Les retombées de l'implication du Hezbollah dans la guerre syrienne aux côtés des forces de Bachar el-Assad ne se limitent plus à la dégradation sur le plan de la sécurité, à Tripoli et dans les secteurs de la Békaa limitrophes de la frontière avec la Syrie, mais elles se manifestent désormais par un fort ressentiment perceptible au niveau populaire et parmi les dignitaires religieux à l'égard de l'attitude des services de sécurité étatiques, dont notamment l'armée.
Dans la journée d'hier, et au lendemain des réactions de colère populaires enregistrées dans plusieurs régions du pays en signe de protestation contre le siège imposé par les partisans du Hezbollah à la localité de Ersal, de nombreux dignitaires sunnites ont tiré la sonnette d'alarme au sujet de la vive tension qui sévit depuis un certain temps à Tripoli et dans la zone de Ersal. Les dignitaires religieux ont accusé sur ce plan les services de sécurité étatiques de faire preuve de partialité dans leur attitude vis-à-vis des miliciens relevant des deux camps en présence.
Le mufti du Akkar, cheikh Zeid Zakarya, a ainsi présidé hier une réunion élargie à laquelle étaient présents de nombreux dignitaires du Liban-Nord. Dans un communiqué publié à l'issue de la réunion, les dignitaires sunnites ont notamment souligné qu'il est « inadmissible que des suspects soient laissés en liberté dans une région et que d'autres suspects soient interpellés dans une autre région, de même qu'il est inadmissible que nos jeunes soient arrêtés alors que les autres ne sont pas inquiétés ». « Les vexations imposées aux habitants de Ersal et la passivité à l'égard de la situation à Tripoli font planer le spectre d'une grave déflagration dans le pays et d'une dangereuse atteinte à la coexistence et à la paix civile », souligne le communiqué, qui appelle les institutions étatiques et les services de sécurité à agir « avec équité et fermeté ».
Et le communiqué d'appeler « les sages » à agir afin de « consolider la sécurité et éviter une confrontation entre la population et l'armée libanaise », soulignant la nécessité dans ce cadre de tenir le Liban à l'écart du conflit syrien.
Les ulémas du Mont-Liban
Par ailleurs, la situation à Ersal et à Tripoli a également été discutée au cours d'une réunion élargie que les ulémas du Mont-Liban ont tenue sous la présidence du mufti du Mont-Liban, cheikh Mohammad Ali Jouzou. Dans un communiqué, les participants à la réunion ont souligné que « les sunnites au Liban ont le sentiment qu'ils sont dans le collimateur de certains responsables officiels et que le pouvoir a une attitude agressive et fanatique à leur égard ». « Certains militaires nous regardent avec suspicion et ce sont nos jeunes qui sont arrêtés, notamment les activistes qui se livrent à une action islamique et humanitaire, souligne le communiqué. Certains responsables sécuritaires appréhendent des innocents, et laissent les véritables criminels et terroristes tuer et circuler en toute liberté (...). Le tribunal militaire ne prend pour cibles que nos jeunes et il ne juge que les militants sunnites », conclut le communiqué.

