Un orchestre qui a célébré la nature . Photo Michel Sayegh
Ça sentait le printemps ce soir-là à l'auditorium Émile Bustani, non pas parce que dans tout février libanais il y a un souffle printanier, mais parce que le programme présenté par l'orchestre de l'État de Tiblissi, sous la houlette du maestro Marciano, était un pur délice qui titillait tous les sens et ramenait l'audience au cœur de la nature. « Dans les bras de cette nature nourricière où tous les sons créés par la main de Dieu ont été une inspiration pour l'homme qui les a façonnés à sa manière », dit Myrna Bustani dans le catalogue, expliquant le choix de cette édition.
Envolées magistrales
Pour cette première soirée qui rassemblait hommes politiques de tous bords, notamment le chef du gouvernement Tammam Salam ovationné à son entrée, ainsi que mélomanes et aficionados du festival, le choix des compositions était savamment dosé.
L'orchestre a démarré avec In nature's realm op. 91 de Dvorak qui fait partie de la trilogie Nature, vie et amour. C'est donc au son des flûtes qui reproduisent les chants des oiseaux qu'est entamée cette programmation joyeuse. Lumineux, le morceau du compositeur tchèque (interprété à Prague à la veille de son départ pour les États-Unis) reflète le monde de la nature, et c'est avec maestria que Gianluca Marciano a dégagé, tantôt par ses gestes dynamiques et tantôt par ses ondulations souples, cette fusion harmonieuse avec les forêts, les rivières, la terre et le soleil.
Enchaînement encore plus harmonieux avec la seconde partie composée des musiques de films de Nino Rota. Si tout le monde connaît bien ce grand compositeur qui a travaillé avec des cinéastes tels que Fellini et Visconti et donné au cinéma des musiques intemporelles (Le Parrain, Il Postino, Amarcord, La Strada...), on connaît moins bien l'artiste qui a composé de nombreux ballets et musiques de chambre. Lui rendre hommage à travers les cinquante musiciens sur scène ainsi que le bandonéoniste italien Mario Stefano Pietrodarchi (venu il y a deux ans au Bustan), c'est reconnaître son talent éclectique.
Double et triple ovation donc pour ce programme aérien et plein de légèreté comme pour ce bandonéoniste habité par sa musique qui ajoutera deux autres morceaux au répertoire prévu : un air de Piazolla et un extrait de la musique du film La Vita è bella de Nicolas Piovani. « Et un dernier tango, cher à Myrna Bustani », dira-t-il.
Enfin, la clôture après la pause sera royale. Marciano enchaînera avec une composition de Roberto Molinelli qui allie harmonieusement les orages d'hiver à la douceur du printemps et donnera par la suite la note finale à la Symphonie du Nouveau Monde d'Antonin Dvorak. Une interprétation puissante, bien maîtrisée et scandée à la manière du maestro.
Une envolée symphonique vers de nouveaux horizons, espoir d'un nouveau monde plein de joie et de liberté.
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