Le laborieux processus de paix récemment amorcé entre Islamabad et les rebelles islamistes a été, hier, catapulté dans la crise. Dans la nuit de dimanche à lundi, une faction des talibans pakistanais a annoncé avoir tué 23 membres des forces paramilitaires des Frontier Corps (FC) en représailles aux « exécutions extrajudiciaires » de détenus talibans perpétrées, selon elle, dans les prisons du pays.
Le Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif a réagi en condamnant « fermement ces exécutions horribles et haineuses », et en prévenant qu'elles risquaient de compromettre le processus de paix en cours. Le Pakistan « ne peut se permettre de tels bains de sang » qui « ont un impact extrêmement négatif sur le dialogue en cours qui vise à promouvoir la paix », a-t-il souligné. L'annonce des talibans a également provoqué l'annulation par le camp gouvernemental d'une séance de négociations prévue hier entre ses représentants et deux des rebelles. Cet incident « triste et condamnable », comme les autres violences rebelles qui se sont succédé dernièrement, éloignent toute possibilité de « dialogue sérieux », a regretté le chef des négociateurs du gouvernement, Irfan Siddiqui, ajoutant que son camp se réunira aujourd'hui pour décider de la suite.
Nawaz Sharif avait annoncé fin janvier des discussions avec le Mouvement des talibans du Pakistan (TTP, allié à el-Qaëda) « pour donner une nouvelle chance à la paix ». Mais les attaques rebelles n'ont pas cessé depuis, en dépit de l'amorce des discussions de paix. Plusieurs de ces attaques ont été revendiquées par des factions satellites du TTP, qui compte plusieurs dizaines de groupes armés aux intérêts très divers, suggérant des divisions entre talibans sur la question du processus de paix ou que le commandement central du TTP peine à contrôler toutes ses troupes.
L'exécution des paramilitaires a ainsi été annoncée par la branche du TTP de Mohmand (une des sept zones tribales frontalières de l'Afghanistan, principaux bastions du TTP) qui n'a jamais caché sa farouche hostilité aux négociations. Les victimes faisaient partie, selon cette faction, d'un groupe de paramilitaires enlevés à la suite d'une attaque de leur poste-frontière par des talibans en juin 2010. L'armée avait à l'époque indiqué qu'une trentaine étaient portés disparus.
Le chef de l'équipe des médiateurs nommés par les talibans, Syed Yousuf Shah, a regretté l'annulation des négociations prévues hier. « Cela aurait permis aux émissaires des deux camps de se rencontrer pour trouver des moyens d'éviter que de tels incidents ne se reproduisent à l'avenir », a-t-il déclaré, estimant cela d'autant plus dommage que « nous étions proches de nous mettre d'accord sur la question du cessez-le-feu ».
Toutefois, plusieurs des conditions posées par chaque camp semblant inacceptables pour le camp opposé, nombreux sont les observateurs qui estiment le processus de paix en cours voué à l'échec.
(Source : AFP)
Moyen Orient et Monde - Pakistan
Le dialogue de paix en crise
OLJ / le 18 février 2014 à 00h00

