Des affrontements entre manifestants rivaux – les uns partisans du président russe Vladimir Poutine, les autres dénonçant l’annexion de la Crimée – ont fait un mort et plusieurs blessés à Donetsk, à l'est de l'Ukraine.Stringer / Reuters
À trois jours du référendum qui doit entériner la perte de la Crimée, l'Ukraine s'est dotée hier d'une garde nationale pour renforcer sa défense face à la Russie qui manœuvre militairement à ses portes.
À Kiev, les députés ukrainiens ont adopté la création de cette garde qui viendrait prêter main-forte à l'armée ukrainienne et ses 130 000 hommes, dont une moitié de conscrits, alors que la Russie dispose au total d'une armée de 845 000 soldats. Cette garde nationale, placée sous l'autorité du ministère de l'Intérieur et qui pourrait compter jusqu'à 60 000 hommes, sera notamment composée des groupes d'« autodéfense » qui étaient en première ligne sur les barricades à Kiev pendant les trois mois de contestation.
Le secrétaire du Conseil de sécurité nationale et de défense Andriï Paroubiï avait indiqué avant le vote qu'il s'agissait d'une réponse « aux défis auxquels est confrontée l'Ukraine », dans une allusion à l'entrée de forces russes en Crimée, la péninsule du sud du pays qui est sur le point d'être absorbée par la Russie. Quelque 40 000 volontaires se sont déjà présentés aux centres de recrutement de l'armée qui les formera. Cette nouvelle force se forme dans l'urgence alors que les Ukrainiens s'inquiètent d'un déploiement des Russes dans l'est du pays.
Car l'annonce hier par Moscou du lancement de manœuvres militaires dans plusieurs régions situées à la frontière avec l'Ukraine n'est pas de nature à calmer les esprits. À Rostov-le-Don, quelque 4 000 parachutistes russes, 36 avions et environ 500 véhicules ont participé à ces manœuvres selon l'agence officielle russe ITAR-Tass. Cette démonstration de force est complétée par le déploiement au Belarus de six avions de combat Su-27 et de trois avions de transport militaire. Et malgré des déclarations d'un ministère russe de la Défense qui se veut rassurant, affirmant que « le but principal de ces mesures est de vérifier l'aptitude des troupes à mener des exercices de combat », ces ajustements de l'armée russe semblent plutôt répondre à l'intensification des missions de reconnaissance de l'OTAN près de l'Ukraine. Des avions-radar Awacs de l'OTAN survolent la Pologne et la Roumanie, alors que des chasseurs F-15 et F-16 ont été envoyés en Pologne et en Lituanie.
L'incompréhension totale
Pendant ce temps, des affrontements entre manifestants rivaux – les uns partisans du président russe Vladimir Poutine, les autres dénonçant l'annexion de la Crimée – ont fait un mort et plusieurs blessés à Donetsk, une ville de l'est de l'Ukraine, a-t-on appris hier de source médicale.
En Crimée, les autorités séparatistes prorusses doivent achever dans les 48 heures les préparatifs du référendum où 1,5 million d'Ukrainiens doivent se prononcer. L'issue du scrutin ne fait guère de doute, et à trois jours de la consultation sur l'avenir de la péninsule, la Crimée semble déjà quasiment coupée du reste de l'Ukraine, les forces russes en contrôlant les points stratégiques.
Sur la scène internationale, entre Russes et Occidentaux, l'incompréhension reste totale, malgré plusieurs échanges ces dix derniers jours entre les ministres des Affaires étrangères américain, John Kerry, et russe, Sergueï Lavrov. Les Occidentaux jettent leurs dernières forces pour tenter d'infléchir la position du maître du Kremlin, Vladimir Poutine, qui refuse de retirer les milliers d'hommes déployés dans la péninsule ukrainienne de Crimée depuis fin février. Le président russe, qui affirme agir dans l'intérêt des russophones d'Ukraine, n'a pas donné le moindre signe qu'il accepterait les demandes des Occidentaux. C'est ainsi que John Kerry a une nouvelle fois haussé le ton hier, prévenant Moscou que les États-Unis et l'Union européenne (UE) étaient prêts à prendre dès lundi des « mesures très sérieuses » pour répliquer au référendum de dimanche en Crimée qui doit entériner un rattachement à la Russie. M. Kerry va rencontrer aujourd'hui le Premier ministre britannique à Londres avant ce qui ressemble aux discussions de la dernière chance avec Sergueï Lavrov.
« Un gel sans précédent »
De son côté, le Parlement européen a réclamé que l'UE prenne « dans les plus brefs délais » de nouvelles sanctions à l'encontre de la Russie, comme un embargo sur les armes et des sanctions économiques. Ce à quoi Moscou a répondu : toute sanction européenne contre la Russie débouchera sur des mesures réciproques et pourra mener à « un gel sans précédent » des contacts politiques, « pire que pendant les années de guerre froide ».
La chancelière allemande Angela Merkel, dirigeante européenne la plus écoutée au Kremlin, a quant à elle mis en garde Vladimir Poutine contre les graves conséquences économiques et politiques à long terme qu'aurait pour Moscou la poursuite de son action en Ukraine. Devant les députés du Bundestag, Mme Merkel a aussi appelé à résoudre les conflits en Europe « avec les principes du XXIe siècle », et non en suivant ceux des XIXe et XXe, qui ont plongé le continent dans la Première et la Seconde Guerre mondiale, puis dans la guerre froide, soulignant que la Russie devait apprendre des erreurs du passé.
Par ailleurs, les Européens ont accéléré le rapprochement avec l'Ukraine. Le volet politique de l'accord d'association avec l'Union européenne pourrait être signé au cours du prochain sommet de l'UE, prévu à Bruxelles les 20 et 21 mars. L'organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a également suspendu, « pour le moment », le processus d'adhésion de la Russie, renforçant plutôt sa coopération avec l'Ukraine.
(Sources : agences)


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
LORSQU'ON A UNE ARMÉE ET ON SE DOTE DE GARDE NATIONALE... C'EST DE MILICE QU'IL S'AGIT !
07 h 37, le 14 mars 2014