Escortés par l’ONU et le Croissant-Rouge, plus de 1 000 civils ont été évacués depuis vendredi des quartiers assiégés de Homs sous les tirs. C’est dans ce cadre-là que des tractations se poursuivaient hier à l’ONU pour persuader Moscou de se rallier à un projet de résolution sur la situation humanitaire en Syrie. Sam Skaine/AFP
Les discussions pour une solution politique au conflit syrien ont tourné au dialogue de sourds dès leur reprise hier à Genève. Reçus successivement par le médiateur de l'ONU Lakhdar Brahimi, les délégations de l'opposition et du gouvernement ont continué à avancer chacune selon leur propre agenda, comme elles l'avaient fait pendant la première session de négociations en janvier : la délégation du gouvernement, dirigée par le chef de la diplomatie syrienne, Walid Moallem, a demandé une nouvelle fois « que la fin des violences et du terrorisme, avec l'obligation pour les pays qui le soutiennent de cesser leur politique, soit le premier point sur lequel nous nous mettions d'accord », selon un projet de communiqué qu'elle a fait circuler.
Pour l'opposition, « stopper la violence du régime et former une autorité de gouvernement de transition sont les principaux sujets à notre agenda cette semaine », a souligné son porte-parole Louai Safi. Il a précisé que le médiateur a proposé des réunions séparées pour ne pas perdre de temps. L'opposition a en outre présenté un rapport sur « les violences du régime d'Assad », le président syrien Bachar el-Assad, selon une source de l'opposition. Ce rapport affirme que depuis le début des négociations à Genève en janvier, 1 805 Syriens dont 834 à Alep ont été tués avec l'emploi de plus de 130 barils d'explosifs à Alep et Daraya, dans la région de Damas.
Par ailleurs, un document en arabe de M. Brahimi a circulé hier à l'ONU à Genève. Il propose de traiter « en parallèle » la question de l'arrêt de la violence et du terrorisme, « priorité » pour le gouvernement, et l'autorité gouvernementale de transition, « préalable » pour l'opposition. Il se dit également prêt à parler dans cette session de l'avenir des institutions nationales, du dialogue national et de la réconciliation nationale. « Les séances communes durant la première session n'ayant pas débouché sur des résultats notables, il est probablement préférable de tenir des réunions séparées, pour venir à des réunions plénières le second ou le troisième jour », affirme le document. De son côté, Moscou a proposé hier que les diplomates russes et américains se joignent à leurs collègues de l'ONU pour une rencontre conjointe avec les deux délégations syriennes aux pourparlers en cours.
« Les Russes se sont pas venus »
Seul point concret de ces pourparlers, l'ONU avait essayé d'arracher en janvier une « mesure humanitaire de confiance », un accord entre opposition et gouvernement pour venir en aide à la population de la vieille ville de Homs, assiégée depuis 2012. Il ne s'était pas concrétisé à la fin de la première session, mais finalement depuis vendredi plus de 1 000 civils ont été évacués par l'ONU des quartiers assiégés en dépit de tirs.
C'est dans ce cadre-là que des tractations se poursuivaient hier à l'ONU pour persuader Moscou de se rallier à un projet de résolution sur la situation humanitaire en Syrie, ont indiqué des diplomates.
Une réunion informelle a débuté hier matin à New York autour de ce texte élaboré par le Luxembourg, l'Australie et la Jordanie et soutenu par des pays occidentaux et arabes. Outre ces trois pays, les ambassadeurs des cinq membres permanents du Conseil de sécurité (États-Unis, France, Royaume-Uni, Chine, Russie) devaient y assister « mais les Russes ne sont pas venus », a indiqué un diplomate du Conseil. Le représentant chinois était également absent, selon un autre diplomate.
L'ambassadeur russe à l'ONU Vitali Tchourkine avait affirmé il y a quelques jours que Moscou considérait une telle résolution contre-productive et préférait une « approche pragmatique », c'est-à-dire des accords locaux comme celui qui a permis l'évacuation de plusieurs centaines de civils de Homs.
Le projet de résolution réclame un accès libre et sécurisé aux populations qui ont besoin d'aide et notamment « la levée immédiate des sièges » de plusieurs villes où des milliers de civils sont pris au piège des combats. Ces demandes s'adressent « à toutes les parties, et en particulier aux autorités syriennes ». La résolution n'est pas contraignante et ne prévoit pas de sanctions automatiques en cas de non- respect de ses dispositions mais elle laisse ouverte la possibilité pour le Conseil de voter ultérieurement des sanctions individuelles et ciblées contre ceux qui « font obstacle à l'aide humanitaire » ou commettent des violences contre les civils. Il faudra cependant une deuxième résolution et il est hautement improbable, selon des diplomates, que les Russes acceptent de sanctionner leur allié syrien alors qu'ils ont bloqué à trois reprises depuis le début de la crise syrienne des résolutions visant à faire pression sur Damas.
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