Il est devenu impératif de procéder à une réforme structurelle complète du régime actuel de retraite qui remonte aux années 60 du siècle passé. Ce système de « retraite », qui n'en est pas une en fait, offre au retraité une indemnisation de fin de service basée sur le nombre d'années de travail multiplié par son dernier salaire (pourvu qu'il soit resté dans la même société). Point final. C'est-à-dire un pactole de misère qui doit lui suffire jusqu'à trépas (pourvu que cela ne tarde pas). Un exemple rapide : un employé dont le dernier salaire mensuel est de 1 million de livres libanaises toucherait environ 45 millions de livres. Avec une moyenne de survie de 15 ans, cela ferait 250 000 livres libanaises par mois qui doivent subvenir à son alimentation, ses déplacements, sa santé (médicaments et hospitalisation...). Faites vos comptes.
Réalisez-vous donc que dans le système actuel, le Libanais est condamné à travailler pour subvenir aux besoins de ses parents retraités ? Et les enfants de ce Libanais seront aussi condamnés à travailler pour veiller aux besoins de ses parents ? Et ainsi de suite. Ce Libanais ne mériterait-il pas de travailler pour épargner, ou consommer, ou investir ?
Saviez-vous que ce système actuel est l'une des causes principales du chômage à cause des coûts élevés que supporte l'employeur ?
Ce Libanais qui a vécu différentes guerres durant plus d'un demi-siècle, avec leurs lots de souffrances et de destructions, ce Libanais qui a dû émigrer, voire même s'exiler par manque d'opportunités de travail et pour fuir les affres de ces guerres, ce Libanais qui doit trouver plus d'un emploi et travailler jour et nuit ne serait-ce que pour se sustenter... Ce Libanais ne mériterait-il pas une retraite qui soit digne de ses souffrances et de ses sacrifices ?
Il est grand temps de donner aux Libanais un système nouveau et contemporain.
Nous avions élaboré en l'an 2000, avec l'aide de la Banque mondiale et en étroite coopération avec le patronat et les syndicats, un projet complet basé sur une combinaison du mode de répartition et de capitalisation qui assure au retraité un salaire à vie adéquat ainsi qu'une assurance médicale, sans léser ni le patronat ni l'employé. Un système dans lequel participe l'État en tant que garant d'une certaine solidarité nationale et le secteur privé. Un système qui reposera sur une Caisse nationale de Sécurité sociale réformée et sur la création de fonds de pension qui draineront l'épargne et contribueront à la relance de l'économie.
Je demande au futur président qui sera élu dans les prochaines semaines de faire de la réforme de la retraite un des chantiers principaux de son mandat pour que le Libanais puisse jouir, au moins dans ce domaine, d'une justice sociale qui est la base de toute nation qui se respecte.

