« Nous réaffirmons avec force que nous prévoyons toujours de laisser les taux directeurs de la BCE à leur niveau actuel, voire de les abaisser, pendant une période de temps prolongée », a affirmé hier le président de la BCE, Mario Draghi. François Lenoir/Reuters
La Banque centrale européenne (BCE) est prête à agir dès le mois prochain pour soutenir l'économie de la zone euro, a déclaré hier Mario Draghi, le président de la BCE, tout en jugeant que les appels extérieurs exhortant l'institut d'émission à prendre des mesures risquaient de saper sa crédibilité.
La perspective d'un nouvel assouplissement de la politique monétaire de la zone euro s'est traduite hier par une nette hausse des Bourses européennes et un repli marqué de l'euro. La monnaie unique, qui s'était rapprochée du seuil symbolique de 1,40 dollar juste avant la conférence de presse du président de la BCE, évoluait vers 14h30 GMT à 1,386. Au même moment, la Bourse de Paris gagnait 1,07 % à 4 493,84 points et l'indice européen FTSEurofirst 300 prenait 0,86 % après avoir atteint son plus haut niveau depuis juin 2008.
« À l'issue des débats (d'aujourd'hui), je dirais que le conseil des gouverneurs ne voit pas de difficulté à agir la prochaine fois, mais avant cela, nous devons disposer des projections de nos équipes, qui sortiront début juin », a dit Mario Draghi lors d'une conférence de presse.
La BCE avait annoncé peu avant le maintien de ses taux d'intérêt, dont le principal, le taux de refinancement, reste fixé à 0,25 %. En plus de l'évocation d'une possible action de la BCE à l'issue de sa prochaine réunion de politique monétaire, Mario Draghi a réaffirmé son engagement à maintenir une politique monétaire accommodante pendant une période prolongée.
« Nous maintiendrons un degré élevé de politique accommodante et nous agirons si nécessaire par le biais d'un nouvel assouplissement de la politique monétaire. Nous réaffirmons avec force que nous prévoyons toujours de laisser les taux directeurs de la BCE à leur niveau actuel, voire de les abaisser, pendant une période de temps prolongée », a-t-il déclaré.
Mario Draghi a également répété que la BCE était résolue à utiliser « tous les instruments non conventionnels rentrant dans le champ de son mandat pour faire face efficacement aux risques d'une période trop prolongée de basse inflation. »
Il a en outre jugé qu'un renchérissement de la monnaie unique dans un contexte de basse inflation était un « grave sujet de préoccupation ».
Draghi réaffirme l'indépendance de la BCE
Même si le taux d'inflation est remonté à 0,7 % en rythme annuel en avril après un point bas de plus de quatre ans à 0,5 % en mars, la hausse des prix à la consommation reste très éloignée de l'objectif de la BCE d'une inflation tout juste inférieure à 2 %.
« En s'exprimant sur le taux de change et en laissant entendre qu'une action était possible en juin, Draghi a placé la BCE dans une position de laquelle elle aura du mal à s'échapper, estime Carsten Brzeski, économiste d'ING. Toutefois, de notre point de vue, il n'est pas acquis que la BCE agisse réellement en juin. En fait, si les chiffres du produit intérieur brut (PIB) au premier trimestre sont meilleurs qu'attendu, la croissance pour cette année pourrait être revue à la hausse. »
Les statistiques du PIB dans la zone euro et ses principaux pays membres pour les trois premiers mois de l'année sont attendues la semaine prochaine. En évoquant clairement la hausse de l'euro, Mario Draghi a semblé répondre hier aux recommandations adressées par les uns et les autres à la BCE.
Dans ses prévisions de printemps publiées mardi, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a ainsi exhorté à la BCE d'agir pour contrer une menace déflationniste dans la zone euro en abaissant à zéro son principal taux directeur et en affichant un taux négatif pour les dépôts des banques. La vigueur de l'euro est un sujet de préoccupation pour certains responsables politiques, à l'instar du Premier ministre français, Manuel Valls, qui a appelé samedi de ses vœux une autre politique monétaire en Europe, plus favorable à la croissance.
Réagissant à ces différents propos, Mario Draghi a déclaré que les appels incessants lancés par certaines institutions et certains pays pour que la BCE agisse risquaient de saper la crédibilité de l'institut d'émission. « Au cours de ces derniers jours, nous avons reçu quantité de recommandations de responsables politiques (et) d'institutions sur pratiquement tous les sujets (...) et nous en sommes très reconnaissants, a-t-il dit. Mais vous savez que les traités ont fait de nous une entité indépendante donc il faut savoir que si ceci était considéré comme une menace pour notre indépendance, notre crédibilité risquerait d'en souffrir sur le long terme. »
(Source : Reuters)


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