Sa photo s'est étalée cette semaine en « une » de toute la presse turque. Gizem, 6 ans, retrouvée morte mardi dans la province d'Adana deux jours après sa disparition. La fillette a été poignardée et brûlée. Son meurtrier présumé, identifié par les initiales S.A., a avoué aux enquêteurs avoir fait monter sa victime dans sa voiture en lui promettant un pique-nique puis l'avoir agressée. « J'ai fermé les yeux et je l'ai poignardée. Elle est tombée. Je l'ai arrosée d'essence et j'ai mis le feu avec une allumette. Elle a commencé à crier », a expliqué le jeune homme de 20 ans.
Plus tôt dans la semaine, c'est le corps d'un garçon de 9 ans qui a été retrouvé dans la province de Kars, violé et étranglé. Et quelques jours plus tôt, celui d'un autre gamin, 4 ans celui-là, découvert dans une grange de la province d'Aydin, lui aussi sauvagement assassiné.
Cette série de meurtres d'enfants a brutalement réveillé les défenseurs de la peine capitale, supprimée définitivement de la Constitution en 2004 dans le cadre des discussions d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne (UE), toujours en souffrance. Le vice-président du très islamiste parti de la Félicité, Yusuf Yigitalp, a bondi sur l'occasion et fait de son rétablissement une « nécessité : aujourd'hui, la peine capitale est appliquée dans de nombreux pays occidentaux. Elle existe aux États-Unis et même dans des pays européens pour certains crimes », a plaidé M. Yigitalp dans les colonnes du quotidien conservateur Milli Gazete.
Peines aggravées
Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan avait lui-même relancé ce débat il y a un an et demi en évoquant le sort du chef rebelle kurde emprisonné Abdullah Öcalan. Lui non plus n'a pas tardé à réagir à la récente vague de crimes. « Ces affaires constituent une sorte de crime capital », a estimé M. Erdogan vendredi devant les journalistes. « Même s'il ne sera pas possible de réinstaurer la peine de mort, j'ai demandé à ce qu'on institue des peines aggravées », a-t-il poursuivi. En Turquie, les meurtres aggravés sont punis d'une réclusion criminelle à perpétuité effective, sans possibilité de remise de peine.
Ces faits divers ont plus généralement relancé la question des violences faites aux enfants, après une proposition iconoclaste de la ministre de la Famille Aysenur Islam, qui a suggéré aux parents d'apprendre à leurs enfants à crier en cas de danger. « Ils (les enfants) doivent aussi savoir comment se comporter lorsqu'ils sont confrontés à un étranger, de la même façon qu'ils doivent savoir qu'ils peuvent se brûler avec le feu », a doctement expliqué la ministre.
Une idée qualifiée de « superficielle » par les associations de défense des enfants, qui dénoncent l'incapacité du gouvernement en la matière. « Il est évident que le cri ne marchera pas dans la plupart des cas », constate Ezgi Koman, de Gündem Cocuk (Les enfants au programme). « Dans la plupart des enlèvements, les enfants sont bâillonnés, dit-elle, il est de la responsabilité de l'État de leur créer un environnement sûr. » Selon cette association, 633 enfants ont été tués en Turquie en 2013, contre 609 l'année précédente.
Mais, plus que ces crimes, les spécialistes considèrent que les abus sexuels au sein même des familles restent la principale menace pour les enfants. « Dans ces cas-là, les enfants sont souvent sans défense car menacés par ceux en qui ils ont le plus confiance, les hommes de leur famille », déplore la psychologue pour enfants Aylin Ilden.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine