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Nos lecteurs ont la parole - Salim F. Dahdah

Point d’avenir et guère de stabilité hors de la neutralité du Liban

Dans ses Mémoires de guerre, le général de Gaulle écrit : « L'avenir dure longtemps. » Merveilleux message d'espoir de la part de celui qui incarna la Résistance et la « France Libre ». Émergeant des profondeurs de cette période noire de la guerre et de la collaboration, le pays de la liberté, de l'égalité et de la fraternité a réussi en 1943-1944 à se libérer et à se remettre en marche pour reconstruire son avenir. Mais fallait-il encore garder la République en vie...
Le Liban d'aujourd'hui, après quarante ans de guerre et de déstabilisation régionale, pourra-il résister à toutes les secousses qui le fragilisent tous les jours davantage ? Arrivera-t-il à survivre et quel avenir pourra-t-il enfin bâtir ?
Pourquoi un tel questionnement ? Peut-être parce que le Liban de 1920 est actuellement confronté à une profonde crise identitaire. Ballotté en permanence par des forces régionales et internationales qui cherchent à y asseoir leurs intérêts stratégiques, il est constamment bloqué et pris en otage sur sa scène locale du fait des graves dissensions qui divisent ses forces politiques. Comment circonscrire tous ses tiraillements et agir pour garantir la perduration de cette terre unique de cohabitation et d'intégration des différentes religions et cultures ? Quelle stabilité peut-on espérer maintenir sur la scène politique intérieure face à un tsunami politique tournant qui tantôt frappe et détruit des « États arabes frères » à travers des guerres bilatérales, tantôt les déstabilise de l'intérieur par l'intermédiaire de mouvements populaires, baptisés « printemp arabe » ? D'autant plus que le Liban, qui est un parfait échantillon de cette composition sociologique régionale, est de ce fait une caisse de résonance qui réagit chaque fois qu'une perturbation secoue les pays de la région. Le déroulement des événements qui s'y sont succédé depuis 1948 en est la preuve la plus évidente.
Depuis 1975, le pays du Cèdre a été à nouveau confronté à plusieurs crises graves dont les conséquences ont chaque fois été plus dramatiques les unes que les autres et ont malheureusement érodé encore plus son identité, allant jusqu'à mettre en danger son entité et son existence. Mais de façon contradictoire et malgré sa vulnérabilité, c'est grâce à sa structure constitutionnelle qu'il a pu résister. Le peuple et les citoyens sont toutefois à bout de souffle, politiquement, économiquement et socialement. Ils supportent mal cette douche écossaise que le destin leur impose. Les derniers scénarii vécus ont fait suite à la décision unilatérale du Hezbollah d'aller prêter main-forte au régime de Bachar el-Assad contre son propre peuple. Cette initiative a engendré des accès de violence inconnus jusque-là dans notre pays depuis son Indépendance : kamikazes, voitures piégées, menaces de mort et assassinats politiques qui ont coûté la vie non seulement à une population complètement acquise au parti de Dieu, mais aussi à des populations sunnites ne partageant pas leurs convictions et enfin à des citoyens qui avaient eu la malchance de se trouver sur les lieux au moment des déflagrations. Politiquement, l'appareil de l'État est totalement grippé et le gouvernement de Najib Mikati est hors-jeu, Tammam Salam a formé un nouveau gouvernement pour gérer la période avant et pendant la future élection présidentielle. Il réussit cette mission après dix mois d'intenses labeurs, une patience et une sagesse hors normes. Un cabinet représentant la grande majorité des partis politiques, hormis les Forces libanaises, voit le jour. Mais est-ce que les écueils qui ont plombé toute possibilité d'entente entre le 8 et le 14 Mars depuis 2005 pourront être résorbés et paver la voie à un changement fondamental augurant d'un avenir plus clair et plus stable ? Les prochains mois nous le diront. Il n'en reste pas moins, et sans vouloir être un oiseau de mauvaise augure, que nous nous devons, pour être honnêtes avec nous-mêmes et avec nos concitoyens, de rappeler que les causes structurelles et politiques régionales de déstabilisation de notre scène intérieure n'ayant pas encore été résolues et le litige israélo-arabe n'ayant pas été réglé, il ne faut pas espérer un changement profond car cette mosaïque communautaire et culturelle qui compose notre République restera disparate et les outils pour son rassemblement hors d'atteinte. Mais en attendant le panorama géostratégique en construction, et avant d'être surpris par des décisions qui maintiendraient la République sujette à des tiraillements régionaux et internationaux, il faudrait profiter du cap de la prochaine présidentielle et du nouveau régime pour amener la société civile, toutes communautés confondues, à réclamer l'adoption de la seule voie de salut et de stabilité pour le Liban, à savoir sa neutralité permanente. Si les forces vives de la nation veulent réellement prendre en main le destin des citoyens de ce pays et celui de leurs enfants, et forger aujourd'hui une plateforme commune et incontournable pour construire le seul lien objectif pour la pérennité de la République, il faudrait qu'ils se mobilisent et préparent minutieusement toutes les étapes nécessaires à la réalisation de cet objectif essentiel pour l'avènement de la IIIe République libanaise. Ils auront ainsi, pour la première fois depuis l'indépendance de 1943, mis en route une action « made in Lebanon » et participé à construire un État laïque doté d'un Parlement élu sur base non confessionnelle et d'un Sénat élu sur base confessionnelle, adopté une décentralisation administrative et économique, et enfin élaboré des institutions et des législations nationales exclusivement civiles. Les pouvoirs y seront rotatifs entre toutes les composantes nationales, de sorte à assurer l'égalité des chances de tous face à la loi de la République. La démographie n'aura pas de poids politique ou constitutionnel et ne pourra pas déterminer l'avenir d'une composante sur l'autre.
Seule la neutralité permanente du Liban pourra ainsi garantir réellement sur le terrain l'indépendance, la souveraineté, la démocratie, la liberté et la solidarité entre tous les partenaires au sein de la nation. Elle mettra le pays définitivement à l'abri de toutes les pressions où interventions extérieures, et offrira aussi à tous les régimes de la région un poumon d'oxygène qui permettra à chacun et à tous de trouver des voies d'évacuation pour les problèmes délicats auxquels ils pourraient être éventuellement confrontés sur leur front interne.

Salim F. DAHDAH

Dans ses Mémoires de guerre, le général de Gaulle écrit : « L'avenir dure longtemps. » Merveilleux message d'espoir de la part de celui qui incarna la Résistance et la « France Libre ». Émergeant des profondeurs de cette période noire de la guerre et de la collaboration, le pays de la liberté, de l'égalité et de la fraternité a réussi en 1943-1944 à se libérer et à se remettre en marche pour reconstruire son avenir. Mais fallait-il encore garder la République en vie...Le Liban d'aujourd'hui, après quarante ans de guerre et de déstabilisation régionale, pourra-il résister à toutes les secousses qui le fragilisent tous les jours davantage ? Arrivera-t-il à survivre et quel avenir pourra-t-il enfin bâtir ?Pourquoi un tel questionnement ? Peut-être parce que le Liban de 1920 est actuellement confronté à une...
commentaires (4)

POINT DE STABILITÉ SANS UNE SUISSE LIBANAISE ! CONFRONTEZ LA RÉALITÉ DE FACE... CHACUN CHEZ SOI.... ET TOUS ENSEMBLE... ET C'EST LA MÉDICATION !

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

16 h 42, le 28 février 2014

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Commentaires (4)

  • POINT DE STABILITÉ SANS UNE SUISSE LIBANAISE ! CONFRONTEZ LA RÉALITÉ DE FACE... CHACUN CHEZ SOI.... ET TOUS ENSEMBLE... ET C'EST LA MÉDICATION !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    16 h 42, le 28 février 2014

  • "Le pays du Cèdre a été confronté à plusieurs crises graves dont les conséquences ont érodé son identité, allant jusqu'à mettre en danger son entité." ! Quelle "identité" et quelle "entité" ? Il faut dire "identité(s) et entité(s) plutôt ! Et rajouter plutôt aussi ceci : "Il n'en reste pas moins que nous nous devons de rappeler que les causes structurelles CONFESSIONNELLES INTERNES de déstabilisation de notre scène intérieure ne pouvant Jamais résolues, il ne faut pas espérer un changement car cette mosaïque Communautaire qui compose cette République restera irrémédiablement disparate et les outils pour son rassemblement impossible car irréaliste." !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    15 h 35, le 28 février 2014

  • bel article,très structuré...il oublie toutefois une réalité prosaïque...le Liban a aussi et surtout été confronté à la stupidité,à la division et à la corruption des Libanais eux même.Fallait pas le dire..tant pis,j'le dis quand même. C'est fou cette tendance des Libanais à se chercher des excuses extérieures uniquement.Elles existent,mais n'ont pu influer sur le sort du Liban que grâce aux Libanais.Ouh,je sais bien,çà fait pas plaisir à lire,mais c'est pas faux,non?Per un pugno di dollari.Le titre de ce western mezzé est tout à fait adapté à ce qui s'est passé chez nous!

    GEDEON Christian

    12 h 08, le 28 février 2014

  • Cher Selim Je suis comme toi et depuis 2011 je pronne la NEUTRALITÉ du Liban et comme tu le dis si bien c'est notre seule planche de salut. Il faudrait comme on en a parlé hier créer cette cellule formée de tous bords qui développera les bases tant soit politiques que sociales et economiques et faira la promotion de cette neutralité qui a mon avis est souhaité par plus de 80% de la population. Je reste a ta disposition pour toute action allant dans ce sens A bientôt Amitié Nabil (Poupouche)

    M.T.

    10 h 51, le 28 février 2014

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