C'est un extraordinaire pari sur l'avenir que le courant du Futur a pris, et avec lui toutes les forces de la modération, en s'engageant dans un gouvernement de compromis national.
Le pari est d'abord sur les institutions. Le compromis qui a permis la formation du gouvernement augure d'une seconde démarche du même ordre, qui doit permettre l'élection d'un nouveau chef de l'État, entre le 24 mars et le 24 avril, intervalle au cours duquel doit être élu, selon la Constitution, un nouveau chef de l'État pour un mandat de six ans. Le mandat du président actuel vient à expiration le 24 mai 2014.
Mais le respect de la Constitution étant ce qu'il est chez nous, il va sans dire que la Chambre peut se réunir aussi, jusqu'au 24 mai, et même au-delà, si un chef de l'État n'est pas élu dans les délais prévus.
Si l'esprit de conciliation qui règne en ce moment se prolonge sous la nouvelle présidence, et si les données internationales ne se modifient pas radicalement, un nouveau gouvernement à l'image de celui qui vient d'être formé devrait voir le jour après la prise en charge de ses fonctions par le nouveau président élu. L'une de ses tâches primordiales serait alors de superviser de nouvelles élections législatives conformément à une nouvelle loi électorale qui serait mise au point avant novembre 2014. On sait en effet qu'en l'absence d'un consensus sur une nouvelle loi électorale, le Parlement avait prorogé d'un an et cinq mois son précédent mandat, qui avait expiré en mai 2013.
La reconstitution progressive des institutions est un pari sur l'avenir. Comme nous en sommes tous conscients, l'état de délabrement de la vie institutionnelle a atteint un degré tel qu'il a fini par nous démoraliser tous ; plus grave, ce délabrement met en danger l'économie du pays, ainsi que le pluralisme, pierre angulaire de la société politique. Enfin, il intervient dans un contexte tendu émaillé d'attentats-suicide et de « rounds » sanglants à Tripoli, ainsi que d'un afflux de réfugiés syriens totalement disproportionné aux capacités d'accueil du Liban.
Le nouveau gouvernement est également un pari sur le Tribunal spécial pour le Liban (TSL), dont les travaux ont démarré en janvier 2014. « En choisissant la voie de la justice, nous avons renoncé à nous venger et avons fait triompher les forces de la modération », a dit M. Hariri vendredi dernier. Indépendamment de la présomption d'innocence propre au processus judiciaire, le courant du Futur , en acceptant de gouverner avec le Hezbollah, accepte par le fait même que ses ministres s'installent à la même table que des collègues membres d'un parti dont cinq des éléments sont accusés d'avoir participé à l'assassinat de Rafic Hariri. Les cinq demeurent en liberté et sont ouvertement protégés par le Hezbollah, qui impose sa loi à la police et la met au défi de les arrêter. À défaut d'obtenir justice, le courant du Futur et l'opinion espèrent au moins que le TSL établira la vérité.
Le pari est pris, en outre, sur le pluralisme au Liban, et d'abord sur la pérennité du partenariat entre musulmans et chrétiens dans la vie politique au Liban. « Si nous tenons tant à ce que l'élection présidentielle ait lieu, a dit Saad Hariri, c'est parce que le président libanais est le seul président chrétien du monde arabe, plus même, le seul président chrétien d'une partie du globe qui va des plaines de l'Inde aux rivages du Maroc. »
Un pari régional
Le pari du gouvernement Tammam Salam est aussi régional. Cette dimension est d'ailleurs ce qui l'a rendu possible. Trois parties diplomatiques sont en cours sur trois dossiers régionaux fondamentaux : le dossier iranien, la crise syrienne et le conflit israélo-palestinien. Les joueurs en sont : d'abord, les États-Unis et les diplomaties européennes, la Russie, l'Iran, la Syrie et Israël. Ces trois négociations, menées séparément, ne peuvent être, en définitive, que convergentes. On ne saurait préjuger de leur issue, c'est vrai, car elles engagent de nombreux acteurs secondaires comme l'Arabie saoudite, la Turquie, le Qatar, voire l'Égypte, la Jordanie, le Liban et l'Autorité palestinienne, sans compter l'Irak et la nébuleuse takfiriste d'el-Qaëda. Mais du fait même que la diplomatie soit à l'œuvre, et qu'elle soit aux mains de John Kerry, est un élément positif et des déclarations d'intention viennent le confirmer, comme la promesse d'un rapprochement entre l'Iran et l'Arabie saoudite, annoncée de Beyrouth par l'ambassadeur d'Iran, ou la visite du président Obama en Arabie saoudite, prévue en mars. À l'actif de cette grande partie démocratique s'inscrit déjà la promesse de destruction des armes chimiques en Syrie et de contrôle du programme nucléaire iranien.
Le pari sur l'apaisement régional est, fondamentalement, un pari sur l'apaisement des rapports entre sunnites et chiites. Ses premiers fruits devraient être cueillis au Liban avec notamment la décision de Saad Hariri de tendre la main à Nabih Berry, le « parent pauvre » de l'alliance chiite, qui préside la Chambre des députés depuis... 1992.
On pourrait prolonger l'analyse et parler d'un pari sur l'ouverture, sur la conscience nationale des Libanais, sur la convergence d'intérêts de communautés qui prennent une plus vive conscience de la spécificité du Liban.
Certes, le gouvernement Tammam Salam n'est pas un gouvernement d'union nationale. Des forces politiques en sont absentes, à commencer par les Forces libanaises, représentatives de l'électorat chrétien. Mais à la décharge du Premier ministre, il faut dire que ce parti a décidé consciemment de s'exclure d'une équipe où le Hezbollah aurait son mot à dire. Au demeurant, les Forces libanaises sont ce qu'on appelle un parti de personnalités, et aucun débat démocratique n'a vraiment précédé la décision de ne pas participer au gouvernement.
Enfin, quelque part, le pari de Saad Hariri sur le pluralisme est un pari sur un islam modéré qui se marierait avec la démocratie, un islam politique original qui accepterait le partenariat politique avec les chrétiens, aux antipodes non seulement du salafisme, dont le caractère rétrograde n'est plus à démontrer, mais aussi de la fausse démocratie des Frères musulmans, dont l'Égypte a été rapidement et heureusement débarrassée par une conjonction de facteurs qui mériteraient un jour d'être analysés.
Le pari est d'abord sur les institutions. Le compromis qui a permis la formation du gouvernement augure d'une seconde démarche du même ordre, qui doit permettre l'élection d'un nouveau chef de l'État, entre le 24 mars et le 24 avril, intervalle au cours duquel doit être élu, selon la Constitution, un nouveau chef de l'État pour un mandat de six ans. Le mandat du président actuel vient à expiration le 24 mai 2014.Mais le respect de la Constitution étant ce qu'il est chez nous, il va sans dire que la Chambre peut se réunir aussi, jusqu'au 24 mai, et même au-delà, si un chef de l'État n'est pas élu dans les délais prévus.
Si l'esprit de...


Pardon, j'ai oublié. Il faut parier surtout que la dictature de Damas travaillera désormais jour et nuit -avec l'aide du Hezbollah- pour ramener dans leurs foyers (détruits !) les deux millions de réfugiés qui ont fui de sa cruauté au Liban et dont ce pays n'a pas la moindre possibiloité de prendre soin.
10 h 47, le 18 février 2014