Au vu du bilan à ce jour de la violence qui embrase l'Égypte depuis la chute de Mohammad Morsi, le 3 juillet dernier, il semble qu'il sera difficile, sinon impossible, à son tombeur – et prochain successeur – de tenir sa promesse : débarrasser le pays des jihadistes, désormais alliés aux Bédouins du Sinaï dans des attaques de plus en plus audacieuses contre les forces de l'ordre, dans la péninsule, mais aussi dans les principales villes.
Hier, de violents combats se sont déroulés au nord du Caire, dans lesquels ont trouvé la mort un général et un colonel. Les terroristes, a indiqué l'armée dans son communiqué, portaient des vestes bourrées d'explosifs, ce qui laisse supposer qu'ils avaient réussi à approcher leurs victimes. Dans les rangs des forces régulières, il y a eu en l'espace de neuf mois non moins de 200 tués lors d'opérations menées en représailles contre la répression menée par le pouvoir le 14 août et dans laquelle avaient péri en une seule journée 1 400 manifestants.
La chasse aux Ikhwane engagée au lendemain de la destitution du chef de l'État a eu pour effet de neutraliser en quelque sorte la confrérie, forçant ses dirigeants – ceux d'entre eux à tout le moins qui ne se trouvent pas en prison – à entrer dans la clandestinité, en attendant le moment propice pour surgir à nouveau sur la scène politique. Le reste, essentiellement le menu fretin, s'est tourné vers les organisations qui avaient mis à profit le chaos ambiant pour proliférer, choisissant pour théâtre de leurs opérations le Sinaï, jusqu'alors chasse gardée des Bédouins dont la principale activité est le commerce illégal sous toutes ses formes, et accessoirement le coup de feu contre Israël lorsque celui-ci tente, oh ! bien timidement, de mettre un frein aux abus de ses turbulents voisins.
La situation s'est aggravée avec l'émergence, il y a trois ans, d'un nouveau groupe ultra, Ansar Beyt el-Maqdess, une émanation d'el-Qaëda, qui a entrepris de dynamiter les oléoducs qui traversent la région, le dernier attentat, et le quatrième de l'année, s'étant produit le 26 février, à la hauteur de la localité de Lehfen, non loin d'el-Arich, contre un gazoduc alimentant la Jordanie. Autres cibles : la navigation à travers le canal de Suez, l'État hébreu et, bien entendu, les sites fréquentés par les rares touristes qui s'obstinent à visiter le pays des pharaons.
À ce jour, les deux hauts faits de l'organisation auront été la quadruple attaque, parfaitement synchronisée, d'objectifs cairotes et un tir réussi de roquette contre un hélicoptère. Tout récemment, sont apparus sur la scène les Ansar al-Charia qui viennent de se manifester en revendiquant l'assassinat de 28 membres des forces de sécurité, accusés d'être des « traîtres ».
Ce sont surtout les Ansar, et leur choix du Sinaï comme base d'opération, qui posent problème à l'État. C'est, en effet, dans cette péninsule de 60 000 kilomètres carrés que l'armée joue sa réputation et sa capacité à remettre en ordre la maison égyptienne. Or, en septembre 2013, le ministre de l'Intérieur, Mohammad Ibrahim, qui se déplaçait sous bonne escorte, a réchappé de justesse à un attentat à la voiture piégée, fomenté par ces « partisans » dont on sait bien peu de choses sinon qu'ils jouissent de l'entière confiance d'el-Qaëda, qu'ils comptent à peine quelques centaines de membres – on parle d'un millier d'hommes tout au plus, divisés en plusieurs unités –, que leur quartier général se trouverait à Cheikh Zoueid, dans le nord du Sinaï, non loin de la frontière avec Israël, mais qu'ils disposent de deux autres points d'attache, l'un à Rafah, l'autre à el-Arich.
Au boom touristique qui a marqué la première décennie du XXIe siècle a succédé le vaste mouvement populaire qui a débouché sur l'éviction de Hosni Moubarak. Les tribus du Sinaï ont vu s'évaporer la manne représentée par les visiteurs étrangers, remplacés par des hommes venus du Soudan, de Syrie ou encore de la bande de Gaza, ces derniers empruntant pour cela la multitude de tunnels utilisés dans un passé récent pour la contrebande de produits de première nécessité à l'intention des Palestiniens du territoire contrôlé par le mouvement Hamas.
Il n'est pas interdit de penser que le pouvoir appelé à se mettre en place après la présidentielle entreprendra de mettre de l'ordre dans une région qui ne saurait continuer à échapper à son contrôle. Et que, pour l'heure, Abdel Fattah el-Sissi et la junte dont il s'est entouré laissent délibérément les choses en l'état pour ensuite mener une chasse aux nouveaux islamistes qui ambitionnent de prendre la place des Frères musulmans.
Mais ne serait-ce pas là jouer avec le feu ?...
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Jouer avec le feu...ah oui? cet article un peu Raminagrobis semble lier l'émergence du terrorisme ikhwaniste,parce que c'est bien de çà qu'il s'agit à la chute de M. Morsi.Mais ne sont ce pas ces même ikhwanistes qui ont massacré une quarantaine de touristes suisses,me semble-t-il ,il y a déjà des lustres?ET n'est ce pas le chef de la bande qui avait commis cette horreur qui a été désigné par Morsi lui-même comme gouverneur de province?faut quand même arrêter de déconner un peu.Le terrorisme ikhwaniste ne date pas d'aujourd'hui,ni de la chute de Morsi.Il était là et bien là,avec comme objectif de faire de l'Egypte un état cent pour cent islamiste.Et c'est parce qu'il s'est profondément enraciné depuis les années 1970 dans une certaine Egypte qui n' rien de vraiment egyptien qu'il est aujourd'hui difficile à combattre...dire que le terrorisme ikhwaniste est une génération spontanée liée à la destitution de Morsi est au mieux,une erreur.
10 h 29, le 20 mars 2014