Allongé dans ce lit d'hôpital trop grand pour lui, il fixe avec tristesse l'objectif qui le bombarde. Les lèvres serrées. La tête recouverte d'un énorme bandage blanc maculé de sang. Le bras bandé tendu. Comment s'appelle-t-il, ce petit garçon de 8 ans sous perfusion ? Nul ne le sait. Tout au plus sait-on qu'il figure parmi les victimes de la nouvelle flambée de violence à Tripoli. Une énième victime parmi tant d'autres, soigneusement visée par un franc-tireur en manque d'humanité. Une victime innocente, immobilisée, souffrante, qui n'a d'autre choix que de subir la guerre des grands, en silence et sans broncher. Mais qui aurait préféré continuer à jouer avec ses petits camarades, prendre le chemin de l'école... vivre son enfance, quoi !
Peu importe d'où il vient, ce garçonnet sans nom aux yeux tristes. Peu importe s'il habite Bab el-Tebbané ou Jabal Mohsen, s'il est sunnite ou alaouite. Ce qui importe, c'est qu'il aurait dû être épargné, protégé de ce conflit stérile et sans fin. Lui et tous les enfants de Tripoli, qui vivent de part et d'autre de la rue de Syrie et dont la vie ne tient plus qu'à un fil. Comme la petite Rouba, d'un an à peine, éclaboussée par un obus, ou cette fillette et ce garçon de 7 ans, Ala' et Bakr, eux aussi blessés, ou encore Diala, l'adolescente de 14 ans, atteinte d'une balle perdue. Quelques noms parmi tant d'enfants anonymes, touchés de plein fouet par ce conflit ravageur, et dont personne n'imagine la souffrance.
Le petit garçon dans son lit d'hôpital sera marqué à jamais, dans sa chair et dans son âme, comme le seront Rouba, Diala, Ala', Bakr et tous les enfants de Tripoli. Car ils n'en peuvent plus de vivre ce cauchemar quotidien imposé par les milices armées pour défendre les intérêts de telle ou telle autre communauté, pour venger tel ou tel autre chef de guerre.
Mais les adultes restent de glace, peu sensibles aux larmes des enfants. Aussi bien les chefs de guerre, armés de leur haine, que l'État, engoncé dans ses divisions et qui se contente de dénoncer, en lançant de vagues promesses.
Combien de temps le petit garçon blessé aux yeux tristes devra-t-il attendre, pour que les regards de la classe dirigeante se tournent enfin vers lui et vers toutes les jeunes victimes du Liban ?
Liban - Citoyen Grognon
Touchez pas aux enfants !
OLJ / Par Anne-Marie El-HAGE, le 22 mars 2014 à 00h00


Tant que les criminels Ali et Rifaat Eid, de Jabal Mohsen, ne sont pas arrêtés et traduits en justice, et juste après, tous les voyous de l'autre côté, c'est à dire de Bab el-Tebbané, ne le sont pas également, rien ne changera dans le drame que vit Tripoli et qui touche ses enfants de manière barbare.
09 h 14, le 22 mars 2014