Tout au long de la journée, des milliers de personnes, pour l’essentiel des lycéens et des étudiants, ont organisé des rassemblements ou des sit-in à Istanbul, Ankara, Izmir, Eskisehir ou Antalya autour de photos de la victime et d’un même slogan repris en boucle sur les réseaux sociaux : « Berkin reste immortel ». Adem Altan/AFP
La mort d'un adolescent de 15 ans, grièvement blessé par la police lors de la fronde antigouvernementale de juin dernier, a ravivé la contestation hier en Turquie où des incidents entre manifestants et policiers ont éclaté à Istanbul et Ankara. La mort de Berkin porte à sept le nombre de manifestants tués lors de la fronde qui a fait vaciller le régime islamo-conservateur à la mi-2013. Un policier avait aussi perdu la vie pendant ces événements qui ont fait plus de 8 000 blessés.
À moins de trois semaines d'un scrutin municipal sous haute tension, des dizaines de manifestations spontanées hostiles au Premier ministre Recep Tayyip Erdogan ont agité les rues de nombreuses grandes villes du pays pour dénoncer le décès de Berkin Elvan, érigé en symbole de la répression policière. L'agitation a débuté tôt dans la matinée, dès l'annonce du décès de l'adolescent, après 269 jours de coma. « Nous avons perdu notre fils à 07h00, qu'il repose en paix », a écrit sa famille sur son compte Twitter. La mère de Berkin Elvan a mis en cause M. Erdogan. « Ce n'est pas Dieu mais le Premier ministre Erdogan qui m'a pris mon fils », a-t-elle déclaré en pleurs. Les obsèques de Berkin Elvan sont prévues aujourd'hui.
De brefs mais violents incidents ont rapidement éclaté devant l'hôpital d'Istanbul, où des centaines de personnes étaient rassemblées pour rendre hommage à Berkin Elvan. Des dizaines de manifestants ont attaqué un bus de la police, à jets de pierres notamment, contraignant les forces de l'ordre à user de gaz lacrymogènes pour se dégager. D'autres affrontements ont opposé dans l'après-midi la police à près de deux mille étudiants de l'université technique du Moyen-Orient (ÖDTU) d'Ankara, un foyer de l'opposition. Les forces de l'ordre ont fait usage de canons à eau pour déloger les manifestants qui ont bloqué une artère. Des scènes similaires ont eu lieu dans la soirée, aux abords de la place centrale de Kizilay de la capitale, où plusieurs centaines de manifestants ont bravé la police antiémeute déployée en nombre. Plusieurs manifestants ont été blessés. Et au même moment, sur la grande place piétonne d'Istanbul, Istiklal, la police a également utilisé ses canons à eau pour disperser un groupe de manifestants.
Le chef de l'État, Abdullah Gül, a exprimé sa « consternation » et présenté ses condoléances à la famille. Il a aussi appelé « chacun à tout faire pour éviter que cela se reproduise ». L'ONG Human Rights Watch a dénoncé le « problème endémique » de la violence policière en Turquie et exigé une enquête « pour déterminer qui a tiré sur Berkin ».
Par ailleurs, le prédicateur Fethullah Gülen a plaidé pour l'adoption d'une nouvelle Constitution « démocratique » en Turquie. Dans un commentaire publié par le quotidien britannique Financial Times, M. Gülen a déploré « qu'un petit groupe au sein du gouvernement prend en otage le progrès de tout le pays », ajoutant qu'il avait « perdu la confiance d'une large partie du peuple turc » ainsi que « l'occasion de rejoindre l'UE ».
(Source : AFP)

