Recep Tayyip Erdogan entend utiliser toutes les prérogatives du président s’il est élu cet été. Umit Bektas/Reuters
La Banque centrale turque a annoncé hier avoir maintenu ses principaux taux directeurs inchangés malgré une demande en faveur d'une baisse réclamée par le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan.
L'institution financière a indiqué dans un communiqué au terme de la réunion mensuelle de son comité de politique monétaire que les taux resteraient « inchangés » et que « la politique de resserrement politique serait maintenue tant qu'une amélioration substantielle sera observée en matière d'inflation ». Conforté par une nette victoire électorale aux municipales du 30 mars dernier qui suivirent une forte période d'instabilité marquée par un scandale de corruption le touchant, M. Erdogan avait exhorté la Banque centrale à abaisser les taux d'intérêt, massivement relevés en janvier pour enrayer la chute de la livre et les déficits publics.
Prérogatives présidentielles
Pendant ce temps, rien ne semble empêcher M. Erdogan de se détourner de son objectif de parvenir cet été au poste de premier président élu par le peuple en Turquie. Avec 45 % des voix obtenues aux élections municipales du 30 mars malgré une campagne semée d'embûches pour ses ambitions, l'homme fort du pays se voit à la magistrature suprême, d'autant qu'il a déjà averti qu'il entendait bel et bien jouir de tous les pouvoirs à sa disposition. « J'entends utiliser toutes les prérogatives du président », a-t-il récemment affirmé, laissant entendre qu'il rompra avec la tradition d'un régime parlementaire primo-ministériel et d'un chef de l'État aux pouvoirs limités à un système de facto semi-présidentiel. L'élection présidentielle se déroulera pour la première fois au suffrage universel direct, les 10 et 24 août, et M. Erdogan est le candidat le mieux placé pour l'instant.
Mais le président actuel Abdullah Gül, possible présidentiable et compagnon de route politique de M. Erdogan, a d'ores et déjà refusé d'être le Medvedev de celui-ci, s'opposant à tout échange de poste à la Poutine, comme en Russie, souvent avancée. « La formule n'est pas adaptée à la Turquie », a déclaré M. Gül, affirmant ne pas avoir de « projet politique dans les conditions actuelles ».
L'opposition turque est, quant à elle, irritée par le fait que le débat sur le futur président se déroule seulement dans le camp AKP (Parti gouvernemental de la justice et du développement), sans véritable discussion au sein de l'opinion publique. « Le pouvoir agit comme si le prochain président ne représentera que l'AKP. Et les 55 % qui n'ont pas voté pour Erdogan (aux municipales), on en fait quoi », a déclaré Sezgin Tanrikulu, vice-président de la principale force d'opposition au Parlement.
(Source : AFP)


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21 h 51, le 25 avril 2014