Henri Le Breton décorant Joseph Tarrab. Photo Michel Sayegh
Une distinction ô combien méritée par cet homme à la grande modestie doublée d'une culture riche et solide dans plus d'un domaine, mais surtout à l'amitié indéfectible.
Joseph Tarrab est cet humaniste des temps modernes qui s'intéresse aussi bien à l'art qu'aux sciences humaines et exactes. Journaliste, écrivain, homme de théâtre, amoureux des arts, un curieux aux intérêts très divers, Tarrab reste cet ancien collaborateur et ami qui a longtemps enrichi nos pages culturelles par sa critique d'art au verbe juste, sans complaisance ni compromission, attendu d'un article à l'autre.
Dans son allocution de circonstance, Henri Le Breton a salué « le parcours d'homme de culture et d'homme de lettres, le rôle majeur que vous jouez sur la scène culturelle libanaise et pour sa promotion à travers le monde... »
Après avoir rappelé l'itinéraire de Tarrab, « une existence consacrée à l'art sous toutes ses formes, une liberté de création et de pensée, principes fondamentaux qui ont guidé votre vie... une œuvre d'une grande densité... », Le Breton devait rappeler aussi certains titres d'une œuvre dense ou, encore, des étapes de la vie de Tarrab tous liés à la vie culturelle de ce pays. Il a également évoqué ce « polyglotte accompli, le francophone de cœur », rappelant une fois de plus sa collaboration à L'Orient-Le Jour, pour dire : ... « Tous regrettent vos critiques de la vie culturelle libanaise dans L'Orient et beaucoup disant que personne ne vous a réellement remplacé à ce poste... ». Ce qui n'est pas faux, Joseph Tarrab étant le seul critique d'art francophone à ce jour.
L'esprit des Lumières
À son tour, et dans un texte empreint de nostalgie d'une certaine époque, Tarrab devait d'abord remercier tous ceux qui, de près ou de loin, ont contribué « à rendre possible cette cérémonie... », avant de « rendre hommage à des hommes remarquables dont l'exemple a été déterminant dans ma formation morale et intellectuelle... » Léon Birin, Henri Seyrig, André Kékati, Georges Naccache, Faouzi Adaïmi et son épouse et, enfin, Michel Eddé qui a témoigné, sans emphase, dans son ministère éponyme, que la culture mérite des sacrifices réitérés... Tous ces hommes et bien d'autres étaient ou sont toujours nourris par l'éthique et les valeurs de raison critique, de rationalité systématique, d'humanisme et d'universalisme propres à l'esprit des Lumières, même si elles ont été souvent dévoyées pour justifier la guerre, l'oppression et l'exploitation et par les idéaux de liberté, d'égalité et de fraternité de la Révolution française, même si parfois ils ont été pervertis, et d'abord par ceux-là mêmes qui les avaient énoncés... Il y a toujours eu des autodafés d'êtres humains, de livres, d'œuvres d'art, des destructions de sites et d'objets patrimoniaux, et cela jusque chez nous, tout récemment et encore et toujours dans les pays voisins. À leur tour, les valeurs immatérielles qui donnent son prix et son sens à l'existence risquent fort d'être consumées sur les bûchers de l'intolérance et des fanatismes protéiformes en pleine résurgence.
« Plus que jamais, nous avons besoin d'entretenir, de protéger et de propager l'esprit critique émancipateur afin de l'empêcher d'être relégué sous le boisseau. En cela, la culture et la langue françaises pourraient, encore et toujours, être de précieux auxiliaires, à condition d'enrayer leur dissolution dans un insipide bouillon communicationnel mondialisé où la liberté et la lumière ne seraient plus que d'anonymes ingrédients... »
M.C.


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