À Sébastopol, Vladimir Poutine a estimé que le rattachement de la Crimée à la Russie avait été un acte de « fidélité à la vérité historique ». Alexey Druzhinin/AFP
Vladimir Poutine a provoqué le courroux du gouvernement ukrainien en se rendant hier en Crimée, pour des célébrations de la victoire de 1945 sur les nazis, fêtée le 9 mai en ex-URSS.
Kiev a aussitôt dénoncé une « violation flagrante de la souveraineté ukrainienne », qui prouve que « la Russie ne veut pas rechercher d'issue diplomatique ». Les États-Unis ont eux aussi dénoncé une visite qui ne fait qu'« exacerber les tensions ». Le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a quant à lui rappelé que l'Alliance ne reconnaissait pas « l'annexion de la Crimée par la Russie ».
Le président russe était arrivé dans l'après-midi en Crimée après le traditionnel défilé militaire de la Place Rouge à Moscou, pour son premier déplacement dans la péninsule du sud de l'Ukraine rattachée en mars à la Russie après l'arrivée au pouvoir de pro-occidentaux à Kiev. Il a estimé que ce rattachement avait été un acte de « fidélité à la vérité historique ». Soulignant que la Russie respectait les droits et les intérêts des autres pays, il a déclaré qu'elle attendait le respect de ses propres « intérêts légitimes ».
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Revue militaire
Avant de s'exprimer devant la foule, M. Poutine a passé en revue, depuis une vedette, une dizaine de bâtiments de la Flotte russe de la mer Noire, dans la rade de Sébastopol. Un défilé aérien a ensuite mobilisé des dizaines d'appareils, dont des bombardiers stratégiques. Et en matinée, M. Poutine avait salué la « force toute puissante du patriotisme » russe pendant la parade militaire de 11 000 hommes et de dizaines de blindés, de lance-missiles, d'hélicoptères et de bombardiers lourds à Moscou commémorant la victoire de 1945 sur l'Allemagne nazie. Le vice-Premier ministre russe Dmitri Rogozine, représentant de M. Poutine pour la Transnistrie, assistait, de son côté, hier aux cérémonies militaires menées dans cette région séparatiste prorusse et russophone de Moldavie, une autre zone sensible défendue par Moscou, et frontalière de l'Ukraine.
En Ukraine même, les célébrations ont été plus discrètes. À Kiev, une brève cérémonie a eu lieu dans un parc dominant la ville en présence du Premier ministre, Arseni Iatseniouk. « Il y a 69 ans nous avons combattu avec la Russie contre le fascisme (...). Aujourd'hui, la Russie a déclenché une guerre contre l'Ukraine », a déclaré M. Iatseniouk.
Et à Slaviansk, fief des rebelles prorusses, où des tirs et des détonations avaient été entendus dans la nuit, trois blindés légers, dont un arborant un drapeau russe, ont défilé hier dans le centre-ville, à l'occasion des célébrations.
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La mort à Marioupol
Pendant ce temps, les violences persistaient hier, notamment dans le sud du pays. Ainsi, à Marioupol, dans le Sud-Est, une soixantaine d'insurgés équipés d'armes automatiques ont attaqué le siège local de la police, a indiqué le ministre ukrainien de l'Intérieur, Arsen Avakov, sur sa page Facebook. Selon lui, les affrontements ont fait 20 morts parmi les assaillants et un parmi les policiers. Un journaliste de l'AFP sur place a raconté avoir vu le bâtiment de la police très endommagé et encore partiellement en feu, ainsi que deux corps habillés en civil sous des couvertures.
À Donetsk, une unité d'une centaine d'hommes de la garde nationale ukrainienne arrivée en renfort a été prise à partie hier par des manifestants et des militants prorusses armés. Une brève fusillade a fait deux blessés, puis les militaires sont repartis, selon des militants prorusses qui n'ont pas voulu donner leur nom.
Par ailleurs, le parquet ukrainien a annoncé avoir ouvert une enquête après la mort d'un prêtre orthodoxe, tué de huit balles à un point de contrôle des insurgés dans la région.
Dans un entretien téléphonique hier, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a enjoint son homologue américain John Kerry de faire pression sur les autorités ukrainiennes pour qu'elles cessent les « opérations militaires » dans le sud-est du pays, selon un communiqué du ministère russe. Jeudi, Kiev avait cependant répété qu'il n'avait nullement l'intention de renoncer à rétablir l'ordre dans l'Est, alors qu'il est engagé depuis le 2 mai dans une opération militaire ayant déjà fait des dizaines de morts.
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Par contre, lui, il aura droit de la part de cette Ukraine à un bon doigt d'honneur !
17 h 01, le 10 mai 2014