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Nos lecteurs ont la parole - Marlène Aoun Fakhouri

Main criminelle ou colère des dieux ?

La région de Baabda-Betchay-Yarzé s'est réveillée lundi matin dans le crépitement d'un feu monstre, et les flammes d'un gigantesque incendie de la vallée des religieux (Khanda' el-Rehbane), réserve naturelle jusque-là épargnée par le phénomène des « sinistres en série ». Là où se dressaient des arbres centenaires, il n'y a plus désormais que terre brûlée. Il faudra des décennies, selon les experts, pour rétablir dans toute sa splendeur cette forêt majestueuse. Poussé par un vent fort, le feu s'est propagé rapidement dans la région, menaçant les habitations et mettant en péril la vie de la population. Un vrai désastre !
Main criminelle ou colère des dieux ? Toutes les hypothèses ont été évoquées. Toujours est-il qu'on ne peut rester silencieux sans être complices face à ces flammes qui envahissaient tout, face à ce feu qui brûlait tout sur son passage. Et pourtant, la loi du silence a bel et bien régné. Un silence de mort de la part des autorités responsables, un mutisme indifférent aux appels de détresse, inconscient de l'imminence du danger. Pas de réaction (ni d'action d'ailleurs) face à la peur, à la terreur, à la hantise de voir ses enfants brûler vifs. Rien. Un simple « on a envoyé les chabeb (jeunes), suivi d'un téléphone qu'on nous raccroche au nez.
Les premières flammes sont apparues dès 7h30 du matin. Le premier hélicoptère est apparu dans le ciel vers 11h, suivi des camions de la Défense civile dont les agents, très galants, remercient les habitants et l'armée libanaise pour les efforts déployés dans la lutte contre l'incendie, malgré les moyens de bord très limités. Absurde... Grotesque ! Une région en feu, à quelques enjambées du palais présidentiel, du ministère de la Défense, à proximité des ambassades de Pologne, d'Ukraine, non loin de la résidence de l'ambassadeur de Jordanie !...
Dame Nature n'a peut-être pas facilité les choses, mais qu'en est-il de l'État ? Que dire de son laxisme, de son incapacité à protéger la population, de « la pénurie des consciences » ? La recrudescence des incendies ne peut que ramener à l'ordre du jour les manquements graves observés dans l'administration publique. Ce n'est un secret pour personne : au Liban, en cas de catastrophe naturelle (en l'occurrence d'un incendie), aucun plan d'urgence n'est prévu par les autorités responsables. Aucune structure de gestion et de prévention n'est mise sur pied. Si, sur le papier peut-être. Car, il faut bien le constater, la protection civile relève de la souveraineté de l'État. Par conséquent, toute nation respectueuse des droits élémentaires de ses citoyens – dont le droit à la vie – ne saurait faire fi de la sécurité de ces derniers. Notre pays ne gagnerait-il pas à s'inspirer de l'exemple des autres pour considérer la sécurité de ses citoyens comme une priorité ? Pour faire de la brigade des sapeurs-pompiers un corps d'élite privilégié ? Ni les politiques ni les discours, encore moins les bonnes intentions des gouvernements n'ont réussi à mettre la population à l'abri des catastrophes. Dès lors, ne vaut-il pas mieux, comme le dit si bien le vieil adage, prévenir que guérir ?

Marlène AOUN FAKHOURI

La région de Baabda-Betchay-Yarzé s'est réveillée lundi matin dans le crépitement d'un feu monstre, et les flammes d'un gigantesque incendie de la vallée des religieux (Khanda' el-Rehbane), réserve naturelle jusque-là épargnée par le phénomène des « sinistres en série ». Là où se dressaient des arbres centenaires, il n'y a plus désormais que terre brûlée. Il faudra des décennies, selon les experts, pour rétablir dans toute sa splendeur cette forêt majestueuse. Poussé par un vent fort, le feu s'est propagé rapidement dans la région, menaçant les habitations et mettant en péril la vie de la population. Un vrai désastre !Main criminelle ou colère des dieux ? Toutes les hypothèses ont été évoquées. Toujours est-il qu'on ne peut rester silencieux sans être complices face à ces flammes qui envahissaient...
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