Comme pour son collègue de l'Intérieur Nouhad Machnouk, obligé à peine investi de se rendre sous double escorte Amal-Hezb à Bir Hassan, c'est un sinistre baptême du feu dont ce pauvre Samir Mokbel se serait bien passé.
Homme d'affaires avisé et intègre, le vice-président du Conseil, parachuté ex abrupto au ministère de la Défense après les caprices de Castafiore de Rabieh et les impératifs de la distribution communautaire, a immédiatement été mis dans un bain d'acide. Pur.
L'attaque-kamikaze de samedi contre un barrage de l'armée au Hermel était juste l'acte de trop. S'il peut être envisageable de comprendre, pas admettre, pas accepter, juste comprendre le pourquoi des attentats contre l'ambassade d'Iran ou contre les intérêts du Hezbollah (la barbarie du Hezb en Syrie appelant la barbarie salafiste au Liban), autant ce geste contre la troupe devient encore plus, si tant est que cela soit possible, monstrueux, encore plus inadmissible, encore plus grave.
Peu importe que cela soit le résultat isolé et conjoncturel d'une attaque de panique d'un apprenti terroriste encore tout inexpérimenté ou le début d'une longue chaîne de l'horreur : le massacre de ce 22 février exige une réponse inédite et gigantesque de l'exécutif libanais. Du chef de l'État, bien sûr, à qui l'on doit depuis quelques années certaines des plus belles prises de position présidentielles depuis Béchir Gemayel, mais aussi du Premier ministre, qui peut trouver là l'occasion en platine de se faire un (inoubliable) prénom. Et des membres du gouvernement, à commencer par Samir Mokbel et Nouhad Machnouk.
Cette réponse ne peut et ne doit se faire qu'en deux dimensions.
Militaire : les Libanais en sont arrivés à un tel point de dégoût et de fatigue qu'ils se moquent impérialement de savoir quels services de renseignements étrangers vont aider les hommes de Jean Kahwagi, d'Ibrahim Basbous et de Abbas Ibrahim à trouver tous les takfiristes et à les emprisonner à vie, à trouver toutes les voitures piégées et à les désamorcer. Que les autorités sécuritaires se coupent en cent pour y arriver. Et même si le Mossad y contribue, eh bien, ainsi soit-il.
Politique : la déclaration ministérielle du cabinet Salam doit prendre en compte l'attentat de Hermel et transcender l'hérésie qu'est ce triptyque, férocement dégénéré, armée-peuple-résistance : c'est-à-dire que le texte devra dynamiter cette monumentale ânerie. Mais plus encore : puisqu'il sera naturellement impossible que cette déclaration exige noir sur blanc le retrait du Hezbollah de Syrie et la sacralisation de cette distanciation, hier honnie, aujourd'hui urgente, Michel Sleiman et Tammam Salam devront en faire leur cheval de bataille. Mais aussi Samir Mokbel, Nouhad Machnouk, Jean Kahwagi, etc. Personne ne peut garantir, en effet, l'arrêt des attentats en cas de retour des mercenaires du Hezb à la maison, mais un gamin de 4 ans sait qu'ils diminueront substantiellement.
Le président et ses hommes n'ont plus une seule excuse. Au Liban, une surprise en cache parfois une autre, délicieuse cette fois. Après Sleimane Frangié qui exigeait la semaine dernière un chef de l'État fort fût-il du 14 Mars, ne voilà-t-il pas l'éternel second du CPL (tout le monde n'a pas la chance d'être le gendre idéal...), le désormais très bienvenu Ibrahim Kanaan, qui se fend, sur la chaîne de télévision orange de surcroît, d'une formule simplement magnifique : Le gouvernement doit adopter le slogan armée-armée-armée. Une formule qui dit (presque) tout. Une formule à laquelle même les plus smart des ténors du 14 Mars n'avaient pas pensé, ou du moins qu'ils n'avaient pas énoncée. Une formule qui ne peut qu'enthousiasmer ce peuple qui agonise et qui devrait clouer le bec à cette résistance usurpée depuis juillet 2006 et, surtout, mai 2008. Qui l'eût cru : même s'il s'en défendra sans aucun doute et publiquement dans les jours à venir, même s'il démentira fougueusement, Ibrahim Kanaan vient de signer là l'un des plus beaux coups de génie linguistiques de ces vingt dernières années.
Sleimane Frangié, Ibrahim Kanaan, et bientôt d'autres ? L'Alliance du 14 Mars est généreuse et ouverte à tous les nouveaux adhérents. Fanatiques ou juste alliés, cela n'est plus très important. Même tardifs, certains coming-out restent éblouissants.


OUM... OUM... YIA BARHOUM... BIDNA TAYR IL 7AMÉM... MA BIDNA BAA IL BOUM !
10 h 34, le 24 février 2014