue économique.
Se penchant sur la politique monétaire, le FMI assure que la banque centrale américaine (Fed), qui se réunit aujourd'hui et demain à Washington pour fixer son cap, doit faire face à de « nombreuses zones d'incertitude » liées notamment à l'état réel du marché du travail.
Le moment est crucial pour la Fed : son programme de rachat d'actifs est en voie d'extinction et devrait s'achever à la fin de l'année, ouvrant la voie à une remontée des taux directeurs qui sont maintenus proches de zéro depuis fin 2008 pour soutenir l'activité.
Cette échéance a déjà provoqué des turbulences financières dans les pays émergents, victimes de reflux de capitaux d'investisseurs pressés de rapatrier leurs fonds aux États-Unis. De nouvelles « fluctuations de marchés » sont à craindre dans les mois à venir, prévient d'ailleurs le FMI.
La Fed a, elle, indiqué qu'une première hausse pourrait avoir lieu mi-2015, mais le Fonds estime qu'il serait peut-être plus sage d'attendre encore un peu face à l'incertitude ambiante.
« Les taux peuvent se permettre de rester proches de zéro au-delà de la date de la mi-2015 actuellement envisagée par les marchés », assure l'institution.
Mme Lagarde précise que le Fonds n'a pas de date précise en tête, mais que la première hausse ne devrait pas avoir lieu « rapidement » après la fin du programme d'actifs, principalement en raison du « halo d'incertitude » entourant les chiffres de l'emploi.
(Source : AFP)


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