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Nos lecteurs ont la parole - Marwan Harb

La Tunisie, d’une Constitution démocratique à une démocratie constitutionnelle

Telle la lumière du phare qui guide la barque du pêcheur vers le port au milieu du tumulte de la mer, encore une fois la Tunisie éclaire l'obscurité pessimiste et rampante du post-revolution blues. Alors que l'obscurantisme des geôles des dictateurs piétine les fleurs de sang et de souffrance qui poussent sur les murs humides des prisons en les transformant en barbus extrémistes, malades d'identité religieuse, la nouvelle Constitution tunisienne qui a été adoptée à la majorité est de loin la première Constitution démocratique du monde arabe. Il semble que les Tunisiens n'ont pas seulement montré comment faire tomber une dictature, ils ont aussi amorcé le long chemin vers la démocratie. Malgré le caractère ambigu et équivoque de certains de ses articles, la nouvelle Constitution tunisienne est révolutionnaire dans plusieurs domaines.
Ainsi, la Tunisie officialise définitivement le refus de la charia en décidant que la loi religieuse ne constitue pas une source de droit ; elle affirme le caractère civil de l'État, qui est fondé sur la citoyenneté, la volonté du peuple et la suprématie de la loi. Ce qui pose des garde-fous au régime théocratique. Il est vrai que la Constitution fait référence à l'islam, néanmoins la Constitution d'un pays démocratique, membre de la Communauté européenne, telle que la Grèce fait référence à la religion dans sa Constitution, « La religion dominante en Grèce est celle de l'Église orthodoxe orientale du Christ » est l'article Ier de la Constitution grecque, qui est promulguée « au nom de la simple et indivisible Trinité ». Ce qui n'a pas empêché la Grèce d'instaurer un vrai régime démocratique. On ne peut donc pas condamner une Constitution en lui faisant un procès d'intention.
Outre l'impasse faite sur la charia, l'article 6 de la nouvelle Constitution tunisienne « garantit la liberté de croyance et de conscience et le libre exercice du culte », et proscrit « l'accusation d'apostasie ». Ce qui signifie le droit de changer de religion ou de ne pas avoir de religion du tout. Pour un pays musulman, c'est tout à fait révolutionnaire. Cela, au moment où la garantie de la liberté de croyance est quasi inexistante dans les Constitutions des pays arabes et où l'apostasie est punie de la peine capitale. N'oublions pas que cette disposition exceptionnelle fut votée par une Assemblée dominée par des islamistes représentés par le parti Ennahda, issu des Frères musulmans. La faillite de l'islam politique des Frères musulmans en Égypte a très probablement poussé Ennahda à lâcher du lest. C'est une évolution capitale au sein des mouvements qui se réclament de l'islam politique et qui prônent l'instauration de la charia comme leur ultime but aussi bien religieux que politique.
Une autre avancée majeure de cette Constitution, représentée par l'instauration de la parité homme-femme et l'interdiction de la violence contre la femme, aura un réel impact sur le monde arabe. Cependant la Constitution est restée laconique sur les droits et libertés des minorités ethniques, religieuses ou linguistiques en Tunisie. Là, il faut préciser que le contexte de la rédaction de cette Constitution était proie à un dilemme : comment concilier aspirations démocratiques et identité musulmane ? C'est dire que l'angoisse identitaire – qui est visible à travers l'omniprésence de mots à référents religieux dans la Constitution – traduit une crise dans le monde, de même qu'une relation troublée aussi bien avec le passé qu'avec l'avenir. Les interrogations sur cette identité ne peuvent dépasser les stéréotypes et envisager l'Autre tant qu'elle n'a pas pu encore confirmer pleinement sa nature indépendante. Il faut laisser du temps au temps.
De fait, le texte constitutionnel ne suffit pas, c'est la pratique qui compte, car le nouveau pouvoir le modèlera à sa façon. En fin de compte, la Tunisie a entamé son chemin vers la constitutionnalisation de sa démocratie, ce qui est révolutionnaire en soi. « Le chemin est encore long. Il reste un grand travail à faire pour que les valeurs de notre Constitution fassent partie de notre culture », a précisé le président tunisien Mouncef Marzouki.
Après cette avancée démocratique de la Tunisie, le Liban perd jour après jour son rôle de modèle démocratique et moderne pour le monde arabo-musulman. Nous ne faisons plus rêver personne.

Marwan HARB

Telle la lumière du phare qui guide la barque du pêcheur vers le port au milieu du tumulte de la mer, encore une fois la Tunisie éclaire l'obscurité pessimiste et rampante du post-revolution blues. Alors que l'obscurantisme des geôles des dictateurs piétine les fleurs de sang et de souffrance qui poussent sur les murs humides des prisons en les transformant en barbus extrémistes, malades d'identité religieuse, la nouvelle Constitution tunisienne qui a été adoptée à la majorité est de loin la première Constitution démocratique du monde arabe. Il semble que les Tunisiens n'ont pas seulement montré comment faire tomber une dictature, ils ont aussi amorcé le long chemin vers la démocratie. Malgré le caractère ambigu et équivoque de certains de ses articles, la nouvelle Constitution tunisienne est révolutionnaire dans...
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