Keld Navntoft / Reuters
Conchita Wurst a retrouvé hier l'Autriche, après sa victoire samedi soir à l'Eurovision. La drag queen barbue a été accueillie à la mi-journée à l'aéroport de Vienne sous une pluie de paillettes et les chœurs d'un bon millier de fans, certains arborant une barbe peinte sur leur visage. Elle a brandi fièrement son trophée devant les caméras, au milieu d'une forêt rouge-blanc-rouge, couleurs du drapeau autrichien, émaillé de tâches arc-en-ciel, bannière de ralliement de la communauté gay.
«C'est une belle journée pour l'Autriche», s'est réjoui le président Heinz Fischer dans une déclaration écrite. Le triomphe de Conchita «n'est pas seulement une victoire pour l'Autriche, mais avant tout pour la diversité et la tolérance en Europe», a ajouté M. Fischer. À sa suite, l'ensemble de la classe politique autrichienne a salué la victoire à l'Eurovision de l'enfant du pays, la première depuis 1966. Même l'extrême droite, qui avait jugé avant la compétition Conchita Wurst «ridicule», a estimé «dans l'ordre des choses que les gens se réjouissent quand il y a une victoire».
Conchita Wurst, à la ville Tom Neuwirth (25 ans), s'est imposée à Copenhague avec Rise like a Phoenix, une ballade ultraclassique aux accents de musique de film de James Bond des années 60. Elle s'est surtout distinguée par son look très abouti de diva en robe de sirène, avec des yeux de biche, et une longue chevelure de jais rehaussée d'une – fausse – barbe drue lui mangeant les joues.
Cet hymne à la diversité n'a pas plu dans les milieux traditionnels de plusieurs pays d'Europe orientale, notamment en Russie. Des pétitions ont circulé toute la semaine contre l'abomination Conchita, des pages indignées ont fleuri sur Facebook. Et hier matin, le vice-Premier ministre russe, Dmitri Rogozine, a twitté que le palmarès de l'Eurovision «donne un aperçu aux partisans de l'intégration européenne de ce qui les attend en rejoignant l'Europe, à savoir une femme à barbe». Conchita est toutefois arrivée en troisième place du vote des téléspectateurs russes, un résultat qui fait relativiser les commentaires sur une partition de l'Europe entre Est et Ouest sur la question homosexuelle.
Conchita, qui a souffert de sa différence au cours de son enfance dans une petite ville autrichienne, assume sans hésiter le caractère militant de son personnage: «Rien ne peut nous arrêter», a-t-elle lancé sur scène à Copenhague, aussitôt après sa victoire. Elle a enfoncé le clou hier à l'aéroport de Vienne: «La victoire d'hier n'était pas que pour moi, mais aussi pour les gens qui croient dans un avenir sans discrimination (...) et pour certains hommes politiques que nous connaissons tous.»
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17 h 44, le 12 mai 2014