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Moyen Orient et Monde - Le Point

Deux bleus et un (mo) rose

Il y avait pour ces élections municipales beaucoup d'appelés – ce qui est normal – et peu d'élus – quoi de plus naturel dans un scrutin qui se joue à deux tours ? –, mais surtout un gagnant de poids : le Front national, et un perdant de taille : François Hollande. Sur l'un et l'autre, les commentateurs se sont penchés dès dimanche soir, disséquant les résultats et tirant les premières leçons, sans même attendre le second round, décisif pourtant celui-là.


Le porte-parole du groupe PS à l'Assemblée nationale, Thierry Mandon, a raison d'affirmer, amer, que « la gauche ne boira pas du champagne » et Marine Le Pen, triomphante, de sonner le glas du bipartisme. Que la sanction ait été aussi violente, plus rude que prévu, nul ne songera à le contester ; que l'accession de l'ultradroite au rang de troisième force, même attendue, ait revêtu le caractère d'un désaveu de la politique suivie depuis vingt mois par François Hollande on ne peut le nier, quitte pour certains à le déplorer. Il se trouvera toujours des Najate Vallaud-Belkacem pour répercuter la décision (?) du gouvernement de « tenir le cap sur des politiques et des réformes (...) qui certes n'ont pas toutes commencé à porter des fruits ».
En attendant ces improbables retombées positives de mesurettes qui ne trompent pas plus les Français que le reste du monde, il est improbable que le second tour apporte des modifications en profondeur à la répartition des forces à l'issue du round 1 : la droite rafle 46,54 pour cent, la gauche 37,74 pour cent, le FN 4,65 pour cent, le reste allant aux Verts et aux divers, le moins grave n'étant pas le fait que 21 pour cent des électeurs aient choisi au jour J de rester chez eux.


Les trois principales forces en présence ont d'ores et déjà fait leurs comptes : sur 270 villes de plus de 30 000 habitants, 114 pourraient être le théâtre de triangulaires, sachant que les désistements ne joueront entre eux que de manière fort aléatoire et que les frontistes seront présents dimanche prochain dans 315 des 36 681 communes. Un élément qui rassure, d'une certaine façon, les deux autres grandes formations : les bleus Marine manquent de cadres pour gérer les cités importantes, d'où le nombre relativement faible (497) de listes.


Malgré ce handicap, les enfants de Jean-Marie Le Pen sont parvenus à planter leur fanion au haut de la forteresse gauche-droite, inexpugnable depuis des dizaines d'années. Désormais, ils jouent dans la vie politique française le rôle d'arbitre, ou plutôt de balancier entre les deux côtés d'une bascule également désavoués par la vox populi qui ne leur pardonne pas leurs errements passés, les scandales à répétition et le climat délétère qu'ils ont engendrés, leur incapacité à relancer la machine économique et leur obstination à refuser de prendre exemple sur les pays voisins dont certains (ceux que l'on donnait pour « morts » il y a peu) ont commencé à remonter la pente de la crise.


Les péripéties de la présidentielle du 21 avril 2002 sont encore présentes à l'esprit. Le premier tour avait été marqué par une surprise de taille : l'élimination de Lionel Jospin par Jean-Marie Le Pen, qui obtient 16,9 pour cent des voix contre 16,2 pour cent à son suivant immédiat, victime du faible taux de participation, et 19,9 pour cent au président sortant. En prévision de la seconde phase, c'est le branle-bas général dans les états-majors. Le 5 mai, Jacques Chirac bénéficie des voix de la gauche et l'emporte sur le score historique de 82,1 pour cent des votes.


Cette fois, il n'y aura pas de 2002-bis : les municipales ne sont pas la présidentielle ; elles ne méritent pas une grand-messe gauche-droite, quelque lourd que soit le bilan, sévère la sanction pour l'équipe en place, incertains les lendemains. Le plus inquiétant ? C'est l'incapacité aussi bien de l'un comme de l'autre courant de savoir comment s'y prendre avec l'irrésistible montée en puissance de cette troisième force qui surfe sur la vague du mécontentement général. C'est la fin d'une certaine forme de vie politique, celle de papa, qui n'a plus prise sur l'événement. C'est le risque de voir, dimanche prochain, le FN puiser dans les réserves de voix chez les abstentionnistes, comme l'annonce déjà son numéro deux, Louis Aliot. La dédiabolisation entamée par Marine Le Pen aura été aussi productive qu'est inopérant l'appel au front républicain lancé par la gauche et lourd de conséquences le discrédit de la parole publique.


Le pays aux 246 variétés de fromages (de Gaulle dixit) se révèle tout autant victime de la lassitude que livré à l'ennui (Pierre Viansson-Ponté dans Le Monde du 15 mars 1968). Et, dans le second cas, cela avait débouché sur un certain mois de mai...
Des deux maux, quel est le moindre ?

Il y avait pour ces élections municipales beaucoup d'appelés – ce qui est normal – et peu d'élus – quoi de plus naturel dans un scrutin qui se joue à deux tours ? –, mais surtout un gagnant de poids : le Front national, et un perdant de taille : François Hollande. Sur l'un et l'autre, les commentateurs se sont penchés dès dimanche soir, disséquant les résultats et tirant les premières leçons, sans même attendre le second round, décisif pourtant celui-là.
Le porte-parole du groupe PS à l'Assemblée nationale, Thierry Mandon, a raison d'affirmer, amer, que « la gauche ne boira pas du champagne » et Marine Le Pen, triomphante, de sonner le glas du bipartisme. Que la sanction ait été aussi violente, plus rude que prévu, nul ne songera à le contester ; que l'accession de l'ultradroite au rang de troisième...
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