Il n'y a rien au monde que l'analyse ne déteste plus que les généralités. Elle exècre leur arrogance à vouloir tout expliquer, tout résumer, tout justifier par un fait, un sentiment, une intuition, par quelques jolis mots dont l'auteur se gargarisera pendant des décennies entières à chaque fois qu'il pourra trouver un embryon de lien entre les faits et sa théorie, même s'il doit pour cela distendre indéfiniment la corde de sa mauvaise foi. L'analyse aime la complexité, le détail des données empiriques qui se contredisent, l'approche pluridisciplinaire et la labellisation scientifique octroyée par les pairs. Pourtant, à certaines occasions, l'analyse se laisse tenter par le vice suprême, s'abandonne à cette facilité de théoriser l'événementiel, quitte à prendre le risque, ou plutôt quitte à avoir le courage, de se tromper.
À l'époque de la mondialisation exacerbée, où les flux humains, les idéaux, les sensations, les mouvements de masse se partagent et se propagent entre sept milliards d'individus, comment appréhender les multiples mouvements politiques à l'échelle planétaire ? En effet, peut-on en toute objectivité nier l'existence d'un lien entre l'élection (auto-)fabriquée d'un général en Égypte, la réélection (tout autant fabriquée) d'un despote sanguinaire en Syrie, la politique de cow-boy d'un Poutine plus populaire que jamais, la pression exercée par le Tea Party pour élire un cow-boy américain, l'élection de l'ultranationaliste hindou Modi en Inde ou la formation d'un Tea Party à l'européenne avec la montée en puissance des nouvelles extrêmes droites? Entre ces événements, le lien n'est pas parfait, ni toujours uniforme, ni toujours cohérent, mais il existe. Ces mouvements partagent une vision de la politique héritée du XXe siècle et redéfinie à l'aune du nouveau siècle : conservatrice, nationaliste – non pas patriote – et xénophobe, réactionnaire et populiste. Ils peuvent œuvrer à fomenter l'ultralibéralisme économique tout en combattant ardemment sur la plus belle scène de tous – celle des principes – tout libéralisme social.
Nier leur popularité, détester leur existence, atténuer ou amplifier leur impact ne rime à rien. Il faut tenter de comprendre cette morphogenèse, ses causes profondes et ses succès conjoncturels. Pourquoi trois ans après les promesses d'un printemps des peuples, six ans après l'élection du premier Noir américain à la tête de la plus grande puissance mondiale, presque 25 ans depuis la chute du mur, et un siècle après l'assassinat de l'archiduc François Ferdinand, un bloc conservateur – devrait-on dire « des » tant ils sont disparates (?) – aussi ultra qu'antilibéral émerge-t-il à l'échelle planétaire ?
Ici, sans nul doute, l'analyse devra être prudente et patiente. En effet, nous ne sommes pas dans les années 20 et Poutine, Sissi et Le Pen ne sont pas Schmitt, Jünger et Heidegger. Ils ont toutefois une volonté commune : se réapproprier selon leurs normes (individuelles et sociales) la modernité globalisée. Ils représentent, quelque part, une réponse extrême, folle diront les plus pessimistes, à une époque qui l'est toute autant. Une époque où 80 personnes peuvent posséder autant que 3 milliards d'être humains, une époque qui a oublié l'hier et demeure incapable de préserver et d'envisager demain, l'époque des indignés, des démocraties impopulaires et des diktats plébiscités.
« Un monde se meurt, un nouveau monde tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur, apparaissent les monstres », écrivait Gramsci. Reste à espérer que tout cela ne soit qu'une analyse viscéralement fausse et inventive, fécondée par la tentation de la généralité. Dans le cas contraire, le XXIe siècle apparaîtrait encore plus prometteur que son prédécesseur.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
Chacun a son musée imaginaire fait d'images et de parfums ; d'instants prodigieux ou de chagrins. Un bric-à-brac émotionnel dans lequel il suffit de puiser pour que le battement du cœur s'accélère. Et chaque Sain inclut dans un tel musée ces Sains Ukrainiens, Syriens et Égyptiens chaque journée dans ce New 21ème. Leurs cieux et leurs mers sont bleus à chantonner, ces Saintes Ukraine, Égypte et Syrie dont le monde entier sait qu'elles sont irrésistibles ! Mais, qui à part des Nains poutiniens, des Pitres sissistes et des Zozotants aSSadiques songeraient à leur résister ? Bref, elles remarcheront à grandes enjambées, déliées et ré-optimisées ! C'est fou ce qu’elles rient ces new Saines contrées comme des nouveau-nées. Sans doute parce que ça désinfecte. C'est, en effet, l'histoire vraie de martyrisées, d'insultées et qui ressurgissent cependant que leurs ennemis, infâmes post-fascistes, constatent qu’elles restent souriantes même avec ces 50 décennies d'une captivité, sévère comme elles savent le préciser en un imparable euphémisme ! Pour ce qu'on devine de la manière dont elles l’ont vécue, et pour la façon désinvolte qu'elles ont de s'en souvenir, le seul mot qui sied est Bravoure ; avec ce qu'il y a de narquois dans this variété d'Héroïsme. Et de Dignité : formidable Vertu que seules ces Saines parviennent à pratiquer quand elles sont offensées et bâillonnées par ces ignobles pantomimes protofascistes à sales remugles du fond de sentine à poses puériles : Tfîîîh !
16 h 05, le 03 juin 2014