Le secrétaire d’État américain John Kerry, qui a entamé mardi une tournée africaine, est décidé à faire preuve d'une « patience stratégique » et se montre aussi serein qu'optimiste, dit-on à Washington. Mandel Ngan/AFP
Pour ses détracteurs comme pour ses partisans, John Kerry s'est montré égal à lui-même. À la veille de l'échec de son aventureuse initiative en faveur d'un règlement définitif du conflit israélo-palestinien, le secrétaire d'État a tenu des propos rapportés par la presse qui ont soulevé un tollé à Washington. Vendredi, le diplomate aurait dit craindre qu'un régime d'apartheid ne s'impose en Israël en l'absence de solution fondée sur la coexistence pacifique de deux États. Pointant une nouvelle gaffe de l'ancien candidat à la présidentielle, ses adversaires lui reprochent de vouloir faire porter à l'État juif la responsabilité de son propre échec après neuf mois d'efforts intenses. Barbara Boxer, sénatrice démocrate de Californie, a jugé ses propos « insensés et ridicules », tandis que son collègue Ted Cruz, élu républicain du Texas, réclamait sa démission.
En osant dire la vérité, estiment en revanche ses partisans, John Kerry a simplement fait un pari à hauts risques qui peut aussi s'avérer très payant. Le lendemain, ses conseillers ont même justifié ses propos en expliquant qu'il n'avait fait que reprendre à son compte ceux de responsables politiques israéliens de premier plan, comme Tzipi Livni, Ehud Olmert et Ehud Barak. Plutôt que de reconnaître un faux pas, son équipe a indiqué qu'il entendait rouvrir le dossier après une pause de quelques mois, ajoutant que la nécessité d'une solution à deux États ramènerait tôt ou tard les deux parties à la table des négociations.
Serein et optimiste
Bravades à part, John Kerry a misé gros sur le règlement du conflit israélo-palestinien, auquel il a consacré plus de temps et d'énergie qu'à tout autre dossier, y compris les plus chauds, comme le conflit syrien ou la crise ukrainienne.
George Perkovich, membre de la Fondation Carnegie pour la paix internationale, et expert de la lutte contre la prolifération des armes non conventionnelles, juge ses efforts admirables, mais lui conseille de se focaliser encore davantage tout en délégant plus. « On ne peut pas se contenter de prendre l'avion et de faire tout soi-même », ajoute-t-il, évoquant les nombreuses navettes du secrétaire d'État au Proche-Orient.
Outre les conséquences en termes de crédibilité de son échec dans le processus de paix israélo-palestinien, Aaron David Miller, ancien négociateur du département d'État aujourd'hui membre du Wilson Center, redoute qu'Israéliens et Palestiniens ne manipulent le secrétaire d'État. Non seulement aucun des deux camps n'est prêt à faire les concessions nécessaires à un règlement définitif du conflit, mais faire traîner les discussions sert même leurs intérêts respectifs, dit-il. Le gouvernement israélien échappe ainsi à la vindicte de la communauté internationale, tandis que l'Autorité palestinienne conserve en partie l'appui de Washington.
Pour Ghaith al-Omari, directeur de l'American Task Force on Palestine, l'échec du processus de paix n'est pas imputable à John Kerry lui-même, c'est le fruit de situations politiques intérieures complexes qui empêchent les deux camps de faire des concessions. L'Arabie saoudite et l'Égypte, deux poids lourds régionaux actuellement accaparés par leurs propres priorités – la lutte d'influence face à l'Iran pour l'un, la répression des Frères musulmans pour l'autre –, sont en outre moins disposées à offrir la couverture politique nécessaire aux Palestiniens, selon lui. « Les dirigeants n'étaient pas prêts et leur environnement politique non plus », poursuit-il, assurant que le processus de paix « n'est pas mort » pour autant.
John Kerry, qui a entamé mardi une tournée africaine, est quant à lui décidé à faire preuve d'une « patience stratégique » et se montre aussi serein qu'optimiste, dit-on à Washington.

