L'agence de notation financière Moody's a jugé dans son dernier rapport que la perspective du secteur bancaire libanais restait négative.
En cause, selon l'agence, « l'exposition élevée et grandissante des banques aux obligations du gouvernement (notées B1), qui les soumet à des risques souverains ; la pression pesant sur la qualité des actifs financiers, en raison de la faible croissance économique, affaiblie par le conflit en Syrie et les tensions politiques à l'échelle locale ; le besoin élevé de provisions et un volume d'affaires limité, qui se répercutent négativement sur leur profitabilité ».
Dans les détails, Moody's a pronostiqué que l'environnement des affaires demeurera « difficile », au regard d'une prévision de croissance du produit intérieur brut (PIB) en 2014 avoisinant les 2 %, « bien en deçà de la moyenne de 8 % atteinte entre 2007 et 2010 ».
« Le conflit en Syrie et les tensions confessionnelles sur le plan local, avec des pics de violence sporadique au sein du pays, continueront de peser négativement sur les secteurs-clés de l'économie – dont le tourisme, l'immobilier et la construction », a affirmé Moody's. En outre, « l'incertitude à l'échelle politique devrait conduire à une réduction des investissements privés et paralyser le gouvernement en matière de réformes structurelles », a ajouté le rapport. Et de pronostiquer une augmentation du déficit budgétaire en 2014 à 11 % du PIB, avec une dépendance du gouvernement envers le secteur bancaire local pour le financement.
Pour sa part, « l'exposition élevée et grandissante des banques aux obligations du gouvernement (B1 perspective négative) demeurera une source majeure de risque de crédit (...) exposant les banques à un risque souverain », a souligné Moody's. De plus, « l'environnement difficile des opérations, sur le plan local, couplé aux activités des banques dans des pays à haut risque – dont notamment l'Égypte et la Syrie –, devrait aggraver la détérioration de la qualité des crédits », a noté l'agence. « Par conséquent, nous nous attendons (...) à ce que la part des prêts non productifs dépasse 6 % du total des prêts, contre 5 % en 2013. »
Les banques vulnérables en cas de scénario « extrême »
De leur côté, les niveaux de fonds propres réglementaires – avec un ratio tier 1 estimé à 11,5 % en décembre 2013 – devraient demeurer stables, a indiqué l'agence, même si cette dernière a mis en avant la fragilité des dispositifs en cas de scénario extrême – aggravation de l'instabilité régionale, détérioration significative de la solvabilité du pays – un événement à la probabilité toutefois « basse ».
« Néanmoins, a temporisé Moody's, la liquidité solide du système et les dépôts continueront de soutenir la stabilité des banques (...) Les dépôts de la clientèle financent plus de 80 % des actifs du système. Les flux de capitaux en provenance de la diaspora, qui représentent 15 à 20 % du PIB annuellement, proviennent en majorité de la région du Golfe et continueront de générer la croissance des dépôts. »
Selon l'agence, les deux faiblesses, potentiellement, du système bancaire libanais résideraient plutôt dans les échéances à court terme et le taux de dollarisation élevé des dépôts, à 66 % fin 2013. « Néanmoins, ces risques sont mitigés par la forte liquidité des banques, dont les actifs de base liquides représentaient 22 % du total des actifs fin 2013 », en plus des placements à l'étranger des banques libanaises et des réserves en devises de la BDL.
Enfin, en ce qui concerne la profitabilité des banques, elle devrait demeurer « sous pression », a pronostiqué Moody's, citant l'augmentation des coûts du crédit, la faiblesse de la croissance des commissions et des revenus nets d'intérêts, ainsi que les difficultés grandissantes dans certains pays de la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord (MENA).

